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Développement agricole: Koutéra Bataka parle de la mission que lui a confiée le chef de l’Etat

Koutera Bataka

Dans un entretien qu’il a accordé au journal Togo Matin , le ministre de l’Agriculture, de la Production animale et halieutique, Noël Bataka, s’est exprimé sur les grands chantiers de l’agriculture togolaise et les défis face à la crise sanitaire du coronavirus au Togo. Un entretien que nous vous proposons en intégralité.

 

Nommé par décret présidentiel le 25 janvier 2019, quelles sont les grandes missions qui vous ont été confiées ?

Noël Bataka : Les missions sont de mettre en œuvre l’axe 2 du Plan national de développement (PND2021-2022), développer la transformation du secteur agricole et renforcer l’inclusion économique et sociale valorisant le capital humain. Des objectifs qui, s’ils sont réalisés, induiront une forte création de richesses et plus de cinq cent mille emplois.

 

Quelles sont les forces et les faiblesses de l’agriculture togolaise ?

Les forces sont la disponibilité des terres car nous avons 3,6 millions de terres arables et seulement 45% sont actuellement mises en valeur. Le potentiel est énorme, la main d’œuvre agricole importante L’agriculture emploie plus de 70% de la population active togolaise.  En ce qui concerne les faiblesses, le secteur agricole demeure structurellement fragile et sensible aux aléas climatiques. Il est à noter que l’agriculture togolaise est constituée à majorité de petits exploitants agricoles, qui ont encore d’énormes difficultés à accéder aux ressources productives (foncier, accès à l’eau agricole, aux financements agricoles et aux marchés), ainsi qu’à l’encadrement technique adéquat et la formation technique adaptée.

 

D’après la ministre Tchabinandi Kolani-Yentchare, « Les femmes rurales représentent au Togo, 56,4% des actifs agricoles et 43% des transformateurs des biens ». Les études de la FAO soulignent que, « les femmes ont moins accès aux crédits, les intrants et les services ». Selon les données de votre ministère, 51,1 % des femmes travaillent dans le secteur agricole contre 48,9% d’hommes. Comment expliquez-vous le fait que les hommes soient plus au premier plan que les femmes ?

Le Togo a adhéré à plusieurs instruments internationaux prenant en compte les droits économiques sociaux et culturels ainsi que le genre, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination (Cedef) à l’égard des femmes est spécifique à la protection et à la promotion des droits des femmes. L’article 14 de la Cedef met l’accent sur la protection spécifique des femmes rurales. Il fait obligation aux Etats parties de veiller à ce que la femme rurale bénéficie des mêmes opportunités que la citadine, vu le rôle important qu’elle joue dans la survie de la famille et dans le développement économique du pays. Les défis liés à la prise en compte du genre dans le secteur agricole vont au-delà d’une simple autonomisation des femmes. Il s’agit d’un développement dans le but de réaliser les engagements juridiques et politiques pris par le Togo en la matière. La prise en compte du genre contribue à la réduction de la malnutrition, à l’amélioration des conditions de vie des familles, au renforcement des capacités des différents acteurs et actrices évoluant dans le secteur, à la réduction de la pauvreté et au développement durable.

 

L’accès au foncier est l’une des difficultés auxquelles sont confrontées les femmes du secteur agricole au Togo. Quelles actions menez-vous pour remédier à cela ?

