Togo : Le mystère des 950 forages de Kara et des Savanes

Alors que les robinets sont à sec et que les populations de la région de la Kara crient leur détresse…

Alors que les robinets sont à sec et que les populations de la région de la Kara crient leur détresse face à une pénurie d’eau potable sans précédent, un document administratif refait surface. Cet avis d’appel d’offres, datant de 2022, promettait la réalisation de 950 forages productifs. Aujourd’hui, entre la poussière des chantiers et la réalité du terrain, une question brûlante s’impose : où est passée l’eau promise ?

 

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Un projet pharaonique pour étancher la soif du Nord

Le document officiel du Ministère de l’Eau et de l’Hydraulique Villageoise détaille un projet d’envergure internationale. L’objectif affiché était clair : implanter 950 forages neufs, équipés de pompes à motricité humaine, pour transformer le quotidien des habitants des Savanes et de la Kara.

Le projet se divisait en deux lots stratégiques :

  • Lot 1 : 500 forages destinés à la région des Savanes.
  • Lot 2 : 450 forages pour la région de la Kara.

Sur le papier, l’initiative représentait un espoir immense pour des milliers de familles dont la survie dépend directement de l’accès à cette ressource vitale.

 

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Des milliards en jeu et une sélection rigoureuse

L’analyse des offres financières révèle l’ampleur des investissements consentis par l’État togolais. Pour le premier lot, le groupement retenu provisoirement, CTF/GGP SERVICE, affichait un montant colossal de plus de 2,6 milliards de FCFA. Pour le second lot, c’est l’entreprise SARA GROUP qui se positionnait avec une offre dépassant les 1,9 milliard de FCFA.

Le processus de sélection, tel qu’il apparaît sur le tableau des résultats, se voulait strict. De nombreuses entreprises ont été écartées pour des motifs techniques : manque de preuves d’expériences similaires, absence de capacité financière suffisante ou matériel technique non conforme. Cette rigueur administrative laissait présager une exécution des travaux à la hauteur des attentes.

 

La réalité du terrain : quand le doute s’installe

Pourtant, en janvier 2026, le contraste est saisissant. À Kara, l’eau est devenue une denrée rare. Les populations parcourent des kilomètres, bassines sur la tête, pour trouver quelques litres d’une eau souvent douteuse. Ce décalage entre les chiffres officiels de 2022 et la détresse actuelle des citoyens alimente une frustration légitime.

Le peuple appelle désormais à une véritable reddition des comptes. Si l’État a attribué les marchés et mobilisé les fonds, l’achèvement effectif de ces 950 forages soulève désormais une question brûlante. Les entreprises ont-elles livré tous les ouvrages ? Sont-ils fonctionnels ou sont-ils déjà tombés en panne faute d’entretien ?

 

L’exigence de transparence

Dans une démocratie moderne, l’accès à l’information et le suivi des investissements publics sont des droits fondamentaux. Face à la pénurie, les discours ne suffisent plus. Les populations de la Kara et des Savanes attendent des preuves concrètes : une cartographie précise de ces nouveaux forages et un bilan transparent de l’impact réel du projet sur leur quotidien.

La lutte contre la soif ne peut se gagner uniquement dans les bureaux climatisés de Lomé. Elle se gagne sur le terrain, pompe après pompe, goutte après goutte. En attendant des éclaircissements officiels, la soif, elle, ne connaît pas de répit.

L’eau est un droit, pas une faveur. Lorsque des milliards sont investis pour creuser la terre et en faire jaillir la vie, le moindre retard ou la moindre opacité devient une offense à ceux qui souffrent. Le dossier des 950 forages est aujourd’hui bien plus qu’une affaire de génie civil ; c’est un test de vérité pour la gestion des biens publics au Togo.

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