LOMÉ, 22 avril 2026 – Il y a des trajectoires qui s’écrivent dans la douleur avant de s’épanouir dans la résilience. Celle de Woenagnon Kofi, plus connu sous le pseudonyme de Coco De Kofi, appartient à cette catégorie rare. Ancien détenu devenu figure de proue de l’événementiel et de l’humanitaire au Togo, cet homme de 36 ans a transformé une injustice judiciaire en un empire de solidarité. Portrait d’un « Joseph » moderne qui a fait de la prison son tremplin.
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Le jour où tout bascule
L’histoire bascule un jour de 2008 sur le tarmac de l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma. À l’époque, Coco De Kofi n’a que 18 ans. Jeune président du groupe de ballet « Jeunes Espoirs », il rêve d’Allemagne, où sa troupe est attendue pour une série de représentations. Mais le rêve vire au cauchemar bureaucratique : les visas fournis par leur manager s’avèrent être des faux.
Face à la police de l’air, le jeune leader fait un choix sacrificiel : il assume seul la responsabilité administrative pour épargner ses camarades. « J’ai préféré porter le poids de l’erreur pour que mes amis soient libres », confiera‑t‑il plus tard. Il ne le sait pas encore, mais il vient de franchir les portes d’un enfer qui durera trois ans et demi.
Le « dossier perdu » et l’éveil d’une conscience
Derrière les murs de la prison civile de Lomé, Woenagnon Kofi subit de plein fouet les dysfonctionnements de l’appareil judiciaire. Placé en détention préventive, son dossier s’égare dans les méandres de l’administration. Sans jugement, sans date de sortie, il devient un prisonnier « oublié ».
Pourtant, au lieu de sombrer dans l’amertume, le jeune homme se mue en porte‑parole. Sensible à la précarité de ses codétenus, il organise la vie sociale interne et interpelle sur les conditions d’hygiène. Son destin bascule à nouveau en 2011 lors d’une visite officielle du ministre de la Justice de l’époque. À la faveur d’une activité culturelle qu’il organise entre les murs, il parvient à exposer son cas de vive voix. Quelques jours plus tard, l’erreur est reconnue : il est libéré immédiatement.
SMPDD : Structurer l’indignation
À sa sortie, l’ancien détenu ne tourne pas la page. Il décide, au contraire, d’en écrire un nouveau chapitre dédié à ceux qu’il a laissés derrière les barreaux. En 2013, il fonde la Solidarité Mondiale pour les Personnes Démunies et les Détenus (SMPDD).
L’association ne se contente pas de distribuer des vivres. Elle s’attaque au cœur du problème : l’assistance juridique pour éviter que d’autres ne subissent le sort du « dossier perdu », et la réinsertion sociale pour briser le cycle de la récidive. Par la musique et des concerts de solidarité, il finance l’amélioration des infrastructures sanitaires carcérales, transformant sa notoriété naissante en levier de plaidoyer pour les droits humains.

L’ascension de CDK Group : l’événementiel au service du social
Aujourd’hui, l’homme d’affaires a pris le pas sur l’activiste, sans jamais le renier. À la tête de CDK Group, une entité mêlant sécurité privée et événementiel, Coco De Kofi est devenu un acteur incontournable de la scène culturelle togolaise.
Le début de l’année 2026 a marqué un tournant spectaculaire pour son groupe. En janvier, il réussit le tour de force de réunir les ténors de l’humour africain, comme l’Ivoirien Gohou Michel et Agalawal, lors d’un gala destiné aux enfants souffrant de détresse respiratoire. Plus récemment, le 4 avril dernier, c’est le Stade Omnisport de Lomé qu’il faisait vibrer avec la star Himra, prouvant que sa capacité de mobilisation dépasse désormais largement le cadre militant.
Pour Woenagnon Kofi, la réussite n’est pas une fin en soi, mais une revanche sur le sort. S’il n’est pas devenu ministre comme le Joseph biblique auquel ses proches le comparent volontiers, il a construit une influence peut‑être plus durable : celle d’un homme qui a su transformer les fers de l’injustice en clés pour l’avenir de la jeunesse togolaise. Et si la prison, loin de briser un destin, pouvait parfois en révéler la force ?