Le problème foncier reste un défi à relever pour le gouvernement. Pour pallier le problème foncier, le gouvernement a mis en place à partir de 2011 des Zones d’aménagement agricoles planifiées (Zaap) pour l’installation des producteurs et productrices individuellement ou en groupe. Une priorité est donnée aux organisations des femmes ou mixtes (qui ont au moins 50% de femmes parmi leurs membres) dans la répartition. De nos jours, on dénombre au total 38 Zaap en exploitation sur toute l’étendue du territoire national pour 4344 emplois des jeunes dont 1835 femmes représentant 42,25% des producteurs. Depuis 2011, des cellules focales genre ont été mises en place dans tous les départements ministériels en vue de veiller à l’intégration du genre et à sa prise en compte dans les politiques, programmes et projets de développement et de coordonner les actions en la matière dans lesdits ministères. Le gouvernement travaille pour la transversalisation du genre dans le secteur agricole. Nous nous félicitons de l’initiative de la FAO et de la commission de la Cedeao à laquelle nous sommes partie prenante. L’évaluation de la situation du genre dans le secteur de l’agriculture, du développement rural et dans la mise en œuvre du programme national d’investissements agricoles et de sécurité alimentaire (Pniasa) a été initiée en vue de s’assurer que les femmes bénéficient pleinement de la transformation du secteur agricole et la croissance agricole inclusive.

 

La cartographie de la fertilité des sols agricoles révèle que près de 90% des sols des Savanes et Kara sont très pauvres en potassium. Comment comptez-vous enrichir ces sols afin de les rendre plus productifs ?

On peut rendre ces sols plus productifs en utilisant des engrais NPK avec une teneur élevée en potassium ou en faisant des apports complémentaires en engrais potassiques surtout en sulfate de potassium pour éviter d’acidifier les sols. Toutefois l’utilisation des engrais organiques et la restitution des résidus de récoltes sont des pratiques primordiales pour rendre plus efficace et efficiente toute fertilisation minérale. Le potassium est souvent présent dans le sol et dans les plantes sous forme d’ions K+. Malheureusement nos sols en sont déficients tout simplement parce que l’élément potassium (naturellement contenu dans les minéraux comme la kaolinite) a été pendant longtemps prélevé par les cultures sans qu’il y ait restitution au sol. La seule solution pour rétablir le niveau de potassium de nos sols agricoles est de : (1) pratiquer la restitution des résidus des cultures aux sols et (2) apporter des engrais potassiques (K2SO4 et KCl) aux cultures. Par exemple, la paille de riz est riche en potassium. Mais la longue période nécessaire à sa décomposition n’encourage pas les producteurs à l’enfouir dans le sol au moment du labour. Ils préfèrent soit l’enlever du champ soit la brûler.

 

La transformation et la consommation locale souffrent en raison du manque d’industries et de la concurrence. Quels sont les mécanismes pour pallier cette situation ?

D’ici cinq (05) ans, la filière avicole va générer cent cinquante mille (150 000) emplois décents, et plusieurs milliards de FCFA de chiffres d’affaires à condition que la volaille locale soit mieux distribuée. Aujourd’hui, si les importateurs prenaient les produits locaux au Togo, le secteur agricole connaîtrait une progression en flèche dans les prochaines années avec de milliers d’emplois pour la jeunesse togolaise. Selon les statistiques, les importateurs et distributeurs introduisent plus de 60 conteneurs de poulet au pays par mois. Pour booster la production locale, accroître l’économie nationale et créer de multiples emplois, nous avons eu des échanges avec les importateurs pour commercialiser les produits locaux.

C’est pour offrir toutes les chances de développement à la filière avicole que les autorités du secteur agricole ont sorti le 16 mai 2020, une note portant obligation de signature de contrat de fournisseur de volailles locales. Mais fonctionnant toujours avec pédagogie, un délai de quinze (15) jours a été accordé aux importateurs et distributeurs de produits de volailles pour se conformer. Avec la mise en œuvre et le respect de cette mesure, c’est tout le secteur agricole togolais qui sera redynamisé dans les cinq prochaines années, et cela favorisera : la création d’emploi pour les éleveurs, les producteurs de maïs et soja qui vont fournir des matières premières ; l’augmentation de la production de volaille locale ; la création d’emploi dans les abattoirs et une hausse de la croissance économique.

De plus, la consommation de ces volailles locales est bonne pour la santé et leur conservation ne nécessite pas l’utilisation des produits chimiques. Il faut signaler que l’autorité n’agit pas de son propre gré en prenant cette mesure, mais ceci s’inscrit dans la vision du gouvernement, notamment la réalisation du Plan national de développement (PND) dans son axe 2, qui prévoit la promotion et la valorisation des produits agroalimentaires locaux.

