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Virus: en Israël, sur les rives de la mer Rouge, une station balnéaire sans touristes

A Eilat, ville israélienne ultratouristique de la mer Rouge, la musique d’un manège tourne en boucle dans un parc d’attraction fermé. La comptine « Il était un petit navire » résonne dans le vide d’une ville confinée, que le nouveau coronavirus a plombé d’un chômage accablant.

Environ 2,5 millions de touristes gagnent chaque année Eilat, dans la pointe sud d’Israël coincée entre la Jordanie et l’Egypte, pour bronzer sur ses plages, plonger dans ses eaux cristallines et se balader sur la promenade faite de magasins de tongs et de barres d’hôtels avec piscines.

Et le printemps y est d’ordinaire délicieux, entre la fraîcheur hivernale et la canicule estivale.

Mais, à l’heure de la pandémie du Covid-19, les autorités israéliennes ont ordonné le confinement de la population et la fermeture des frontières et des lieux de loisirs pour éviter toute propagation. Alors les transats prennent la poussière.

Difficile d’imaginer que dans cette ville de 67.000 habitants baignée par le soleil, les 12.000 chambres d’hôtel sont toutes occupées la majeure partie de l’année.

Dans le hall d’un immense hôtel cinq étoiles défraîchi, les meubles ont été recouverts de draps blancs et les fontaines mises à l’arrêt. Le vaste escalier en colimaçon n’est plus foulé que par quelques employés veillant à la sécurité de l’établissement, qui compte normalement 500 salariés.

Lior Mucznik, qui dirige trois hôtels dont celui-ci, estime perdre des dizaines de millions de shekels par mois -soit des millions d’euros.

Sur son téléphone, il montre des photos des dégâts causés par des vents violents ayant balayé la côte mi-mars: fleurs arrachées, sable incrusté sur les terrasses. « Après la tempête; le coronavirus! », se désole-t-il, regrettant de ne pas avoir reçu d’aide des autorités jusqu’ici.

– « Sparadrap » –

La municipalité a reçu un soutien financier du gouvernement pour répondre à la crise, mais ce n’est pour l’instant qu’un « sparadrap sur une large plaie », explique le maire Meir Yitzhak Halevi.

Trois personnes sur quatre sont désormais au chômage, dit-il à l’AFP.

Samedi, le gouvernement a annoncé l’assouplissement de certaines restrictions, dont la réouverture de certains commerces, en réaction à une baisse du nombre de nouveaux cas de malades.

Mais « l’apport à la ville d’Eilat est très minime », regrette le maire, qui considère qu’il s’agit tout de même d’un « premier pas ».

Israël a annoncé son premier cas de nouveau coronavirus le 21 février et a depuis officiellement enregistré plus de 14.300 cas dont environ 190 décès. A Eilat, une vingtaine de cas ont été recensés.

Parce que la pandémie y constitue davantage une crise économique que sanitaire, la mairie appelle le gouvernement à formuler une réponse sur mesure pour la ville, explique Nora Bitton, employée municipale.

Sans tourisme, ce « petit coin de paradis » a vu son « tuyau d’oxygène coupé », déplore-t-elle.

– Paralysie –

Pour Josef Gez, qui se balade malgré le confinement –ce qui peut en théorie lui valoir une amende–, « c’est comme si la ville était paralysée ».

« D’habitude, je déteste marcher mais je suis venu de l’autre bout de la ville histoire de prendre l’air, profiter du soleil et être en bord de mer », explique ce quinquagénaire sur le pont qui enjambe la marina. « En 32 ans de vie ici, je n’ai jamais vu ça », souffle-t-il. « On dirait qu’une bombe a été lâchée et que tout le monde a disparu ».

Un peu plus loin sur la plage, un couple de Français tente une expédition baignade. Mais à peine leurs pieds ont-ils effleuré le sable qu’une patrouille de police les interpelle.

Retour à la maison obligatoire pour les deux retraités, fâchés de devoir faire demi-tour et « attristés » de voir la ville vide à une période de l’année où il est habituellement difficile de se faire une place au soleil.

Accoudé à la barrière qui entoure l’une des trois piscines de son hôtel, Lior Mucznik explique que la saison de Pessah, la Pâque juive qui vient de se terminer, est l’une des plus importantes pour l’économie locale.

Pendant cette fête, les 375 chambres de son établissement sont d’ordinaire occupées, majoritairement par des Israéliens, et les prix en forte hausse. « Si nous ratons la deuxième haute saison haute, de juillet à septembre, alors ce sera une année catastrophique », dit-il.

Avant de se reprendre: « en fait, c’est déjà une année catastrophique ».


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