À Lomé, le gouvernement veut faire entrer les langues locales du Togo dans l’ère de l’intelligence artificielle. La ministre de l’Efficacité du Service public et de la Transformation numérique, Cina Lawson, a lancé le 5 octobre dernier le Challenge national des langues locales, première étape du programme « Voix du Togo ».
L’initiative ouvre une plateforme de contribution où les citoyens peuvent fournir des textes, des enregistrements et des traductions. Ces données serviront à entraîner des modèles capables de comprendre puis de traiter les langues parlées dans le pays. L’objectif est clair : permettre à un citoyen d’échanger un jour avec un service public numérique dans sa propre langue.
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Une collecte citoyenne et encadrée
Le dispositif démarre par une phase pilote d’un mois consacrée à trois langues : l’éwé, le kabiyè et le moba. Les organisateurs veulent d’abord tester la méthode de collecte avant de l’étendre progressivement aux autres langues du pays.
Les participants créent un compte à partir de leur numéro de téléphone et indiquent les langues qu’ils parlent, lisent ou écrivent. La plateforme leur propose ensuite des tâches adaptées à leurs compétences : lire des phrases à voix haute, transcrire des enregistrements, traduire des textes ou vérifier les contributions d’autres utilisateurs.
Cette organisation cherche à transformer la connaissance linguistique des citoyens en une ressource numérique collective. Chaque enregistrement, traduction ou correction alimente un corpus destiné à améliorer la compréhension automatique des langues togolaises.
La qualité des données constitue un enjeu central. Les contributions ne seront pas exploitées sans contrôle : des linguistes et des membres des communautés linguistiques devront les valider avant leur utilisation. Le Togo AI Lab, avec des étudiants, des chercheurs et des développeurs, prendra ensuite le relais. L’équipe exploitera les corpus validés pour entraîner et affiner les modèles d’intelligence artificielle. Des compétitions organisées sur la plateforme Zindi devraient également mobiliser la communauté technologique autour de ces données.
Cette approche associe ainsi citoyens, universitaires et développeurs. Elle vise à éviter que les langues locales restent absentes des outils numériques, alors même qu’elles structurent la vie quotidienne, les échanges administratifs et la transmission culturelle.
Le programme poursuit un objectif plus large que la seule innovation technologique. En rendant les services publics accessibles dans les langues locales, les autorités espèrent réduire les barrières linguistiques qui éloignent une partie de la population des administrations numériques. Les applications concernent plusieurs secteurs essentiels : l’accès aux services publics, la santé et la justice. Un citoyen maîtrisant mieux l’éwé, le kabiyè ou le moba que le français pourrait ainsi obtenir une information, comprendre une procédure ou interagir avec une plateforme sans dépendre d’un intermédiaire.
Le gouvernement prévoit également d’envoyer des agents de terrain dans les localités où l’accès au téléphone ou à Internet demeure limité. Ces équipes recueilleront directement les contributions afin d’éviter que la fracture numérique ne prive certaines communautés de l’initiative. Le défi consiste désormais à transformer cette mobilisation initiale en une base de données suffisamment riche, fiable et représentative. Si le pari réussit, le Togo fera de ses langues locales un instrument d’inclusion numérique, et non un patrimoine laissé en marge de la révolution technologique.