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Togo : 24 millions d’euros pour lancer Africa Drone Company avec la Pologne

Lomé, 19 mai 2026 — Sous un ciel limpide, des silhouettes métalliques ont marqué l’agenda diplomatique togolais : drones tactiques,…

Lomé, 19 mai 2026 — Sous un ciel limpide, des silhouettes métalliques ont marqué l’agenda diplomatique togolais : drones tactiques, schémas techniques et, surtout, un accord stratégique appelé à transformer le paysage technologique du pays. La visite officielle de Krzysztof Gawkowski a scellé un partenariat ambitieux : un financement de 24 millions d’euros pour lancer Africa Drone Company (ADC), une plateforme industrielle portée par Cyber Defense Africa (CDA).

Ce projet s’inscrit dans le cadre du Centre des Technologies de Sécurité (CTS), une architecture globale articulée autour de deux piliers complémentaires : Africa Drone Company (ADC) et la National Digital Security Academy (NDSA). Placé sous l’égide du Ministère de l’Efficacité du Service Public et de la Transformation Numérique, il est opérationnalisé par Cyber Defense Africa (CDA).

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C’est bien un pari stratégique qui prend forme. Dans une salle feutrée du ministère, les discours officiels ont misé sur trois mots répétés en chœur : transfert, capacité, souveraineté. La logique est claire : ne plus dépendre uniquement d’équipements importés et de prestataires externes, mais construire localement une chaîne complète de conception, d’assemblage et d’exploitation de drones. À terme, l’objectif dépasse la simple acquisition d’outils : il vise la création d’un écosystème local capable de répondre aux besoins nationaux en matière de sécurité, d’agriculture de précision, de logistique et de surveillance des infrastructures critiques.

 

Ministère de l'Efficacité du Service Public
© Ministère de l'Efficacité du Service Public

Un financement stratégique, pas une simple donation

Le financement de 24 millions d’euros, mobilisé par Bank Gospodarstwa Krajowego (BGK) dans le cadre du mécanisme européen EFSD+ et de la stratégie Global Gateway de l’Union européenne, donne à ce projet une assise internationale. Ici, la logique européenne est double : soutenir le développement technologique en Afrique tout en tissant des partenariats fondés sur des valeurs partagées et des intérêts mutuels.

Par ailleurs, ce  financement de BGK  est sa  première opération sur le continent africain dans le cadre du programme Global Gateway. La mise en œuvre opérationnelle de l’ensemble du projet a été confiée à CDA, joint-venture technologique détenue à 68 % par l’État togolais et à 32 % par le groupe polonais Asseco Data Systems. Pour Lomé, ce soutien financier devrait permettre de mettre en place des ateliers d’assemblage, le laboratoires de R&D et de programmes de formation technique spécialisés. Pour Varsovie et Bruxelles, ce partenariat traduit également une volonté de renforcer leur présence technologique et économique en Afrique à travers des projets industriels durables.

Capacités locales : le savoir-faire avant le matériel

Les acteurs togolais insistent sur un point crucial : la réussite du projet dépendra de la formation et du transfert de compétences. Les premiers modules de formation annoncés visent les ingénieurs, techniciens et opérateurs de drones, mais aussi des profils spécialisés en data science, maintenance et réglementation. Sur le terrain, cela signifie créer des parcours de certification, des ateliers pratiques et des stages en entreprise afin d’éviter le piège, trop fréquent, des projets où le matériel arrive sans que les compétences suivent.

Dans cette dynamique, le projet prévoit également le renforcement du capital humain à travers la National Digital Security Academy (NDSA). Tous les deux ans, après une sélection nationale menée parmi près de 2 000 candidats, cette académie formera des experts en intelligence artificielle, cybersécurité, infrastructures réseaux, systèmes autonomes, télécommunications ainsi qu’en conception et pilotage de drones.

L’enjeu est d’éviter le scénario souvent observé dans plusieurs projets technologiques africains, où les équipements sont importés sans transfert réel de savoir-faire. Ici, l’ambition affichée est de créer une expertise nationale capable d’assurer la maintenance, l’évolution et l’exploitation autonome des systèmes développés.

 

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Des usages concrets, des gains rapides

Le potentiel d’application est vaste et concret. En agriculture, des drones équipés de capteurs multi spectraux permettront d’optimiser l’irrigation et la lutte contre les ravageurs, augmentant ainsi les rendements et la résilience face aux aléas climatiques. Pour la logistique et l’industrie, les drones faciliteront les livraisons dans les zones difficiles d’accès ainsi que l’inspection des infrastructures.

Dans le domaine de la sécurité et de la surveillance, la capacité à déployer rapidement des moyens aériens légers renforcera la prévention des risques et la gestion des crises. Les autorités évoquent  notamment la sécurisation des infrastructures stratégiques, la surveillance des espaces frontaliers et l’appui aux politiques agricoles et environnementales.

Un angle géopolitique : technologie et souveraineté

Ce partenariat s’inscrit également dans une dynamique plus large : la course à la souveraineté technologique. En Afrique de l’Ouest, où les technologies critiques sont souvent importées, développer une base industrielle locale est devenu un enjeu de résilience et d’indépendance stratégique. Pour la Pologne et l’Union européenne, investir dans des capacités locales participe à une politique d’influence et de coopération durable, davantage orientée vers la création d’interdépendances économiques et techniques que vers une simple logique d’assistance.

Lors de la cérémonie, Cina Lawson a estimé que ce projet traduisait le choix du Togo de « concevoir et produire ses propres solutions technologiques plutôt que de simplement les importer ». De son côté, Simon Melchior a présenté Africa Drone Company comme « la validation d’une stratégie » visant à maîtriser toute la chaîne de valeur technologique.

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Risques et conditions de succès

Les promesses sont grandes, mais les défis le sont tout autant : garantir la maintenance et la durabilité des équipements, construire une chaîne d’approvisionnement locale, assurer la sécurité ainsi que la régulation de l’espace aérien, et surtout maintenir un transfert de compétences effectif au-delà des premières phases du projet. La gouvernance du projet — notamment la clarté des rôles entre CDA, les ministères et les partenaires financiers et privés — sera déterminante pour transformer les investissements en capacités réelles.

 

Un pas vers une économie numérique autosuffisante

Pour les autorités togolaises, Africa Drone Company pourrait devenir un catalyseur économique majeur : création d’emplois qualifiés, émergence d’entreprises spécialisées dans les services par drones et développement d’un savoir-faire exportable vers la sous-région. Pour les décideurs, c’est une invitation à penser l’innovation comme un chantier national, où l’acquisition de technologies s’accompagne d’institutions solides, de formations adaptées et d’un cadre réglementaire robuste.

Sur le tarmac devant le ministère, de jeunes ingénieurs togolais, casque sous le bras, comparent des plans et présentent des prototypes. Leur enthousiasme résume l’enjeu : il ne s’agit plus seulement de faire voler des drones, mais de maîtriser toute la chaîne de leur conception et de leur exploitation. Si tout se déroule comme prévu, le paysage technologique du Togo pourrait, dans quelques années, ressembler moins à celui d’un simple consommateur d’innovations qu’à celui d’un véritable producteur. Et c’est peut-être là la portée réelle de cet accord signé sous la bannière du Global Gateway.

 

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