Alors que le président Faure Gnassingbé célébrait récemment les 66 ans de l’indépendance en prônant la « confiance dans les institutions », le maintien en cellule de treize opposants, malgré un arrêt de libération, vient jeter une ombre crue sur la réalité de l’État de droit à Lomé.
C’est un paradoxe dont le régime togolais est coutumier, mais qui, cette fois, prend une tournure singulièrement frontale. Le 27 avril dernier, à l’occasion de la fête de l’indépendance, le président du Conseil, Faure Gnassingbé, dessinait les contours d’une nation rassemblée autour d’une « justice fiable ». Pourtant, dans les couloirs feutrés de la Cour d’appel de Lomé, la réalité semble tout autre.
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Un arrêt de justice lettre morte
L’affaire cristallise les tensions : l’arrêt n° 040/2026, rendu par la chambre d’instruction, ordonnait la libération de treize détenus dits « politiques ». Parmi eux figurent des figures emblématiques de la contestation, à l’instar de Jean-Paul Omolou, mais aussi Marguerite Gnakadé ou Honoré Sitsopé Sokpor. Mais, plusieurs semaines après cette décision, les portes des prisons de la capitale restent désespérément closes pour ces derniers.
Comment expliquer qu’une décision de justice, rendue par une juridiction d’appel du pays, soit ainsi frappée d’inertie ? Pour les coalitions de l’opposition, telles que la DMK, la DMP ou le mouvement TPAMC, la réponse ne fait aucun doute : le droit s’efface devant le politique. Ces organisations dénoncent des détentions désormais « arbitraires », puisqu’elles n’ont plus de fondement légal après l’arrêt de la cour.
Une diplomatie judiciaire en panne
L’embarras dépasse les frontières du Togo. Ce n’est, en effet, pas la première fois que Lomé est accusé de faire la sourde oreille aux injonctions judiciaires. La Cour de justice de la Cedeao a, par le passé, rendu plusieurs décisions condamnant le Togo pour des violations des droits de l’homme, souvent restées sans suite concrète.
En ignorant ses propres magistrats nationaux, le pouvoir togolais prend le risque de fragiliser durablement le pacte social. Le discours officiel, qui invoque systématiquement la « stabilité » et la « sécurité » pour justifier la fermeté, semble ici se heurter à un principe fondamental : la séparation des pouvoirs.
La stabilité peut-elle se passer de justice ?
Une question centrale hante désormais le débat public : peut-on bâtir la paix sur le non-respect délibéré de la loi ? Alors que le gouvernement vante une modernisation des institutions, l’opposition y voit un « ravalement de façade » destiné à l’opinion internationale.
« Si la justice n’est plus respectée lorsqu’elle dérange, elle cesse d’être un arbitre pour devenir un outil de gestion des oppositions », s’alarme un membre de la société civile togolaise.
Entre les appels à la libération immédiate et le mutisme des autorités, le Togo s’enfonce dans une zone grise juridique. Au-delà du sort de Jean-Paul Omolou et de ses codétenus, c’est la crédibilité même de la justice togolaise qui se joue derrière les barreaux de Lomé. Une justice qui, pour l’heure, semble s’arrêter là où commence la raison d’État.




