Togo : À Aného, le gouvernement évalue les défis de la ZLECAf

Aného, cette vieille cité côtière togolaise autrefois capitale du Togoland allemand, accueille du 2 au 5 juin 2026 une rencontre…

Aného, cette vieille cité côtière togolaise autrefois capitale du Togoland allemand, accueille du 2 au 5 juin 2026 une rencontre qui dépasse largement le cadre d’un simple atelier technique. En effet, le Ministère délégué chargé du Commerce et du Contrôle de la Qualité y a réuni les acteurs clés de l’économie togolaise pour évaluer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) — le plus ambitieux projet d’intégration économique du continent depuis les indépendances.

Durant quatre jours de travaux intensifs, de tables rondes et de négociations informelles, représentants des administrations publiques, chefs d’entreprise du secteur privé, organisations professionnelles et experts internationaux croisent leurs analyses. Tous font face au même défi : transformer en réalité concrète un accord signé par 55 pays, mais qui peine encore à se traduire en transactions commerciales sur le terrain.

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Ministère délégué, chargé du Commerce et du Contrôle de la Qualité
© Ministère délégué, chargé du Commerce et du Contrôle de la Qualité

Koffi Vinyo Mensah : le bras droit du gouvernement qui pousse à l’action

Le Directeur de cabinet du Ministre délégué chargé du Commerce et du Contrôle de la Qualité, Koffi Vinyo Mensah, a ouvert les travaux avec une verve qui tranchait avec le ton habituellement bureaucratique de ce type de rencontres. À cette occasion, en présence des cadres du secrétariat exécutif de la ZLECAf et des consultants chargés de l’évaluation, il a porté un message clair : le Togo ne vient plus seulement signer des accords, il veut les faire vivre.

« Pour concrétiser la Zone de libre-échange continentale africaine, le Président du Conseil, Son Excellence Faure Essozimna Gnassingbé, lors du forum Biashara Afrika 2026 tenu du 18 au 20 mai 2026 à Lomé, a exempté de visa d’entrée et de séjour pendant trente jours tous les ressortissants des pays africains détenteurs d’un passeport officiel », a-t-il déclaré, martelant chaque mot.

Ainsi, cette exemption de visa, prise trois semaines avant l’atelier d’Aného, ne constitue pas seulement un geste diplomatique. Elle représente également un signal politique fort envoyé aux hommes d’affaires nigérians, ghanéens, ivoiriens ou encore kényans : le Togo veut ouvrir ses portes, pas seulement sur le papier.

Par ailleurs, M. Mensah a rendu hommage au Président du Conseil, Son Excellence Monsieur Faure Essozimna Gnassingbé, pour ses actions rapides et concrètes en faveur de l’intégration africaine. Derrière cet hommage protocolaire se dessine une réalité stratégique : le Togo, petite nation de près de 9 millions d’habitants, mise sur sa position géographique pour devenir un hub logistique et commercial de l’Afrique de l’Ouest.

Ministère délégué, chargé du Commerce et du Contrôle de la Qualité
© Ministère délégué, chargé du Commerce et du Contrôle de la Qualité

Les PME : le maillon faible qu’il faut armer

L’engagement du gouvernement togolais ne se limite pas aux déclarations d’intention. À cet égard, Koffi Vinyo Mensah a insisté sur un point précis : accompagner activement les entreprises nationales, en particulier les PME, afin qu’elles puissent tirer profit de ce marché continental de 1,3 milliard de consommateurs.

Le pari est de taille. En effet, les protocoles de la ZLECAf exigent des mesures juridiques, réglementaires, institutionnelles et administratives que de nombreux pays africains peinent encore à mettre en place. Le Togo, quant à lui, tente de mener de front deux chantiers : se conformer aux exigences du traité tout en renforçant les capacités de ses propres opérateurs économiques.