 

Comment parvenez-vous à satisfaire les jeunes entrepreneurs agricoles togolais ?

L’outil de développement de compétences « Camp du Futur » a été couplé avec celui de « Simulgames », une plateforme numérique de formation massive basée sur des jeux de simulation sur mobile. Elle permet aux producteurs d’acquérir et d’améliorer leurs connaissances sur les bonnes pratiques culturales dans les filières de cacao, du riz et du maraichage, aussi bien en français que dans les langues locales, notamment en Ewé et en Kabyè. Grâce à cet outil didactique, des centaines de personnes poursuivent aujourd’hui les formations de manière ludique, améliorant ainsi leurs connaissances sur les meilleurs itinéraires techniques pour avoir les meilleurs rendements dans leurs exploitations.  La capitalisation des outils utilisés et les ressources humaines nationales mises à contribution ont permis de disposer d’une cinquantaine de personnes ressources qui ont pu démultiplier la formation dans treize autres camps du futur durant la période de janvier à février 2020 sur toute l’étendue du territoire pour toucher près de 15 000 acteurs qui ont vu leurs capacités renforcées. Tous les plans d’affaires finalisés à l’issue de ces formations, sont pour certains en train d’être mis en œuvre et d’autres en cours d’études au Mifa pour permettre aux promoteurs d’être soutenus financièrement dans la concrétisation de leurs idées de projets.

 

Depuis le 06 mars 2020, le Togo est confronté au coronavirus. Comment cette crise sanitaire a-t-elle impacté le secteur et la mise en œuvre des projets ?

A l’heure où les Etats à travers le monde sont amenés à prendre de plus en plus de dispositions limitant les mouvements aussi bien des hommes que des marchandises, le risque de voir augmenter le niveau d’insécurité alimentaire et nutritionnel de nos populations est évident. En effet, les restrictions des déplacements ont handicapé l’accès des unités de transformations aux matières premières ainsi qu’au matériel et aux équipements pour maintenir un niveau soutenable de production et de transformation des produits agricoles, de même que l’exportation des produits agricoles et l’approvisionnement des marchés de consommation.

La crise a aussi limité les transactions entre les bassins de production et les milieux urbains fragilisant les capacités des commerçants qui animent les marchés ruraux et les petits producteurs qui n’ont pas pu écouler leurs produits surtout les produits maraîchers et les céréales telles que le maïs qui sont toujours sous les bras de certains producteurs. La crise a limité aussi les transferts monétaires de la diaspora et le préfinancement que des commerçants ont l’habitude de faire aux producteurs. Ceci limite les capacités de ces derniers à investir pour lancer leur nouvelle campagne agricole.

 

Face à la pandémie, quelles sont les mesures de riposte pour amortir le choc agricole subi ?

Le gouvernement s’est engagé avec les partenaires, pour aider et amortir le choc de la crise sanitaire sur les activités agricoles et accompagner l’Etat dans le domaine agricole dans la mise en œuvre du plan de riposte agricole, covid-19. Etant entendu que le secteur tertiaire va subir une forte baisse, seule une croissance du secteur primaire en général et de l’agriculture en particulier pourra soutenir l’économie et fournir les quantités de produits pour maintenir la sécurité alimentaire dans le pays. Il va de soi que la transformation locale des productions vienne compenser la baisse des importations que l’on observe déjà. Pour ce faire, le gouvernement s’est organisé pour soutenir et relancer les activités des différents maillons des différentes chaînes de valeur agricoles dans le but de créer et de consolider les emplois, d’augmenter les revenus des producteurs agricoles afin d’éviter qu’ils ne rebasculent dans l’extrême pauvreté.

Ainsi, le gouvernement met en œuvre un programme de facilitation d’accès aux producteurs en accompagnant des agrégateurs à fournir aux producteurs des kits d’intrants sous forme d’un crédit que les agriculteurs auront à rembourser à travers un mécanisme de collecte et de mise en marché des productions par ces agrégateurs.

