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Le général Gaïd Salah, gardien du « système » en Algérie

Chef d’état-major de l’armée depuis 15 ans, un record, le général Ahmed Gaïd Salah s’affiche depuis avril comme l’homme fort de l’Algérie. Intransigeant face à la contestation qui agite son pays, il apparaît comme le gardien du « système » au pouvoir depuis l’indépendance.

Il est nommé en 2004 à la tête de l’armée, un pilier du régime, par le président Abdelaziz Bouteflika, qui en fait l’un des hommes les plus puissants du pays. Durant des années, il est un soutien indéfectible du chef de l’Etat, affiche une loyauté sans faille et promeut sa candidature à un 5e mandat présidentiel.

Mais en avril, le général Gaïd Salah sacrifie M. Bouteflika au « Hirak », le « mouvement » populaire de contestation né le 22 février en réaction à cette candidature, en exigeant sa démission. Et assume depuis la réalité du pouvoir.

Né en 1940 dans la région de Batna (300 km au sud-est d’Alger), ce quasi-octogénaire replet, quasi-constamment en uniforme, a passé plus de six décennies dans les casernes.

Dès 17 ans, il rejoint les rangs de l’Armée de libération nationale qui combat alors l’armée coloniale française. Réputé pour ses colères, il est à l’armée l’un des derniers représentants des combattants de la Guerre d’indépendance (1954-1962).

A l’indépendance en 1962, il intègre l’armée, passe par une académie militaire soviétique et gravit les échelons. Il commande successivement plusieurs régions militaires, avant de devenir en 1994 chef d’état-major des Forces terrestres, en pleine guerre civile (1992-2002) entre l’armée et les maquis islamistes.

– « Pas un politique » –

En 2004, alors qu’il doit partir à la retraite, M. Bouteflika tout juste réélu le choisit pour remplacer le chef d’état-major, le général Mohamed Lamari, qui paie avec une partie du haut commandement militaire de s’être opposé à un 2e mandat du chef de l’Etat, ministre de la Défense en titre et chef suprême des Armées selon la Constitution.

Devenu en 2013, vice-ministre de la Défense, le général Gaïd Salah aide M. Bouteflika à démanteler le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), redouté service de renseignement organiquement rattaché à l’armée mais réputé « Etat dans l’Etat ». Et à écarter en 2015 son puissant chef, le général Mohamed Médiène.

Le pouvoir du DRS (devenu DSS) affaibli, M. Bouteflika débarqué et son entourage sous les verrous à la faveur d’une campagne anticorruption encouragée par le général Gaïd Salah, la haute hiérarchie militaire est depuis avril 2019 seule aux manettes.

Visage de ce haut commandement, le général Gaïd Salah multiplie les « mises en garde » aux contestataires et les « suggestions » à la justice ou à un pouvoir civil effacé -le président par intérim Abdelkader Bensalah, gouvernement et chambres- qui se pressent de les traduire en actes.

« Dans l’armée, Gaïd Salah est quelqu’un qui fait relativement consensus, il est déjà âgé, ce n’est pas quelqu’un qui a une envergure, ce n’est pas un politique du tout », explique Flavien Bourrat, chercheur à l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (Inserm, Paris).

– « Militaire brutal » –

Un temps crédité par la contestation d’avoir pesé pour obtenir le départ de M. Bouteflika, il est désormais conspué dans les manifestations pour son refus de mettre sur pied des institutions de transition réclamées par le « Hirak » pour rompre avec le « système », dont le haut commandement militaire est le coeur.

Mais aussi pour son refus de tout geste envers la contestation, désormais réprimée avec la multiplication des incarcérations de manifestants, de militants et de journalistes.

« Gaïd Salah n’est pas un grand stratège, donc il agit en militaire brutal. Pour lui, l’Algérie est une grande caserne. Pour lui, faire une concession c’est une faiblesse, dans son esprit c’est +Je donne les ordres et en bas ils exécutent+ sans possibilité de dialogue », estime Moussaab Hammoudi, chercheur doctorant à l’Ecole des Hautes études en Sciences sociales (EHESS) de Paris.

« C’est quelqu’un de frustre » qui « agit par impulsion, sans réflexion, sans concertation », ajoute-t-il.

C’est lui qui a fixé le calendrier électoral: la présidentielle devant élire un successeur à M. Bouteflika aura lieu le 12 décembre, malgré le rejet massif d’un scrutin vu par une grande partie de la population comme devant permettre au « système » d’assurer sa survie.



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