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Point de vue de l’honorable Taama sur l’affaire des 500 milliards détournés par la famille Adjakly

Gerry Taama

L’honorable Gerry Taama, contrairement à son collègue Séna Alipui, pense que l’affaire de détournement des 500 milliards révélée par le journal L’Alternative est une affaire sérieuse. Voilà ce qu’il écrit à propos.

La polémique est là, et il n’y a aucun moyen de l’éviter. Partout où on passe, c’est toujours la même question: Monsieur le député, que dites vous de cette affaire de 500 milliards qu’aurait détournés la famille Adjakly ?

J’aimerais dans un premier temps dire que c’est une affaire qui m’interpelle, d’abord en tant que citoyen togolais, ensuite en tant que député, donc représentant de la nation. En fait, on parle de 500 milliards (même si c’est une estimation) ce n’est pas 500f, 5000 ou 50000 f. On parle de 500 milliards de francs. C’est tellement énorme que je ne me fais pas une représentation visuelle de cette somme. Si on estime qu’un bâtiment scolaire de trois classes équipés de bancs peut se construire avec 50 millions, c’est l’équivalent de 30 000 classes. Rien que pour faire cette comparaison. C’est beaucoup et donc, oui, je suis interpellé.

Ferdinand Ayité et son journal l’alternative font un remarquable travail d’investigation. Même s’il me traite du plus grand menteur parmi les politiciens togolais, il reste un rouage indispensable dans le processus d’amélioration de la gouvernance dans notre pays. C’est un lanceur d’alertes.

Une fois l’alerte lancée (nul besoin que les informations soient absolument authentifiées, c’est la polémique générée qui en fait un sujet d’actualité) plusieurs autres acteurs prennent le relais.

1: L’assemblée nationale, par l’interpellation parlementaire ou l’ouverture éventuelle d’une commission d’enquête. Je viens d’interpeller le ministre du commerce pour qu’il nous explique en détail comment se gère la commande et la distribution du carburant dans notre pays. Mais attention, beaucoup de personnes confondent une interpellation parlementaire à un procès. Les députés n’ont aucun pouvoir de coercition sur les ministres qui viennent à l’assemblée. Le ministre donne les réponses à sa disposition, répond aux questions subsidiaires et c’est tout. Les députés ne peuvent pas faire démissionner un ministre, mais le gouvernement si, à la condition que les 2/3 votent pour une motion de censure. Avec la configuration actuelle, ça n’arrivera pas. Mais j’ai interpellé le ministre pour qu’on comprenne. L’assemblée nationale peut aussi lancer une commission d’enquête, mais pour le faire, il faut que 15 députés au moins signent une projet de résolution. Les députés de l’opposition ne font que 14 actuellement. Et il n’est pas dit que les 14 signeront pour cette résolution. Je reviendrai sur l’enquête parlementaire dans un autre écrit. Donc l’interpellation parlementaire est la seule chose que les députés peuvent faire et c’est fait.

2: La justice. Soit par une auto-saisine du procureur, ou à l’issue d’une plainte contre x. Le procureur n’est pas forcé de s’auto-saisir et pour la constitution de partie civile, il faut avoir un intérêt à ester. C’est ce que la Lct essaye de faire avec beaucoup d’opiniâtreté.

3: l’exécutif par la commande d’un audit qui peut éventuellement déboucher sur un procès et des condamnations. Connaissant les habitudes de la maison, il ne faut pas trop compter dessus. L’impunité sur les infractions économiques est l’une des plus grandes faiblesse de l’actuel régime.

4: la société civile. Comme je l’ai dit, la Lct fait un travail remarquable mais en solitaire. Il faut faire plus de boucan, ça peut debloquer les choses.

Quand j’ai fini de présenter les scénarios possibles, je peux dire que depuis un certain nombres de jours, j’essaye de faire mes propres investigations aussi, en attendant que le ministre vienne nous expliquer (l’ennui c’est que nous sommes en intéresession).

Ce que j’ai compris de cette histoire, c’est que c’est plus un gros délit d’initiés, associé à une collusion d’intérêts familiaux. Pour faire court, c’est qu’autrefois c’est l’Etat qui commandait directement le carburant aux traders et qui le mettait ensuite à la disposition des buyers locaux, notamment le fameux Gpp (je ne rentrerai pas dans les détails). Comme les paiement transitaient par le trésor public (très vorace) ceci créait des retards dans le paiement des traders, d’où l’idée de mettre en place le fameux CSFPP dont l’un des rôle est de s’assurer de la transparence dans l’octroi des marchés de fourniture de carburant. Et pour faire le lien entre les buyers, les traders et l’Etat sans que l’argent ne se perde plus dans les méandres du trésor, une société d’intermédiatiion fut créée.

D’après ce qu’on m’a expliqué à travers plusieurs sources, le délit d’initiés commence dès que l’expert de la CSFPP se trouve être le père du responsable de la société d’intermédiatiion. Ceci n’aurait jamais dû arriver. Après, ce qui se passe est d’une banalité extrême, et c’est le vécu malheureusement de plusieurs établissements étatiques. Un des soumissionnaires a un tuyau pour faire systématiquement la meilleurs offre. Ceux qui ouvrent les enveloppes ne voient que du feu, et s’il y’a des marges, les acteurs du réseau se le partagent.

Je n’ai aucune informations sur l’implication des autres membres du CSFPP ni des ministres qui se sont succédés à la tête des différents ministères impliqués, mais toujours est-il qu’il y’a possibilité qu’ils n’en sachent rien car la gestion des commandes de carburant exige des compétences très poussées et l’Etat s’est longtemps reposé sur la probité de son seul expert national. Je me souviens avoir tenté à plusieurs reprises de commrendre la nomenclature du prix du litre de carburant, mais toutes mes demandes s’arrêtaient systématiquement au niveau du sieur Adjakly, qui est resté une sorte de totem infranchissable.

Voilà. Je vous donne ici les informations que j’ai plus glaner, en attendant que le ministre nous informe davantage. 500 milliards ont-ils été spoliés tel que c’est présenté ? Ce sont, d’après ce que j’ai compris, des estimations et nul ne saura jamais combien a été dérobé aux consommateurs finaux que nous sommes car tous les excédents ont été payés par nous. Mais pas toujours. Les fluctuations des prix du baril à l’international sont la plus grande source de profit dans cette affaire. En gros, ils ne volent personne mais se font une très belle marge en spéculant tout simplement. Le gros problème des délits d’initiés, c’est que une fois que c’est passé, il est difficile de retrouver les coupables. Il n’y a aucune trace. C’est justement pourquoi on parle de délits d’initiés. C’est méphistophélique mais intraçable.

Bonne nuit à tous.

Gerry.


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