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Le bonheur d’avoir une brouette ou un pousse-pousse à Douala

A Douala, la deuxième ville du Cameroun, le boom de l’activité économique se mesure, entre autres signaux, par la circulation des marchandises, assurée dans un incessant ballet de va-et-vient par des pousse-pousse et des brouettes. Sollicités sans cesse, les propriétaires de ces moyens de transport se frottent les mains devant la bonne marche de leurs affaires.Ayant très tôt flairé le filon, Ferdinand Fokou alias « Fernandez » a laissé tomber son rêve de devenir magistrat pour s’investir dans le portage des marchandises. Pour ce faire, cet ancien étudiant de la Faculté des sciences et politiques de l’Université de Douala, s’est servi d’un prêt de 500.000 FCFA obtenu auprès d’une tontine populaire pour s’acheter à hauteur de 420.000 FCFA dix brouettes et cinq pousse-pousse.

« J’y ai ajouté des accessoires pour renforcer ces engins pour 70 000 CFA et puis, j’ai lancé mon affaire», raconte « Fernandez ». En louant ses pousse-pousse et brouettes, il a fait en quelques mois une recette de 800. 000 FCFA. De quoi rembourser sa dette initiale et empocher un bénéfice de 300.000 FCFA.

Depuis lors, il a eu le temps de fructifier son business. Considéré aujourd’hui comme un des magnats du portage des marchandises à Douala, « Fernandez » est à la tête d’un empire de « plus de 60 brouettes et de 20 pousse-pousse loués dans plusieurs marchés » de la capitale économique du Cameroun.

Ainsi, il se dit fier « d’avoir épousé une femme, fait des enfants, construit une maison et acheté une voiture à partir de ce business ».

L’homme qui se présente comme « un pionnier » dans cette activité a fait des émules et, depuis quelques années, la location des pousse-pousse et des brouettes est une institution dans les marchés de Douala.

Et pour cause, devant l’afflux de marchandises et de bagages, les porteurs sont à l’affût de la moindre brouette ou pousse-pousse à louer. Le succès de ces moyens de transport est à chercher sûrement dans leur coût accessible et leur aptitude à se mouvoir avec leurs charges dans le dédale des marchés et des ruelles de Douala.  

Toujours est-il que comme « Fernandez », Salifou Njoya bénit le ciel du fait qu’il gagne journellement 15.000 FCFA, rien qu’en louant ses « plus de 30 brouettes ». « J’ai commencé avec 10 brouettes. Plus le temps passe, plus je renforce mon parc. L’objectif est de disposer de 50 unités au maximum », raconte-t-il avant d’ajouter sur un ton précautionneux : « c’est bon de disposer d’un nombre qu’on peut contrôler ».

En dehors des frais d’entretien des pousse-pousse et brouettes, leurs propriétaires ont souvent l’amère désillusion de voir certains locataires s’évaporer dans la nature avec leurs engins. C’est ce que subodore Salifou, d’où la nécessité pour lui d’avoir un nombre d’engins qu’il peut évaluer à chaque fin de journée, moment où les brouettes et pousse-pousse lui sont ramenés.  

Maurice Kamdem, loueur de brouettes, révèle avoir pris une mesure drastique après s’être rendu compte qu’il lui manquait en moyenne une brouette par semaine.

« J’ai décidé, souligne-t-il, de ne plus louer mes brouettes et mes pousse-pousse à une personne dont je ne maîtrise pas l’identité. Chaque enfant doit être parrainé. En cas de vol, je sais que le garant répondra de son filleul ».

Ce risque du métier, «Fernandez» a d’abord essayé de le contourner en estampillant ses brouettes du signe «F» avant d’opter pour des garanties en nature exigées aux locataires de ses engins ou  « le paiement d’une caution-garantie de 5000 FCFA par semaine pour la brouette et 10 000 FCFA pour le pousse-pousse ».

Cette mesure, hélas, n’est pas une assurance tout risque. « Il arrive que quelqu’un vous paie effectivement cette caution pour ne plus revenir avec votre brouette qui coûte 20 000 FCFA ou votre pousse-pousse qui se négocie autour de 60 000 FCFA », confie, d’un air contrarié, « Fernandez ».

Heureusement, tous les locataires ne sont pas indélicats et Alido, 15 ans, veut se remplir les poches honnêtement. Ainsi, ce collégien  qui passera l’année prochaine son Brevet d’études du premier cycle (BEPC) s’est lancé, le temps des vacances scolaires, dans la location des engins de transport des marchandises.

Après avoir « économisé plus de 25 000 FCFA » en un mois de transport de marchandises, il dit vouloir poursuivre son activité jusqu’à la veille de l’ouverture des classes, dans l’espoir d’avoir de quoi s’acheter des fournitures et aider financièrement ses parents.

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