LOMÉ, 29 juillet 2026 — Un marché public commence rarement par un chantier. Il commence sur le papier, parfois des mois avant que le premier engin n’entre en action. Un besoin mal défini, une procédure mal planifiée ou un contrôle tardif peuvent suffire à ralentir toute une chaîne. À l’inverse, une commande correctement préparée peut déclencher une succession d’effets : une entreprise obtient un contrat, recrute ou paie ses salariés, achète des fournitures et remet de l’argent dans l’économie.
C’est cette mécanique, souvent invisible pour le citoyen, que l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) cherche à examiner à la loupe.
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Depuis mardi 28 juillet, à Lomé, le régulateur passe au crible l’exécution des marchés publics du premier semestre 2026. Pendant quatre jours, jusqu’au vendredi 31 juillet, responsables de la commande publique, contrôleurs, représentants du secteur privé et de la société civile sont réunis autour d’une même interrogation : les dépenses publiques produisent-elles réellement les effets attendus ?
Le marché public, premier maillon d’une chaîne économique
Dans l’imaginaire collectif, la commande publique renvoie souvent à des appels d’offres, des dossiers administratifs et des procédures parfois complexes. Pourtant, derrière ces documents se trouve une réalité économique beaucoup plus large.
Lorsqu’une administration attribue un marché à une entreprise, elle ne fait pas que procéder à une dépense. Elle peut déclencher une chaîne d’activités qui touche les fournisseurs, les salariés, les prestataires et, plus largement, le tissu économique.
C’est précisément cette dimension que le Directeur général par intérim de l’ARCOP, Aftar Touré Morou, a placée au cœur de son intervention à l’ouverture des travaux. Pour lui, la première condition d’une commande publique efficace réside dans la planification. Autrement dit, l’efficacité d’une dépense peut se jouer avant même que l’argent ne soit engagé.
« Celui qui ne planifie pas planifie sa chute » : l’ARCOP rappelle l’importance capitale du Plan de Passation des Marchés
Le Plan de Passation des Marchés (PPM) occupe donc une place centrale dans cette revue. Cet instrument permet aux autorités contractantes de programmer leurs acquisitions et de structurer leurs procédures. Mais pour l’ARCOP, il représente davantage qu’un document administratif.
Il constitue le point de départ qui doit permettre de transformer les prévisions budgétaires en réalisations concrètes. Aftar Touré Morou a résumé cette exigence à travers un adage : « Dans la vision du gestionnaire, celui qui ne planifie pas planifie sa chute. »
La formule peut sembler imagée. Elle renvoie pourtant à une difficulté très concrète : un budget disponible ne garantit pas automatiquement une dépense efficace.
Entre l’inscription d’une dépense et sa réalisation, plusieurs étapes doivent fonctionner correctement. La programmation, l’appel à la concurrence, l’attribution, le contrôle, l’exécution puis le paiement constituent autant de maillons dont la défaillance peut ralentir l’ensemble du système.
Quand une mauvaise spécification devient un problème public
L’autre enseignement de la rencontre est peut-être encore plus important : une erreur dans un marché public ne reste pas toujours confinée à un dossier administratif. Le responsable de l’ARCOP a insisté sur la dimension humaine de la commande publique.
Il a notamment évoqué le cas de manuels scolaires mal conçus, susceptibles selon lui de compromettre l’avenir d’une génération. Il a également cité les erreurs de spécifications techniques dans les infrastructures sanitaires, qui peuvent avoir des conséquences dramatiques. La commande publique n’achète donc pas seulement des biens et des services. Elle contribue à déterminer la qualité de ce que l’État met à la disposition des citoyens.
Une école mal équipée, un ouvrage inadapté ou un matériel sanitaire répondant mal aux besoins ne constituent pas uniquement des erreurs techniques. Ils peuvent également représenter une mauvaise utilisation des ressources collectives. C’est cette responsabilité que la revue entend remettre au centre du processus.
Autre point soulevé à l’ouverture : la célérité des procédures d’appel à la concurrence. Une procédure qui s’éternise peut retarder l’exécution d’un projet, repousser le paiement d’une entreprise et ralentir, par ricochet, l’activité économique.
