L’annonce de la libération de plusieurs détenus, à la suite de la grâce présidentielle du 31 décembre 2025, n’a pas apaisé les tensions politiques à Lomé. Au contraire, elle a déclenché une levée de boucliers au sein de l’opposition. Lors d’une conférence de presse tenue le 5 janvier 2026, plusieurs dirigeants ont décrété une « manœuvre cynique » visant à détourner l’attention du fond du problème : la persistance d’arrestations jugées arbitraires.
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Une satisfaction en demi-teinte pour les familles
L’année 2026 a pourtant débuté par un soulagement pour de nombreux foyers. Le décret présidentiel a permis à plusieurs figures, dont Grâce Koumayi et Amavi Katanga, de retrouver leurs proches après des mois, voire des années, derrière les barreaux. Les organisations de la société civile et les partis d’opposition n’ont pas manqué de saluer ces libérations, reconnaissant la douleur des familles éprouvées.
Toutefois, ce sentiment de joie est resté de courte durée, laissant place à une analyse politique beaucoup plus sévère. Pour une grande partie de la classe politique contestataire, cet acte de clémence est perçu comme une goutte d’eau dans un océan d’injustice.
L’accusation de « pompier pyromane »
Les réunions au sein d’un front commun, la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK) , la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP) et le LDP ont fustigé la stratégie du pouvoir. Leur constat est sans appel : le régime togolais adoptait la posture du « pompier pyromane ».
Selon ces organisations, le schéma est répétitif et calculé. Le pouvoir commence par emprisonner des citoyens pour des motifs politiques ou lors de manifestations, créant ainsi une crise en matière de droits de l’homme. Ensuite, il se présente en sauveur en accordant des grâces partielles. Cette stratégie viserait à redorer son blason sur la scène internationale tout en calmant la grogne intérieure.
« C’est une manœuvre cynique. On crée le problème pour ensuite prétendre le résoudre, tout en gardant une partie de nos camarades en otage », a martelé l’un des porte-paroles lors de la rencontre avec les médias.
Le défi des détenus « oubliés »
Le point de rupture entre le gouvernement et l’opposition réside dans le caractère partiel de cette mesure. En libérant seulement une fraction des personnes considérées comme des détenus politiques, le pouvoir opère un tri arbitraire. Pour les opposants, tant qu’un seul Togolais demeure en prison pour ses opinions ou son engagement militant, la question des libertés publiques reste irrésolue.
Les intervenants ont également insisté sur le fait que la grâce présidentielle ne doit pas faire oublier la nécessité d’une réforme profonde de la justice. Ils réclament une amnistie générale et la fin définitive des poursuites contre les acteurs politiques et les membres de la société civile.
Quel avenir pour le dialogue national ?
Cette sortie médiatique de l’opposition souligne la fragilité du climat politique en ce début d’année 2026. Alors que les autorités présentent cette grâce comme un geste d’apaisement pour la réconciliation nationale, l’opposition y voit une simple opération de communication.
Le fossé semble se creuser entre un pouvoir qui tente de clore le dossier des détenus par des mesures de clémence ponctuelles, et une opposition qui exige une remise à plat totale du système judiciaire. En attendant, les regards restent tournés vers les prisons où d’autres noms, encore dans l’ombre, attendent désespérément leur tour pour regagner la liberté.




