Le Fonds monétaire international chiffre à 550 millions de dollars la dette du distributeur public d’électricité togolais. Derrière ce montant se pose une question plus dérangeante : qui absorbera le coût d’une entreprise qui perd de l’argent sur presque tous les fronts ?
Un chiffre à lui seul ne raconte jamais toute l’histoire. Fixée à 550 millions de dollars fin 2024, soit 5,2 % du produit intérieur brut togolais, la dette de la Compagnie énergie électrique du Togo (CEET) a de quoi alarmer. Toutefois, le rapport du FMI qui la révèle invite à regarder au-delà du montant brut : ce stock inclut des emprunts d’infrastructure et des prêts rétrocédés par l’État, et non une facture impayée exigible du jour au lendemain.
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Ce qui inquiète davantage, c’est la trajectoire. En effet, la CEET a enregistré environ 25 milliards de FCFA de pertes en 2025. Une entreprise publique qui perd de l’argent chaque année ne finance pas ses déficits dans le vide : elle finit, tôt ou tard, par peser lourdement sur le budget de l’État — et donc sur les contribuables qui n’ont pourtant jamais choisi la manière dont l’électricité togolaise est produite, distribuée ou facturée.
Où part l’argent ?
Le rapport du FMI ne se contente pas de pointer un problème de recettes, il documente également un problème de fuites. Une part significative de l’énergie produite disparaît ainsi avant d’atteindre un compteur : pertes techniques sur un réseau vieillissant, équipements insuffisants, branchements frauduleux, erreurs de facturation, consommations non comptabilisées ou impayés jamais recouvrés. Chacun de ces postes, pris isolément, semble mineur. Additionnés, ils expliquent pourtant une part substantielle du trou financier de l’entreprise.
| Indicateur | Donnée |
| 550 M$ | Dette globale de la CEET, fin 2024 (5,2 % du PIB) |
| 25 Mds FCFA | Pertes enregistrées au cours de l’exercice 2025 |
| 52 % | Part de la dette liée à des financements rétrocédés par l’État |
| -22 % | Écart entre les tarifs 2024 et le niveau réel couvrant les coûts |
Le trou tarifaire que personne ne veut combler seul
En 2024, les tarifs facturés par la CEET sont restés inférieurs de 22 % au niveau nécessaire pour couvrir ses coûts réels. Pour certains, ce seul chiffre justifierait une hausse mécanique des prix. C’est précisément le raccourci que le rapport du FMI évite de prendre : relever les tarifs sans traiter les pertes reviendrait à demander aux ménages qui paient déjà leur facture de financer indirectement les branchements frauduleux et les erreurs de gestion des autres.
Qui a prêté à qui ?
Près de 52 % de la dette de la CEET provient de financements rétrocédés par l’État togolais lui-même. Autrement dit, une bonne moitié du problème correspond à une dette publique déguisée en dette d’entreprise : l’État emprunte, reprête à la CEET, et la CEET peine à rembourser. Ce montage explique pourquoi les difficultés du distributeur électrique ne pourront pas rester cantonnées à son bilan si la trajectoire actuelle se poursuit.
Ce que Lomé s’engage à livrer, et quand
Face à ce diagnostic, les autorités togolaises se sont engagées à publier, avant la fin de mars 2027, un audit institutionnel, financier, technique et opérationnel complet de la CEET. Doit ensuite suivre un contrat de performance assorti d’objectifs chiffrés — un mécanisme classique pour transformer un diagnostic en obligations vérifiables plutôt qu’en promesses vagues.
Par ailleurs, le rapport du FMI ne fixe, à ce stade, aucune hausse tarifaire au-delà de la grille appliquée depuis mai 2025. Il évoque en revanche, à moyen terme, une tarification davantage indexée sur les coûts réels — une option qui restera politiquement sensible tant que les pertes techniques et commerciales n’auront pas été drastiquement réduites.
Pourquoi une dette « rétrocédée » n’est pas une dette ordinaire
Pour bien comprendre l’enjeu, rappelons qu’un financement rétrocédé désigne un emprunt contracté par l’État auprès d’un bailleur, puis reprêté à une entreprise publique comme la CEET pour financer ses investissements. L’entreprise doit normalement rembourser l’État, qui reste lui-même redevable envers le prêteur initial. Si l’entreprise ne rembourse pas, la charge finale retombe inévitablement sur le budget public, et donc, par ricochet, sur les contribuables.
La ligne à ne pas franchir
La réforme de la CEET n’est pas négociable : une entreprise qui perd 25 milliards de FCFA par an ne peut pas continuer sur cette voie indéfiniment. Néanmoins, l’équation ne doit pas se réduire à un simple ajustement tarifaire imposé aux ménages qui paient déjà leurs factures dans les temps. La transparence sur les comptes, la réduction des pertes techniques, le recouvrement effectif des impayés et une gouvernance plus rigoureuse doivent impérativement précéder — et non suivre — toute nouvelle hausse des prix. À défaut, la réforme se résumera à faire payer deux fois les mêmes ménages : une première fois par les pertes accumulées, une seconde par la facture destinée à les combler.