À l’inverse, une exécution budgétaire fluide permet aux entreprises de recevoir les paiements attendus, de rémunérer leurs salariés et de poursuivre leurs propres activités. Le calendrier administratif peut donc avoir des conséquences économiques très concrètes.
Dans cette logique, accélérer les procédures ne signifie pas abandonner les contrôles. Il s’agit plutôt de rechercher un équilibre entre célérité, conformité et efficacité.Le véritable défi est là : faire en sorte que le contrôle protège la dépense publique sans devenir lui-même un facteur de blocage.
Les audits de 2024 reviennent sur la table
La revue du premier semestre 2026 ne regarde pas uniquement l’avenir. Les participants ont également été confrontés aux enseignements des audits des marchés publics passés en 2024. Les conclusions ont été présentées par Charif Afoh Tchaouta, Directeur des statistiques, de la documentation et du suivi-évaluation à l’ARCOP.
Cette séquence permet au régulateur de confronter les pratiques observées aux exigences du système et d’identifier les points qui nécessitent encore des corrections. La logique est celle d’un système qui doit apprendre de ses propres insuffisances. La formation constitue justement un autre volet de cette démarche.
L’ARCOP a présenté sa plateforme de formation en ligne « e-format », destinée à renforcer les compétences des acteurs de la commande publique. L’objectif est de permettre une formation plus flexible et continue. Cette orientation répond à une réalité simple : les règles de la commande publique sont techniques et leur maîtrise conditionne directement la qualité des procédures.
Plus les acteurs comprennent les exigences, moins les erreurs doivent intervenir tardivement dans le processus. À cette formation s’ajoutent des échanges sur les garanties et documents financiers dans les marchés publics, présentés par Lardja Kombate, Directeur de la réglementation et des affaires juridiques de l’ARCOP.
Le contrôle financier passe également au révélateur
La Direction nationale du contrôle financier (DNCF) a, de son côté, exposé les principales insuffisances observées dans le processus de visa des marchés publics.Cette intervention montre que la revue ne repose pas sur le seul régulateur.
La Direction nationale du contrôle de la commande publique (DNCCP), la DNCF, les autorités contractantes, le secteur privé et la société civile participent à la réflexion. La commande publique devient ainsi une chaîne de responsabilités partagées. Chacun intervient à un niveau différent, mais tous sont concernés par le même objectif : limiter les défaillances et améliorer l’utilisation des ressources publiques.
Vendredi, les chiffres devront parler
Les travaux se poursuivront jusqu’au 31 juillet avec l’examen détaillé des performances de chaque autorité contractante. Cette phase sera déterminante. Il ne s’agira plus seulement de discuter des principes, mais de regarder les résultats de chaque acteur et d’identifier les mesures correctives nécessaires. C’est là que la revue prendra tout son sens. Car l’objectif ultime n’est pas de produire un nouveau diagnostic. Il est de corriger ce qui doit l’être.
Au terme de cette rencontre, l’ambition affichée est claire : faire de la commande publique un véritable levier de croissance au service du citoyen togolais. Cette ambition suppose de dépasser une conception strictement procédurale des marchés publics.
La question centrale n’est plus uniquement de savoir si une procédure a été respectée. Elle consiste également à déterminer si la dépense a permis d’obtenir le résultat attendu, dans les délais, au meilleur niveau de qualité et avec un impact économique réel. C’est là que se joue la véritable valeur de l’argent public.
Lomé : L’ARCOP place l’efficacité et le citoyen au cœur de la commande publique
Un marché bien planifié peut devenir une école correctement équipée, une infrastructure adaptée, un service public amélioré ou une entreprise qui maintient des emplois.
À l’inverse, une mauvaise programmation, une procédure trop lente ou une spécification mal conçue peuvent immobiliser des ressources et retarder les bénéfices attendus par les populations. À Lomé, la revue ouverte par l’ARCOP cherche donc à replacer le citoyen au bout de la chaîne.
Parce qu’au fond, la meilleure commande publique n’est pas celle qui remplit le plus de dossiers. C’est celle qui transforme effectivement l’argent public en services, en infrastructures, en activité économique et en résultats visibles.
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