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À la frontière Togo–Bénin, le contrôle sanitaire se mue en racket quotidien

                       Depuis plusieurs mois, le principal point de passage entre…

                       Depuis plusieurs mois, le principal point de passage entre le Togo et le Bénin, à Sanvi Condji côté togolais et Hilla Kondji côté béninois, cristallise un malaise grandissant. Officiellement dédié au contrôle sanitaire, le dispositif en place à la frontière s’apparente, dans les faits, à un mécanisme de prélèvement systématique sur les voyageurs, au mépris des principes de libre circulation pourtant défendus dans l’espace communautaire ouest-africain.

 

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Un contrôle sanitaire détourné de sa vocation

Sur ce corridor stratégique, les agents du ministère togolais de la Santé exigent la présentation d’un carnet de vaccination attestant notamment des immunisations contre la fièvre jaune et la méningite. Une mesure qui, sur le papier, répond à des impératifs de santé publique.

Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Les usagers ne disposant pas du document requis doivent s’acquitter d’un paiement de 500 FCFA pour pouvoir franchir la frontière. Une somme exigée à chaque passage, sans distinction de statut ni de fréquence. Commerçants, riverains ou travailleurs transfrontaliers, nombreux sont ceux qui effectuent plusieurs traversées par semaine et se retrouvent ainsi soumis à une ponction répétée.

À cette contrainte financière s’ajoute une pratique qui alimente l’exaspération : l’obligation de présenter l’appoint exact. Les billets de valeur supérieure sont refusés, contraignant les voyageurs à se procurer de la monnaie avant de revenir au poste de contrôle, au risque de retards, voire d’altercations.

 

Des citoyens pris au piège d’un système paradoxal

Pour les ressortissants étrangers, un contrôle sanitaire peut encore se justifier. Mais la situation devient difficilement compréhensible pour les citoyens togolais eux-mêmes.

Un habitant d’Aného, effectuant régulièrement des allers-retours vers Grand-Popo au Bénin, décrit une réalité qu’il juge incohérente : les autorités béninoises ne lui réclament ni contrôle sanitaire ni paiement à l’entrée sur leur territoire, mais, dès son retour, les agents togolais lui imposent des frais pour accéder à son propre pays.

De nombreux usagers partagent ce sentiment d’injustice et dénoncent une mesure qui pénalise directement les populations frontalières, pourtant dépendantes de cette mobilité pour leurs activités économiques et sociales.

 

Une pratique opaque aux relents de corruption

Au-delà de la gêne occasionnée, c’est la destination des fonds collectés qui soulève les plus fortes interrogations. Aucun reçu n’est délivré aux usagers, et aucune communication officielle ne précise le cadre réglementaire de cette perception.

Plusieurs témoignages concordants recueillis sur place indiquent que les agents perçoivent quotidiennement des sommes potentiellement importantes, sans en assurer la moindre traçabilité administrative.

Faute de transparence, certains observateurs évoquent l’existence d’un système informel bénéficiant directement aux agents en poste, voire à certains relais administratifs. Des allégations difficiles à vérifier de manière indépendante, mais qui contribuent à nourrir la défiance des populations envers ce dispositif.

 

Un contraste régional et un enjeu politique

Cette situation tranche avec la politique adoptée par le Bénin voisin, qui a supprimé le contrôle systématique des carnets de vaccination à ses frontières depuis 2016, hormis une brève parenthèse durant la pandémie de COVID-19.

Dans un contexte où les États de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) affichent leur volonté de renforcer la libre circulation des personnes et des biens, le maintien de ce type de pratiques apparaît en décalage avec les engagements régionaux.

 

Une alerte pour les autorités

Sur le plan national, cette réalité de terrain interroge sur le niveau d’information des plus hautes autorités. Le président du Conseil Faure Essozimna Gnassingbé, régulièrement présenté comme un promoteur de l’intégration sous-régionale, est-il pleinement informé de ces pratiques à la frontière de Sanvi Condji ?

En l’absence de réaction officielle, la question reste posée.

 

Une urgence à rétablir la confiance

Pour les usagers, l’enjeu dépasse la simple question financière. Il touche à la dignité, à la confiance envers les institutions et à l’effectivité des droits de circulation.

À mesure que les témoignages s’accumulent, la pression monte pour une clarification rapide de la situation. Entre impératif sanitaire et dérives administratives, la frontière de Sanvi Condji est devenue le symbole d’un dysfonctionnement qui appelle, de toute évidence, une réponse des autorités compétentes.

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