LOMÉ, 13 août 2026 — Importer massivement ses médicaments ou bâtir sa propre industrie de santé : l’Afrique de l’Ouest est à la croisée des chemins. C’est le constat sans appel qui a réuni l’écosystème médical et universitaire sous‑régional le mercredi 12 août à l’Agora Senghor de Lomé, posant les bases d’une refonte totale de la stratégie sanitaire ouest‑africaine.
Sous l’égide de la Fédération des étudiants en Pharmacie de l’Afrique de l’Ouest (FESPAO), dont c’est la 21ᵉ édition des Assises scientifiques et culturelles, la future élite médicale ne se contente plus de réclamer des budgets : elle exige un changement de doctrine. Ainsi, fini le modèle hérité d’une officine strictement distributrice ; l’heure est à l’industrialisation, à la recherche génomique et à la validation scientifique des savoirs ancestraux.
La pandémie mondiale et les récentes crises logistiques ont agi comme un électrochoc pour le continent : la dépendance aux importations pharmaceutiques n’est plus seulement une anomalie économique, elle constitue une faille de sécurité nationale majeure. C’est l’argumentaire central défendu lors de ce sommet.
En effet, le Professeur Gado Tchangbédji, ministre délégué chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a fixé le nouveau cap gouvernemental togolais impulsé par le Président Faure Essozimna Gnassingbé : faire de l’innovation et de la production pharmaceutique locale les boucliers de la sous‑région face aux futures pandémies. Pour y parvenir, l’État s’engage à soutenir massivement la coopération scientifique et la recherche appliquée.
Mais produire localement ne suffit pas s’il s’agit uniquement de reproduire des brevets étrangers. La véritable souveraineté passe par l’adaptation des traitements aux spécificités du continent. En plaçant « l’épidémiologie génomique » au cœur des débats, les Assises de Lomé pointent une urgence scientifique : la nécessité de développer des thérapies calibrées sur le patrimoine génétique des populations africaines, jusqu’ici largement sous‑représentées dans les essais cliniques mondiaux.
À cette hyper‑modernité scientifique s’ajoute une réappropriation culturelle assumée. Les experts présents plaident pour une valorisation industrielle de la pharmacopée traditionnelle. Il ne s’agit plus de tolérer la médecine par les plantes de façon informelle, mais de la soumettre à la rigueur des essais cliniques pour breveter de nouvelles molécules actives 100 % africaines.
Cette ambition industrielle et scientifique se heurte toutefois à un défi de capital humain. Si le secteur évolue, la formation académique doit suivre. Intervenant en sa double qualité de ministre délégué à la Santé et de doyen de la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université de Lomé, le Professeur Tchin Darré a mis le doigt sur la clé de voûte de cette révolution : la réforme des cursus. Le pharmacien ouest‑africain de demain ne peut plus être formé pour être un simple dispensateur de boîtes de médicaments derrière un comptoir. Il doit devenir un chercheur de pointe, un acteur clé de l’industrie manufacturière et un spécialiste de la validation des savoirs endogènes.
Alors que les travaux se poursuivent à Lomé, l’objectif de ces 21ᵉ Assises est désormais clair : transformer ces débats universitaires en propositions de politiques publiques contraignantes, pour que l’accès universel aux soins en Afrique de l’Ouest cesse d’être tributaire des usines situées à des milliers de kilomètres de ses patients.
En somme, l’enjeu est vital : sans une industrie pharmaceutique locale robuste et une recherche scientifique enracinée dans les réalités africaines, l’Afrique de l’Ouest restera dépendante de solutions venues d’ailleurs. Or, face aux pandémies futures, cette dépendance pourrait coûter des vies. La véritable souveraineté sanitaire se jouera donc dans la capacité des États à transformer ces résolutions en actes concrets, afin que chaque patient africain ait accès à des soins conçus, validés et produits sur son propre continent.