Pendant les quatre jours de l’atelier, les participants examinent les progrès réalisés dans plusieurs domaines stratégiques :

  • La facilitation des échanges : réduire les délais de dédouanement, simplifier les procédures et harmoniser les normes ;
  • L’accès aux marchés : identifier les secteurs dans lesquels les entreprises togolaises peuvent concurrencer leurs homologues régionales ;
  • Le développement des chaînes de valeur régionales : passer de l’exportation de matières premières à la transformation locale ;
  • Les mesures d’accompagnement : formation, financement et information sur les opportunités commerciales.

Ministère délégué, chargé du Commerce et du Contrôle de la Qualité
© Ministère délégué, chargé du Commerce et du Contrôle de la Qualité

Aného : un choix stratégique pour une rencontre qui se veut concrète

Le choix d’Aného n’est pas anodin. Cette commune de quelque 60 000 habitants, située à 130 kilomètres au sud-est de Lomé, offre une distance suffisante pour éloigner les participants des pressions quotidiennes de la capitale tout en restant facilement accessible. Ainsi, loin des salles climatisées des hôtels de Lomé, l’atelier a pris une tournure plus informelle et plus pragmatique.

De plus, les échanges ont permis d’enrichir le rapport provisoire grâce aux contributions des différents experts, garantissant ainsi une évaluation plus complète et plus représentative des réalités du terrain. Les consultants présents ont présenté des résultats préliminaires révélant à la fois des acquis encourageants et des lacunes préoccupantes.

Parmi les progrès enregistrés figurent la ratification du protocole de la ZLECAf par le Parlement togolais, la mise en place d’un comité national de suivi ainsi que les premières initiatives de sensibilisation des entreprises. Toutefois, les défis demeurent considérables : infrastructures de transport insuffisantes, systèmes de paiement transfrontalier peu développés, fiscalité peu incitative pour le commerce intra-africain et, surtout, méconnaissance généralisée des opportunités offertes par l’accord.

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Le marché unique : promesses et réalités

La ZLECAf représente un marché potentiel de 3 400 milliards de dollars de PIB combiné. En théorie, les entreprises togolaises pourront désormais concurrencer leurs homologues ghanéennes ou nigérianes sur un pied d’égalité, sans barrières tarifaires. Dans la pratique, cependant, les obstacles non tarifaires persistent : normes divergentes, lourdeurs administratives aux frontières, corruption et manque d’informations sur les marchés potentiels.

Dès lors, les recommandations formulées à l’issue de l’atelier contribueront à l’élaboration de stratégies et d’actions visant à améliorer la compétitivité des entreprises nationales et à renforcer leur participation au commerce intra-africain. Mais le véritable test viendra ensuite : les PME togolaises réussiront-elles à saisir ces opportunités ? Sauront-elles identifier les bons partenaires, respecter les normes de qualité et négocier des contrats internationaux ?

 

Une feuille de route qui s’écrit à Aného

À travers cette initiative, le gouvernement togolais réaffirme son engagement à promouvoir une mise en œuvre efficace de la ZLECAf, afin de favoriser la croissance économique, la création d’emplois et le développement durable au bénéfice des populations. Le message est clair : le Togo ne veut pas être un simple passager du marché unique africain ; il veut en être un acteur à part entière.

Au terme des travaux, les experts devraient produire une feuille de route concrète. Reste désormais à savoir si elle sera suivie d’actions rapides et coordonnées. Pendant ce temps, les pays voisins, notamment le Ghana et le Nigeria, avancent à grands pas dans la mise en œuvre de la ZLECAf. Le Togo a-t-il le temps de rattraper son retard ?

Une fois l’atelier achevé, le véritable travail commencera : transformer ces promesses en contrats signés, en conteneurs qui traversent les frontières et en emplois créés dans les usines de Lomé et de Kara. Car la ZLECAf n’est pas un accord que l’on signe ; c’est un marché que l’on construit, brique après brique, contrat après contrat, entreprise après entreprise. Le Togo est en train de franchir un premier pas. L’Afrique observe.

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