Budget vert 2027 : Le ministère de l’Économie forme ses cadres à Lomé
À Lomé, le changement climatique n’est plus seulement une affaire de politiques environnementales. Il devient une question d’arbitrage budgétaire. Depuis…
À Lomé, le changement climatique n’est plus seulement une affaire de politiques environnementales. Il devient une question d’arbitrage budgétaire. Depuis le 3 août, le ministère de l’Économie et de la Veille stratégique forme ses cadres à une nouvelle manière de lire, programmer et évaluer la dépense publique. Objectif : préparer le Budget Vert 2027 et faire du climat un critère à part entière des choix économiques de l’État.
Pendant cinq jours, jusqu’au 7 août, la salle Entente du CASEF accueille ainsi un atelier qui pourrait sembler technique. Pourtant, derrière les tableaux, les méthodes de marquage et les exercices budgétaires se joue une transformation plus profonde : déterminer comment l’argent public peut financer la croissance sans aggraver les vulnérabilités climatiques du pays.
Passer à l’échelle : le climat intégré dans toute la mécanique budgétaire
Jusqu’ici, une dépense publique se juge principalement à son utilité économique, sociale ou administrative. La budgétisation verte ajoute une autre question : quel est son impact sur le climat et l’environnement ? Au Togo, les dépenses peuvent ainsi être classées selon leur contribution : favorable, défavorable ou neutre au climat et à l’environnement. Cette méthode permet aux décideurs de visualiser les effets environnementaux des choix budgétaires et de mieux orienter les ressources.
Le pays a engagé cette réforme progressivement. Après une première expérience avec neuf ministères en 2024, le périmètre s’est élargi à 25 ministères et institutions pour l’exercice 2025. Le Budget Vert 2026 couvre désormais l’ensemble des ministères et institutions de l’administration centrale. Le passage à l’échelle change donc la nature de l’exercice : il ne s’agit plus d’expérimenter, mais d’installer durablement le climat dans la mécanique budgétaire.
C’est précisément ce que prépare l’atelier ouvert à Lomé. Sous la conduite d’Ahodo Tchamdja, Directeur général des Études et Analyses économiques, représentant le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, les participants doivent acquérir les outils nécessaires à l’élaboration du document Budget Vert 2027 du ministère.
Le programme va au-delà d’une formation théorique. Les cadres doivent comprendre les concepts fondamentaux de la budgétisation verte, maîtriser la méthodologie de marquage et appliquer ces outils aux activités inscrites dans le Plan de travail et budget annuel 2027 du ministère.
Une deuxième étape interviendra au quatrième trimestre 2026. La cellule Budget Vert du ministère devra alors finaliser le marquage des activités et projets, actualiser leurs coûts à partir de la lettre de cadrage budgétaire 2027 et rédiger la partie narrative du futur document. Le résultat attendu est double : des cadres capables de manier l’outil et un Budget Vert 2027 finalisé.
Cette réforme prend une dimension particulière dans un pays exposé aux effets du dérèglement climatique. Sécheresses, inondations, érosion côtière et irrégularité des précipitations ne menacent pas uniquement l’environnement. Elles affectent l’agriculture, les infrastructures, l’énergie, les ressources en eau et, par ricochet, les finances publiques. Lorsqu’une inondation détruit une route, lorsqu’une sécheresse fragilise une production agricole ou lorsqu’un phénomène météorologique extrême impose des dépenses imprévues, l’État finit par payer la facture.
La budgétisation verte cherche donc à déplacer le curseur : ne plus attendre que le climat provoque la dépense, mais intégrer le risque climatique au moment où l’État décide de dépenser. C’est l’un des enjeux majeurs de cette réforme. La dépense publique doit pouvoir contribuer simultanément à la croissance, à la résilience économique et à la protection des ressources naturelles.
Pour Ahodo Tchamdja, l’enjeu dépasse largement la création d’une nouvelle rubrique budgétaire. La budgétisation verte doit intégrer les considérations climatiques et environnementales à l’ensemble du cycle de la dépense : planification, programmation, arbitrage, exécution et évaluation.
Cette approche peut également renforcer la transparence. En identifiant les dépenses favorables, défavorables ou neutres, l’État dispose d’un instrument supplémentaire pour suivre la cohérence de ses politiques publiques. Le Budget Vert devient ainsi une forme de radiographie des choix économiques. Il ne dit pas seulement combien l’État dépense. Il permet aussi de demander dans quelle direction il dépense.
La démarche du ministère de l’Économie et de la Veille stratégique s’inscrit dans une réforme plus large de la gestion des finances publiques togolaises. Le Togo a déjà utilisé son expérience pour partager son approche avec d’autres pays, notamment le Cameroun et la République du Congo. Le ministère des Finances et du Budget présente cette trajectoire comme une expérience pionnière en Afrique de l’Ouest.
Mais le véritable enjeu du leadership revendiqué ne se trouve pas dans le nombre d’ateliers organisés ni dans le volume de documents produits. Il se mesurera à la capacité du système budgétaire à transformer les analyses climatiques en décisions financières.
Autrement dit, identifier une dépense comme « verte » ne suffira pas. Il faudra ensuite vérifier son exécution, ses résultats et son impact réel. Le ministère des Finances et du Budget a d’ailleurs engagé en 2026 une étape consacrée au suivi de l’exécution des Budgets Verts 2024 et 2025, avec l’objectif de passer de la programmation à la redevabilité.
À Lomé, la philosophie défendue par les autorités peut finalement se résumer à une question simple : que fait chaque franc CFA public face au risque climatique ? Le Budget Vert 2027 doit apporter une partie de la réponse. En formant ses cadres et en préparant le marquage de ses activités, le ministère de l’Économie et de la Veille stratégique cherche à inscrire le climat dans les décisions qui précèdent la dépense, et non uniquement dans les politiques qui viennent la corriger après coup.
Le chantier est désormais lancé. La prochaine étape sera celle de la preuve : prouver que l’intégration du climat dans le budget change effectivement la manière de choisir les investissements, de hiérarchiser les priorités et d’évaluer les résultats. Le Togo a commencé à verdir son budget, mais doit encore prouver que cette orientation peut réellement verdir son développement.
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