Le 1ᵉʳ janvier 2026, alors que le monde célébrait la nouvelle année, un homme franchissait les portes de sa prison à Lomé : Abdoul Aziz Goma. Si sa libération marque la fin d’un calvaire judiciaire de sept ans, elle marque aussi le début d’une urgence vitale. Entre séquelles de torture et conséquences d’une grève de la faim héroïque, le militant irlando-togolais livre aujourd’hui son plus difficile combat.
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De l’ombre des cellules à l’urgence médicale
Depuis sa sortie de prison, Aziz Goma n’a pas rejoint la chaleur d’un foyer, mais le froid d’une chambre de clinique. Hospitalisé à ses propres frais dans la capitale togolaise, l’homme est « très souffrant ». Ce n’est pas une surprise pour ceux qui ont suivi son dossier : sept années de détention dans des conditions qualifiées d’inhumaines et dégradantes ont eu raison de sa robuste constitution de défenseur des droits humains.
Sa situation est le miroir d’une détention qui a ému bien au-delà des frontières du Togo. En novembre 2025, désespéré par un procès éclair l’ayant condamné à 10 ans de prison après six ans d’attente, il avait entamé une grève de la faim. Plus de 40 jours sans nourriture qui ont poussé son organisme au point de rupture.

Un symbole international de la défense des droits
Abdoul Aziz Goma n’est pas un détenu ordinaire. Citoyen togolais et irlandais, il est devenu au fil des ans le visage de la répression politique au Togo. Son crime est d’avoir hébergé en 2018 des jeunes venus manifester pacifiquement pour des réformes démocratiques. Pour ce simple acte de solidarité, il a été happé par l’engrenage carcéral.
Son cas a mobilisé les plus hautes instances internationales :
- L’ONU : par la voix de Mary Lawlor, rapporteuse spéciale, les Nations Unies ont dénoncé une détention arbitraire et réclamé sa protection.
- Le Parlement européen : en septembre 2025, une résolution ferme demandait sa libération immédiate, soulignant aussi l’absence totale de procès équitable.
Un dégel politique à confirmer
Sa sortie de prison s’inscrit dans une vague de libérations entamée le 1ᵉʳ janvier 2026. Avec lui, ce sont au moins 75 prisonniers politiques qui ont recouvré la liberté en ce début d’année. Si ce geste du gouvernement togolais est perçu comme un signe d’apaisement, le cas d’Aziz Goma rappelle le coût humain de ces années de fer.
La question de la responsabilité de l’État se pose désormais avec acuité. Un citoyen reconnu comme victime de violations graves par l’ONU peut-il être laissé à son propre sort financier alors qu’il tente de soigner les blessures infligées par le système qui l’a détenu ?
L’urgence d’une prise en charge
Aujourd’hui, le diplomate de l’ombre et le militant des droits de l’homme ne sont plus que des patients fragiles. Les enjeux sont désormais multiples :
- Sanitaire : assurer sa survie malgré les séquelles de la torture et de la malnutrition.
- Diplomatique : L’implication de l’Irlande et de l’Union européenne reste cruciale pour garantir son évacuation sanitaire si nécessaire.
- Moral : réparer l’injustice d’une vie brisée pour avoir exercé un droit fondamental.
En franchissant le seuil de la prison le 1ᵉʳ janvier, Aziz Goma a laissé derrière lui les chaînes, mais il emporte avec lui les cicatrices. Sa libération est une victoire pour la diplomatie et les droits humains, mais elle restera inachevée tant que cet homme n’aura pas retrouvé la force de se tenir debout. Le combat pour la justice au Togo ne s’arrête pas à la porte des prisons ; il continue également au chevet de ceux que le système a brisés.




