La campagne nationale dédiée aux emblèmes de l’État a achevé sa course, ce vendredi 24 avril, au lycée moderne d’Amadahomé. Entre cours d’histoire et leçons de civisme, les autorités togolaises tentent de cimenter une identité nationale en quête de repères chez la jeunesse.
Sous le soleil de la Commune de Golfe 5, le silence s’est fait pesant dans la cour du lycée. Ce jour‑là, les cahiers de mathématiques sont restés fermés pour laisser place à un autre type d’enseignement : celui de la « fibre patriotique ». Pour l’étape finale d’une tournée nationale qui a sillonné le pays — de Dapaong à Kara, de Tsévié à Kpalimé, jusqu’au Grand Lomé — le ministère de la Justice et des Droits humains a choisi de marquer les esprits en rappelant que les symboles de l’État ne sont pas de simples décors, mais le ciment de la nation.
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« Un citoyen perdu »
La présence du maire Kossi Agbenyega Aboka, aux côtés du secrétaire général du ministère, Anathère Talim, et du représentant du préfet du Golfe, N’tchomila Agbante, a donné à l’événement une solennité particulière. L’édile, connu pour son franc‑parler, n’a pas usé de périphrases devant une assistance composée d’élèves, d’enseignants, de représentants du corps préfectoral, mais aussi d’associations et d’ONG mobilisées pour l’occasion. Pour lui, le respect du drapeau, de l’hymne et du sceau de l’État est une question de survie identitaire.
« Le citoyen qui ne respecte pas les valeurs républicaines est un citoyen qui ne s’identifie à rien ; c’est un citoyen perdu », a martelé le maire Aboka, enjoignant les élèves à consigner cette sentence dans leurs carnets comme une règle d’or. Le message est clair : l’adhésion aux emblèmes nationaux est présentée comme le rempart ultime contre l’errance civique et la désunion.

La genèse d’un drapeau
Au‑delà de l’injonction morale, la campagne a pris une tournure pédagogique avec l’intervention de Koffi Aganon, ancien directeur de la formation civique. Grâce à un exposé historique, les lycéens ont pu découvrir que l’actuelle bannière étoilée est l’aboutissement d’un long récit : du drapeau du Togoland sous administration allemande, à celui de la République autonome sous domination française, puis au drapeau de la République autonome du Togo.
La séance de questions‑réponses a permis de lever le voile sur les subtilités des armoiries et de la devise nationale. Pour le gouvernement, l’objectif est de transformer ces symboles, parfois perçus comme abstraits par la nouvelle génération, en des objets de fierté tangibles. Cette offensive patriotique s’inscrit aussi dans un contexte où l’État cherche à renforcer la cohésion sociale face aux défis sécuritaires qui pèsent sur la sous‑région.

Un ancrage territorial
En définitive, cette tournée nationale, qui a pris fin dans le Grand Lomé après avoir traversé les principales villes du pays, témoigne d’une volonté de décentraliser le civisme et de l’ancrer dans les territoires. L’enjeu pour les autorités est désormais de s’assurer que les conseils prodigués par le maire Aboka et ses pairs ne s’évaporent pas une fois les officiels partis.
Reste à savoir si cette pédagogie sur emblèmes suffira à forger une conscience citoyenne durable. Pour l’heure, au lycée d’Amadahomé, les élèves sont repartis avec une leçon d’histoire en tête et, peut‑être, un regard un peu plus attentif sur ce rectangle de tissu vert, jaune et rouge qui flotte désormais un peu plus haut dans leur esprit.




