Economie




Togo : Dette publique et gouvernance

Alors que la dette publique togolaise continue de susciter des interrogations, certaines voix critiques pointent les failles structurelles de la…

Alors que la dette publique togolaise continue de susciter des interrogations, certaines voix critiques pointent les failles structurelles de la gouvernance économique du pays. Dans une récente tribune, l’analyste politique Raoul K. Dagba, président de l’Observatoire panafricain pour la démocratie et le développement, dresse un constat sévère sur la gestion des ressources publiques et le fonctionnement des institutions économiques stratégiques.

Selon les dernières estimations disponibles, la dette publique totale du Togo s’élèverait à plus de 4 200 milliards de FCFA. Un niveau jugé préoccupant par plusieurs observateurs, d’autant plus que le pays dispose d’infrastructures génératrices de revenus importantes, au premier rang desquelles le Port autonome de Lomé (PAL) et la Société Nouvelle des Phosphates du Togo (SNPT).

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Le paradoxe du Port de Lomé

Pilier du commerce régional, le Port autonome de Lomé concentre à lui seul près de 80 % des recettes douanières du pays. En 2025, l’Office togolais des recettes (OTR) aurait collecté environ 737 milliards de FCFA sur les huit premiers mois de l’année, soit une moyenne estimée à près de 3 milliards de FCFA par jour aux frontières maritimes.

Pourtant, le bénéfice net annuel officiellement déclaré par le PAL avoisine 1,5 milliard de FCFA. Un chiffre qui interpelle. « Il est essentiel de distinguer les recettes douanières perçues par l’État du résultat net de l’entreprise portuaire », nuance toutefois un expert en finances publiques. Les responsables du port mettent en avant des charges d’exploitation élevées, des investissements lourds de modernisation et des coûts salariaux importants pour expliquer cette faible marge bénéficiaire.

 

Entreprises publiques : faible retour pour le budget national

La situation de la SNPT, exploitante des phosphates, alimente également le débat. Son bénéfice net annuel oscille, selon les années et les cours mondiaux, entre 2 et 4 milliards de FCFA. Pour Raoul K. Dagba, le problème réside moins dans la rentabilité brute que dans l’absence ou la faiblesse des dividendes reversés au budget de l’État.

Ce manque à gagner contraint, selon lui, les autorités à recourir davantage à l’endettement extérieur pour financer les investissements publics. Une analyse partagée par certains économistes, qui estiment que la réforme de la gouvernance des entreprises publiques demeure un chantier inachevé.

 

Corruption et impunité : un diagnostic récurrent

Au-delà des chiffres, la tribune de l’analyste politique met en cause un système qu’il juge marqué par l’opacité, le clientélisme et l’impunité. Il évoque notamment l’accès aux marchés publics, souvent dénoncé pour ses pratiques de surfacturation et de rétro-commissions, qui alourdissent le coût réel des projets financés par la dette.

Les institutions de contrôle existent — Cour des comptes, Haute Autorité de prévention et de lutte contre la corruption (HAPLUCIA) — mais leur efficacité reste régulièrement questionnée. Plusieurs rapports d’audit, dont celui sur la gestion du fonds Covid-19, ont révélé des irrégularités sans déboucher, jusqu’ici, sur des poursuites judiciaires significatives.

 

Des élites technocratiques face à leurs responsabilités

Selon Raoul K. Dagba, un paradoxe persiste au sommet de l’État togolais : malgré une concentration inédite d’experts aux postes clés, les indicateurs de gouvernance peinent à s’améliorer. À la Présidence, Ablamba Johnson, docteure en sciences économiques, spécialiste des politiques de développement, gouverneure du Togo auprès de la Banque mondiale et actuelle secrétaire générale de la Présidence coordonne les réformes et les relations avec les institutions internationales, tandis que Chantal Yawa Tségan juriste fiscaliste pilote la mobilisation des recettes via l’OTR.

Dès lors, une interrogation persiste dans le débat public : comment expliquer que, malgré cette concentration d’expertise au sommet de l’État, la dette publique continue de progresser à un rythme soutenu, tandis que les soupçons de mauvaise gestion, de faibles retombées des entreprises publiques et de corruption structurelle demeurent récurrents dans l’administration ?

Pour de nombreux analystes, ce décalage suggère que le problème n’est pas une question de compétences, mais résulte d’arbitrages politiques opaques et d’un système de décision trop centralisé qui limite la redevabilité de l’administration.

Une gouvernance très centralisée

Autre point soulevé : la centralisation de la gestion des secteurs stratégiques — phosphates, énergie, grands marchés publics — au sommet de l’exécutif. Cette concentration du pouvoir décisionnel limite, selon les critiques, le contrôle parlementaire et la transparence budgétaire, favorisant des mécanismes opaques difficilement traçables.

Dans ce contexte, la corruption ne serait pas seulement le fait d’individus, mais le produit d’un système institutionnel fragile, combiné à des facteurs socio-économiques tels que la faiblesse des revenus dans l’administration publique.

 

Un débat qui reste ouvert

Les autorités togolaises, de leur côté, mettent en avant les réformes engagées pour améliorer le climat des affaires, renforcer la mobilisation des recettes internes et moderniser les entreprises publiques. Elles rappellent également que l’endettement a permis de financer des infrastructures structurantes dans les domaines des transports, de l’énergie et de la santé.

Reste que la question de l’efficacité de la dépense publique et du partage des fruits de la croissance demeure centrale. Entre discours officiels et critiques de la société civile, le débat sur la gouvernance économique du Togo s’impose plus que jamais comme un enjeu politique majeur.

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