 

Qu’est-ce qui est fait à ce jour pour rendre le dispositif durable ?

Afin de rendre le dispositif fiable et pérenne, il est procédé entre autres : à  la mise en place de la base de données des agrégateurs par filière à laquelle sont affiliés des groupes d’entente solidaire de producteurs identifiés et enregistrés dans les villages par chaque agrégateur, une connaissance plus fine des clients avec une meilleure organisation à travers le lien chaque producteur à un seul agrégateur, une structuration des chaînes de valeur permettant de mieux retracer chaque acteur et ce, avec l’appui  des services techniques sur le terrain, l’organisation des acteurs en interprofessions assortie de contrats signés entre eux et le Mifa. Il est également le relèvement du niveau de collaboration entre tous les acteurs de la chaine, la facilitation d’accès aux producteurs agricoles de semences de variétés à haut rendement à l’instar de semences hybrides, l’aménagement et la maîtrise de l’eau de manière progressive dans les bassins de production et le déploiement des kits d’irrigation, la sécurisation foncière à travers la mise en place de zone d’aménagement agricole planifié (Zaap), ainsi que la planification de périmètres de production dédiés à des cultures suivant les potentialités évaluées à travers la carte de fertilité des sols.

 

D’autres actions sont-elles prévues par le Plan national de développement ?

En outre le plan prévoit des kits de production dans les filières animales, halieutiques et dans la transformation et commercialisation des produits agricoles et alimentaires. Ce dispositif rénové et plus efficace a pour finalité de mitiger les risques dans le secteur agricole et offrir ainsi aux institutions financières une meilleure lisibilité des opportunités du secteur en terme d’accroissement des cycles de production, la rentabilité des exploitations axées désormais sur des outils modernes de gestion avec une traçabilité accrue via la digitalisation. Pour y arriver, le gouvernement a sollicité des institutions bancaires et de structures de financement décentralisées le financement des agrégateurs ainsi que les entreprises agricoles engagées dans le processus aux côtés de l’Etat.

Le gouvernement togolais reste convaincu que la mobilisation des ressources pour renforcer les activités agricoles, dans un contexte économique fortement impacté par la Covid-19, devra contribuer à maintenir la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans notre pays et à soustraire les petits producteurs, les jeunes et les femmes de la vulnérabilité et de la précarité.

 

Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face sur le terrain en cette période de coronavirus ?

Malgré la situation nous avons la responsabilité de rester aux cotés des producteurs pour les accompagner à avoir accès aux facteurs de production (intrants, mécanisation, etc.) et les aider à trouver des solutions aux problèmes de marchés.

 

Vous avez récemment échangé avec vos pairs d’Afrique sur la sécurité alimentaire en cette période de crise sanitaire de la Covid-19. Quelles sont les résolutions prises pour y parvenir ?

Nous avons fait cas des différentes mesures prises par le gouvernement togolais face à la pandémie de la Covid-19 pour la réussite de la campagne agricole 2020-2021 notamment, la facilitation de l’accès aux facteurs de production, la promotion de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles. Les ministres ont réitéré l’engagement de l’Afrique à éliminer la faim d’ici 2025. La commissaire de l’Union africaine, H.E. Josefa Leonel Correia Sacko, a réaffirmé l’engagement de l’institution à accompagner la mise en œuvre des plans nationaux de riposte, en collaboration avec la Banque africaine de développement et la Banque mondiale.

 

Quels sont les mécanismes mis en œuvre  pour une bonne gestion de « l’après-covid » ?

Pour une bonne gestion de cette pandémie, le gouvernement a procédé à la facilitation de l’accès aux facteurs de production (130 tracteurs sur toute l’étendue du territoire national, 100.000 tonnes d’engrais, et des semences améliorées, des crédits agricoles à travers le Mifa, l’accompagnement des producteurs, etc.), la promotion de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles.


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