Lomé engage un chantier inédit sur la qualité de la dépense publique. Pendant dix jours, 118 hauts cadres de l’administration vont examiner les politiques budgétaires de dix ministères et institutions afin d’évaluer si les ressources publiques profitent équitablement aux femmes et aux hommes. Derrière cette démarche technique se cache un enjeu économique majeur : améliorer la performance des dépenses de l’État en orientant les financements là où leur impact est le plus important.
Quand la performance budgétaire passe par l’égalité
Les débats qui se sont ouverts ce 20 juillet au Palais des Congrès de Lomé dépassent largement la question de l’égalité entre les sexes. L’objectif affiché est aussi de renforcer l’efficacité économique de l’action publique.
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Conduit par le ministère de l’Économie et des Finances, à travers la Direction générale du Budget et des Finances, avec l’appui du Projet de Modernisation et de Renforcement des Capacités de l’Administration pour la Délivrance des Services (PMADS), l’atelier national d’analyse situationnelle genre constitue une nouvelle étape dans la réforme de la gestion des finances publiques au Togo.
Durant dix jours, jusqu’au 31 juillet, les équipes passeront en revue les politiques et programmes de dix ministères et institutions afin de mesurer leurs effets réels sur les populations, en tenant compte des différences entre les femmes et les hommes.
Une meilleure allocation des ressources publiques en ligne de mire
Au-delà des principes, l’exercice vise à répondre à une question fondamentale : les ressources publiques sont-elles orientées vers les besoins réels des citoyens ? Pour y répondre, 118 responsables de programmes, directeurs de la planification, responsables financiers et points focaux genre travailleront à partir de données sectorielles afin d’identifier les écarts existants, d’en analyser les causes et de proposer des réorientations budgétaires. L’ambition est de faire de la Budgétisation Sensible au Genre (BSG) un véritable outil d’aide à la décision plutôt qu’un simple principe inscrit dans les documents de politique publique.
L’efficacité économique au cœur de la réforme
Pour Mme Hoafa Amé Mawusé, Point focal national de la Budgétisation Sensible au Genre, cette démarche doit permettre d’améliorer la qualité des décisions budgétaires. Selon elle, la réalisation de diagnostics fondés sur des données objectives offrira aux décideurs une meilleure visibilité pour répartir les crédits publics, accroître la performance des programmes et optimiser l’utilisation des finances de l’État. Elle estime également que les résultats attendus devront être traduits en mesures concrètes lors des prochains exercices de planification et de préparation du budget.
Les analyses préliminaires mettent en évidence des disparités persistantes dans plusieurs secteurs. L’accès aux services publics demeure inégal selon le sexe, tandis que les femmes restent sous-représentées dans certaines sphères décisionnelles. Ces écarts sont souvent accentués par les différences entre zones urbaines et rurales, par le niveau de pauvreté ou encore par l’âge des bénéficiaires. Les responsables de l’atelier reconnaissent également que l’insuffisance de données statistiques ventilées par sexe limite encore la capacité de l’administration à cibler efficacement les interventions publiques.
Des livrables attendus pour orienter les prochains budgets
Les travaux doivent déboucher sur une série d’outils destinés à guider les futurs arbitrages budgétaires. À l’issue des dix jours, les participants prévoient de produire dix rapports sectoriels, une cartographie des principales insuffisances observées, une liste d’interventions prioritaires intégrant la dimension genre ainsi qu’une feuille de route nationale précisant les responsabilités et le calendrier de mise en œuvre. Ces documents devraient servir de référence lors des prochains cycles de programmation budgétaire.
Fini l’aveuglement budgétaire ! Avec cette démarche inédite, l’État togolais entend dépoussiérer sa gouvernance économique pour placer l’analyse du genre au cœur du réacteur financier. L’ambition est claire : arrêter de financer « à l’aveugle » pour cibler chirurgicalement les besoins réels. Reste l’étape la plus cruciale, celle du passage à l’acte. Si les futurs budgets de l’État reflètent les ambitions de ces dix jours de travaux, Lomé posera les jalons d’un développement économique bien plus percutant, où chaque denier public comptera vraiment.
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