Créée pour moderniser la collecte fiscale, l’Office Togolais des Recettes (OTR) se retrouve aujourd’hui au centre d’un scandale qui secoue l’opinion. Deux agentes, Donko Bileyo et Klouvi Foligan Dédégan, toutes deux en poste à la Direction du renseignement et de lutte contre la fraude, sont accusées d’avoir effectué des dépôts en espèces de plusieurs centaines de millions de francs CFA auprès de compagnies d’assurance.


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Une disproportion financière alarmante
Les montants en cause dépassent largement les revenus officiels de ces fonctionnaires. Alors que leur salaire mensuel ne franchit pas 1,5 million de F CFA, des versements allant jusqu’à 500 millions en une seule opération ont été enregistrés. Ces dépôts, réalisés notamment auprès de NSIA Assurance Vie et SUNU Assurance, soulèvent de sérieuses interrogations sur la traçabilité des fonds et sur le respect des obligations légales de déclaration d’opérations suspectes.
Les chiffres donnent le vertige :
- Le 4 mars 2026, Donko Bileyo aurait versé 100 millions F CFA en espèces chez NSIA Assurance, faisant suite à un premier dépôt de 500 millions F CFA en décembre 2025.
- Klouvi Foligan Dédégan, inspectrice des douanes, aurait quant à elle déposé 60 millions F CFA le 10 février 2026, puis 30 millions F CFA le 6 mars suivant.
À ces flux de liquidités s’ajoute l’identification de biens immobiliers à l’étranger, notamment un appartement à Kansas City aux États-Unis. Ce patrimoine global, totalement déconnecté de la réalité de leurs émoluments mensuels, place désormais ces agents de l’État sous les projecteurs de la régulation financière.
Cette situation soulève une question centrale : comment des fonctionnaires avec des revenus officiels connus peuvent-ils effectuer des dépôts en liquide d’une telle ampleur ?

Un système de contrôle mis à l’épreuve
La réglementation de l’UMOA est pourtant explicite : elle impose aux institutions financières de signaler à la CENTIF toute transaction en espèces supérieure à 15 millions F CFA. En effet, dans le système financier de l’UEMOA, les banques et compagnies d’assurance ont l’obligation de déclarer toute opération suspecte, notamment lorsque le montant des dépôts apparaît disproportionné par rapport aux revenus déclarés du client.
Pourtant, dans cette affaire, rien n’indique que ces dépôts font l’objet de déclarations officielles. Cette omission interroge :
- Les assurances ont-elles volontairement ignoré leurs obligations ?
- La CENTIF et la HAPLUCIA, censées lutter contre la fraude et le blanchiment, ont-elles failli à leur mission ?
Elle met surtout en lumière une faille inquiétante : les mécanismes de contrôle semblent neutralisés, laissant prospérer des pratiques assimilables au blanchiment de capitaux.
Par conséquent, une question majeure s’impose : les procédures de déclaration d’opérations suspectes ont‑elles été respectées ? Si ce n’est pas le cas, cela révèle de graves défaillances dans le système de lutte contre le blanchiment au sein de l’espace communautaire.

Un paradoxe au cœur de l’État
Ce scandale révèle un paradoxe flagrant. Alors que le gouvernement affiche une volonté de lutter contre le terrorisme et le financement illicite, des agents censés protéger l’État contre la fraude se retrouvent eux-mêmes impliqués dans des opérations suspectes. Ce dossier dépasse largement les cas individuels : il illustre une impunité systémique où les institutions de contrôle semblent privilégier les séminaires et les discours plutôt que l’action concrète.
Le contraste est saisissant. Dans un pays où la justice se montre prompte à réprimer les contestations sociales et rapide face aux jeunes manifestants, l’absence de réaction ou la lenteur impliquée face aux crimes financiers de cette ampleur interroge sur la sélectivité des priorités. Si des flux financiers suspects circulent ainsi sans contrôle, c’est toute la crédibilité de la lutte contre la corruption qui se trouve ébranlée.

Gouvernance : pourquoi l’affaire de l’OTR menace l’attractivité du Togo
Au-delà des dépôts, des biens immobiliers attribués à ces agents. Ces révélations montrent que les flux financiers illicites dépassent le cadre national et s’inscrivent dans des réseaux transnationaux. La question centrale demeure : combien d’autres agents de l’OTR disposent de fortunes disproportionnées par rapport à leurs revenus officiels ?
Plus largement, cette affaire met en cause le contrôle des agents publics et l’enrichissement inexpliqué dans l’administration. Ce scandale constitue un véritable test pour la gouvernance togolaise : la réaction des institutions dira si le pays peut encore se présenter comme une destination fiable pour les investisseurs.
Faute d’action, le risque est double : à l’international, fragiliser l’image du Togo auprès des partenaires économiques ; au niveau national, nourrir un sentiment d’injustice et accentuer la défiance des citoyens envers leurs dirigeants.

Les questions qui restent sans réponse
En somme, aujourd’hui plusieurs questions majeures restent sans réponses :
- D’où proviennent réellement les fonds déposés ?
- Pourquoi ont-ils effectué ces dépôts en espèces ?
- Les compagnies d’assurance ont-elles fait les déclarations obligatoires ?
- Existe-t-il d’autres personnes impliquées ?
- Y a-t-il un système de blanchiment d’argent ?
- Les autorités financières vont-elles ouvrir une enquête ?
- Cette affaire remonte-t-elle à un réseau plus large ?
Tant que ces questions resteront sans réponses, cette affaire continuera d’alimenter les soupçons autour de la gestion financière publique et de la lutte contre la corruption.
Une chose est certaine : ce dossier pourrait être le début d’une affaire financière beaucoup plus importante qu’il n’y paraît.




