Visite de Patrice Motsepe à Dakar : une opération de déminage au cœur des tensions

Le gazon des stades marocains est peut-être au repos, mais les couloirs de la Confédération Africaine de Football (CAF) n'ont…

Le gazon des stades marocains est peut-être au repos, mais les couloirs de la Confédération Africaine de Football (CAF) n’ont jamais été aussi électriques. Ce mercredi 7 avril 2026, le patron de l’instance continentale, le Dr Patrice Motsepe, a posé ses valises dans la capitale sénégalaise. Officiellement, il s’agit d’une visite de courtoisie. Officieusement, c’est une opération de déminage de haute voltige alors que le football africain traverse l’une de ses plus graves crises institutionnelles.

 

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L’accueil glacial du « champion déchu »

Sur le tarmac de l’aéroport de Dakar, le protocole est respecté. Abdoulaye Fall, président de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF), accueille le dirigeant sud-africain. Pourtant, derrière les sourires de façade, la tension est palpable. Le Sénégal ne décolère pas. Quelques jours plus tôt, le Jury d’Appel de la CAF a balayé la victoire des Lions de la Teranga, acquise sur le terrain, pour offrir le trophée au Maroc sur tapis vert (3-0).

Cette sanction s’appuie sur les articles 82 et 84 du règlement de la CAN, pointant des manquements disciplinaires graves lors de la finale de l’édition 2025. Une sentence que Dakar qualifie de « hold-up administratif », tandis que Rabat y voit la « réparation d’une injustice sportive ».

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© CAF

La diplomatie du ballon rond à l’épreuve

Face à l’incendie, le gouvernement sénégalais est sorti de sa réserve habituelle. Par la voix de Marie Rose Khady Fatou Faye, porte-parole de l’exécutif, l’État dénonce une décision « grossièrement illégale » et demande une enquête internationale pour soupçons de corruption. Le 25 mars 2026, la FSF a officiellement saisi le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) à Lausanne pour rétablir ce qu’elle considère comme la « vérité du terrain ».

Patrice Motsepe, fidèle à sa ligne de conduite, rappelle que la Commission d’Appel est un organe indépendant. Mais à Dakar, cet argument peine à convaincre. La CAF tente de justifier sa rigueur en affirmant avoir répondu favorablement à toutes les exigences logistiques des Sénégalais durant le tournoi, notamment sur le choix de l’hôtel et des terrains d’entraînement. Rabat, de son côté, souligne que ses droits avaient été « bafoués en première instance » et se félicite d’un verdict qui « rétablit l’équité ».

 

Une tension qui dépasse les frontières du sport

L’affaire prend une tournure politique inquiétante. À Dakar, l’ambassade du Royaume du Maroc a dû publier un communiqué appelant ses ressortissants à la plus grande vigilance et à la retenue. Si le Maroc savoure la validation de son appel, la diplomatie chérifienne insiste sur la nécessité de préserver les liens fraternels avec le Sénégal face à cette querelle sportive.

De son côté, la CAF affirme qu’elle garantit l’équité du processus. Elle soutient qu’elle a honoré tous ses engagements vis-à-vis de ses deux nations sœurs et maintenu un dialogue constant avec les différents responsables. Ce discours de transparence se heurte toutefois à la fureur des supporters locaux, alors que des heurts de la finale continuent de laisser des séquelles, certains fans étant toujours détenus par les autorités marocaines.

 

Le TAS, dernier arbitre de l’unité africaine ?

Alors que Patrice Motsepe tente de calmer le jeu à Dakar, les regards se tournent désormais vers la Suisse. Le Tribunal Arbitral du Sport détient entre ses mains l’avenir de la CAN 2025. Une question demeure : si le TAS donne raison au Sénégal, comment la CAF gérera-t-elle ce désaveu juridique qui pourrait ébranler l’autorité de ses commissions indépendantes ?

Mais une autre interrogation s’impose : si le verdict confirme celui du Jury d’Appel de la CAF, le Sénégal acceptera-t-il de se plier à une sentence qu’il juge « grossièrement illégale », ou choisira-t-il la voie d’une rupture ouverte avec l’instance continentale ?

L’unité du football africain, tant vantée par Motsepe, semble aujourd’hui suspendue à un verdict de magistrats européens. Comme un jugement dernier, l’Afrique du ballon rond attend sa sentence, entre vérité du terrain et vérité des bureaux.

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