C’est un coup de tonnerre qui secoue le monde de la musique francophone et la jet-set continentale. Gandhi Djuna, alias Gims, a été interpellé lors de sa descente d’avion à Paris mardi. Derrière les paillettes du succès et les records de ventes, les enquêteurs français s’intéressent de près aux montages financiers de ses projets immobiliers de luxe au Maroc. Enquête sur une affaire de blanchiment qui fait vaciller l’ambassadeur culturel de la RDC.
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L’image est forte : la star aux lunettes noires, l’homme qui a dominé les classements de l’année 2025, a été cueilli par le Service national des douanes judiciaires dès son arrivée à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Désormais en garde à vue, l’artiste congolais doit répondre aux questions des juges d’instruction parisiens. Au centre du dossier : une vaste affaire de blanchiment en bande organisée, pilotée par le Parquet national anti-criminalité organisée (PNACO).
De la scène aux sociétés écrans
L’affaire ne concerne pas la musique, mais bien les affaires. Tout commence par une enquête de longue haleine de l’Office national antifraude (Onaf). Les enquêteurs ont mis au jour un réseau complexe de sociétés, basé notamment aux Émirats arabes unis. Ce système aurait permis à d’anciens trafiquants de drogue reconvertis dans la délinquance financière de frauder à la TVA et de dissimuler des fonds illégaux.
Toutefois, ce qui place aujourd’hui Gims sous les projecteurs de la justice, ce sont ses investissements au Maroc. Les enquêteurs ciblent particulièrement son projet pharaonique, le « Sunset Village Private Residences » à Marrakech. Ce complexe de 117 villas de luxe, dont le chiffre d’affaires frôle les 100 millions d’euros, cacherait des circuits de financement opaques selon une note de Tracfin, la cellule française de lutte contre le blanchiment.
Des connexions sous haute surveillance
Les juges s’intéressent de près à la société de promotion « Horizon Développement » et à ses liens avec un homme d’affaires franco-marocain déjà sous surveillance. En fait, l’objectif des enquêteurs est de déterminer si l’argent généré par la criminalité financière en France a servi à bâtir ce lagon artificiel et ces résidences somptueuses au pied de l’Atlas.
Pour Gims, qui réside entre Marrakech et Dubaï, cette affaire prend une dimension diplomatique délicate. Titulaire d’un passeport diplomatique et proche du président Félix Tshisekedi, il incarne aussi l’influence culturelle de la République démocratique du Congo à l’international.
Le silence de la défense
Pour l’heure, l’avocat du chanteur, Me David-Olivier Kaminski, s’est muré dans le silence. Si la présomption d’innocence demeure, cette interpellation marque un tournant brutal pour celui qui, il y a quelques jours encore, célébrait son statut de plus gros vendeur de disques de l’année.
Alors que le dossier ne fait que commencer, le monde de la culture africaine retient son souffle. Le rêve immobilier de Marrakech pourrait bien se transformer en un long feuilleton judiciaire pour l’interprète de « Sapés comme jamais ».
Quoi qu’il en soit, ce coup de théâtre judiciaire vient brutalement rappeler que, derrière les projecteurs et les records de ventes, l’artiste le plus bankable de la musique africaine devra désormais écrire un nouveau chapitre : celui de sa défense face à la justice française.




