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Mauritanie : début de brouille entre les présidents Ghazouani et Aziz

La cérémonie du 59 ème anniversaire de l’indépendance organisée jeudi 28 novembre a été l’occasion de rendre public les prémices d’une rupture entre l’ancien président Mohamed Ould Abdelaziz et son successeur Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, dont la dégradation des rapports alimentait toutes les discussions.Le divorce ne pouvait avoir meilleure scène. La cassure entre les deux hommes s’est manifestée de manière spectaculaire à travers l’absence de Ould Abdel Aziz à la cérémonie de levée des couleurs organisée cette année à Akjoujt (260 kilomètres à l’est de la capitale Nouakchott), alors qu’il y était officiellement convié à titre d’ancien chef de l’Etat comme le consacre la tradition. 

Tout au long de la cérémonie le siège qui lui était réservé est resté vacant contrairement aux autres convives de même rang: Mohamed Khouna Ould Haidalla et Sidi Ould Cheikh Abdallahi, seuls anciens présidents mauritaniens, avec Ould Abdelaziz encore en vie.

La brouille entre les deux « amis de 40 ans » et coauteurs du putsch qui 2008  avait installé « Aziz » au pouvoir pour, a commencé avec le retour de ce dernier à Nouakchott, il y a quelques jours. Il était rentré d’une tournée à l’étranger entamée au lendemain de l’investiture de son successeur, Ghazouani, le 1er août dernier.

Dès son arrivée au pays, l’ex chef d’Etat a convoqué et présidé une réunion extraordinaire du comité provisoire de gestion du parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR). Réunion au cours de laquelle il a déclaré formellement qu’il est l’unique référence de cette formation politique qu’il a avait fondée dès les premières années de son règne (2008 – 2019).

Cette déclaration n’a pas été du goût de Ghazouani qui a, à son tour, convoqué le même comité de gestion pour lui signifier que c’est lui la seule et unique référence du parti tout en lui recommandant de ménager son ex-ami et complice.

Suite à ce rappel à l’ordre, la quasi-totalité des députés de la majorité ont tourné le dos à Aziz et adhéré solennellement à la position du Président de la République.

Mais c’était sous-estimer l’entêtement du président qui a immédiatement convoqué les chefs des sections des jeunes et des femmes au sein de l’UPR. Il leur a affirmé qu’il persiste à se considérer comme chef du parti au pouvoir quitte à ce qu’il reste seul.

L’UPR devait initialement organiser un congrès pour élire sa nouvelle direction avant les élections présidentielles, mais a fini par le reporter sine die.

C’est pourquoi l’ex président se l’approprie toujours puisque c’est lui qui avait nommé son actuel comité de gestion. D’autant plus qu’il considère – et il l’a martelé haut et fort – que la Constitution mauritanienne interdit à tout président en service d’adhérer à une quelconque formation politique.

« L’homme a régné avec une main de fer trop longtemps pour accepter de redevenir un citoyen ordinaire comme tous les autres », a expliqué Sidi Yahya Ould Cheikh, analyste politique à Nouakchott.

Mais il s’est bien trompé en oubliant que la classe politique mauritanienne est spécialisée dans le retournement de veste à chaque fois qu’un nouveau dirigeant prenne les rennes du pays, a-t-il confié à APA jeudi à Nouakchott.

Pour l’analyste politique, la question qui se pose maintenant est jusqu’où Ould Abdel Aziz ira dans sa provocation de son ex-ami et son test de sa patience.

« Personnellement, je pense qu’il risque de se tromper une seconde fois s’il continue à croire que Ould Ghazouani tolérera infiniment ses agissements contre-constructifs », a conclu Ould Cheikh.

Dans une mesure considérée par les observateurs comme une suite logique de la rupture entre les deux hommes, Ould Ghazouani a limogé mercredi 27 novembre le commandant du bataillon de la sécurité présidentielle et l’a remplacé par l’un de ses proches officiers.



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