Quelques heures seulement après le limogeage de Débo-K’mba Barandao, le ton est donné. Le 2 juin 2026, Ilagou Ayeva a officiellement pris les commandes de la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET), dans un passage de témoin rapide qui en dit long sur l’urgence perçue par le gouvernement.
Un profil atypique pour un défi énergétique
À première vue, le choix surprend. Ilagou Ayeva n’est pas un spécialiste de l’électricité. Ingénieur de formation, diplômé de Télécom Paris, il vient du monde des télécommunications. Mais, c’est précisément cette trajectoire qui a séduit les autorités togolaises : son parcours est jalonné de missions de transformation structurelle.
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Son nom revient systématiquement lorsqu’on évoque la restructuration du secteur des télécoms au Togo. C’est lui qui a piloté les travaux d’audit et de mutualisation des infrastructures ayant conduit à la création de Togocom, l’opération phare qui a fusionné Togo Telecom et Togocel en une entité unique. Une preuve de concept : il sait transformer des entreprises publiques en difficulté.
Héritage lourd, attentes énormes
Le nouveau directeur général tombe dans un chaudron. La CEET ploie sous une dette annuelle estimée à 30 milliards de FCFA (près de 45 millions d’euros), conséquence de pertes techniques et commerciales représentant 16 % de son chiffre d’affaires. Les dysfonctionnements du réseau de distribution, les défauts de facturation et, surtout, la fraude persistante alimentent ces pertes. En plus, les usagers multiplient les branchements clandestins et manipulent les compteurs, des pratiques devenues monnaie courante.
Pire, les délestages se multiplient, pénalisant l’activité économique et alimentant le mécontentement populaire. Les infrastructures, vieillissantes, peinent à suivre la croissance urbaine rapide du pays. En novembre 2025, la BOAD accordait néanmoins 43 millions de dollars à la CEET pour apurer ses arriérés de dette auprès de ses fournisseurs, dont le Nigeria en priorité.
La rigueur comme boussole
Ce qui marque dans le parcours d’Ayeva, c’est sa réputation de rigueur dans la gestion. Ses proches le décrivent comme un homme de méthode, capable de prendre des décisions impopulaires mais nécessaires. Son expertise réside dans le redressement d’entreprises en difficulté, une compétence qu’il devra transposer au secteur énergétique.
Pour le gouvernement, la stratégie est claire : transposer les méthodes de modernisation des télécoms au secteur de l’électricité. Modernisation des réseaux, réduction des pertes techniques, digitalisation des processus, ouverture aux partenariats public-privé : les chantiers sont nombreux et urgents.
Le pari de la réforme
La nomination d’Ayeva envoie un signal fort : le Togo veut accélérer la transformation de son secteur énergétique. Aucune communication officielle n’a encore accompagné cette passation de pouvoir, mais le message est clair : l’État togolais ne tolère plus l’inaction.
La question qui obsède désormais les observateurs est la suivante : un ingénieur en télécommunications pourra-t-il résoudre les maux de l’électricité togolaise ? Les sceptiques pointent l’absence d’expertise énergétique. Les optimistes, eux, misent sur sa capacité à appliquer des principes universels de gestion : audit rigoureux, mutualisation des ressources, digitalisation et discipline financière. Ilagou Ayeva a pris fonction immédiatement. Le chronomètre est lancé. Dans un pays où l’électricité demeure un levier crucial du développement, son succès ou son échec retentira bien au-delà des murs de la CEET.




