À Mango, le défi n’est pas seulement de construire des infrastructures, mais de gagner du temps. Dans cette région du nord du Togo où les longues distances, les pistes rurales et le manque d’équipements compliquent l’accès aux soins, les autorités et leurs partenaires misent désormais sur une stratégie simplifiée : réduire au maximum le délai entre une urgence obstétricale et la prise en charge médicale. Une réponse concrète à l’une des principales causes de mortalité maternelle et néonatale.
À chaque grossesse compliquée, le temps devient un adversaire. Dans plusieurs localités de la région des Savanes, une femme enceinte confrontée à une urgence médicale doit parfois parcourir des dizaines de kilomètres avant d’atteindre un centre de santé capable de la prendre en charge. Un retard qui peut coûter deux vies : celle de la mère et celle de son enfant.
C’est précisément cette réalité que les autorités veulent changer. Le 13 juillet dernier, à Mango, le gouverneur de la région des Savanes, Affoh Atcha-Dédji, a inauguré un ensemble d’infrastructures et d’équipements destinés à renforcer durablement le système de santé maternelle et néonatale.
Au cœur de cette initiative figure la mise en service d’un nouveau système d’adduction d’eau potable au Centre hospitalier préfectoral (CHP) de Mango. Alimentée par l’énergie solaire, l’installation comprend un forage, une pompe hybride, un château d’eau métallique de 10 m³, un réseau desservant directement les services hospitaliers ainsi que deux points de distribution accessibles à la communauté.
Bien plus qu’un modeste ouvrage hydraulique, cette infrastructure répond à un besoin vital. Dans un établissement de santé, la disponibilité permanente d’eau potable conditionne le respect des règles d’hygiène, limite les infections et sécurise les accouchements. Autant d’éléments essentiels pour améliorer les soins obstétricaux et néonataux.
Des motos-ambulances pour franchir les derniers kilomètres
L’autre enjeu reste celui de l’accessibilité. Dans les villages isolés des préfectures de Cinkassé, Kpendjal, Kpendjal-Ouest, Oti, Oti-Sud, Tandjouaré et Tône, les routes impraticables retardent souvent les évacuations médicales.
Pour réduire ces délais, dix motos-ambulances tricycles ont également été remises aux structures sanitaires de la région. Conçues pour circuler sur les pistes rurales, elles sont équipées de matériel de premiers secours et disposent de toutes les autorisations administratives nécessaires pour assurer le transport rapide des femmes enceintes et des nouveau-nés vers les centres de référence.
Le dispositif est complété par un important lot de matériels médicaux. Au total, 63 cartons de kits d’urgence de santé reproductive, représentant plus de 900 kilogrammes d’équipements, viendront renforcer les capacités des formations sanitaires. Les fournitures couvrent les accouchements sécurisés, la prise en charge des survivantes de violences sexuelles, le traitement des infections sexuellement transmissibles ainsi que les besoins des services de soins obstétricaux et néonataux d’urgence.
Toutes ces actions s’inscrivent dans le projet conjoint « 2 Heures pour la Vie », mis en œuvre par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) avec l’appui financier de la firme Takeda.
L’objectif est clair : permettre aux femmes enceintes vivant dans les zones les plus enclavées d’accéder à des soins obstétricaux et néonataux d’urgence en moins de deux heures, un délai considéré comme déterminant pour limiter les décès évitables de mères et de nouveau-nés.
Présente à Mango, la représentante résidente de l’UNFPA au Togo, Elise Kakam, a réaffirmé l’engagement de l’agence onusienne à accompagner le gouvernement togolais dans le renforcement de la résilience du système de santé, notamment dans les régions où les besoins humanitaires demeurent les plus importants.
En inaugurant ces nouvelles installations, le gouverneur Affoh Atcha-Dédji a insisté sur un autre enjeu : préserver les investissements réalisés. Il a également appelé les collectivités territoriales, les responsables sanitaires et les communautés bénéficiaires à assurer une gestion rigoureuse des infrastructures et des équipements afin d’en garantir la maintenance et la pérennité.
Dans une région confrontée aux défis de l’éloignement géographique et de la vulnérabilité sanitaire, ces nouveaux moyens ne constituent pas une solution définitive. Ils traduisent toutefois une évolution importante de l’approche des pouvoirs publics : rapprocher les soins des populations et agir sur les facteurs qui, trop souvent encore, transforment une complication médicale en drame familial.
En somme, cette stratégie, fondée sur la réduction des délais d’intervention, l’amélioration des conditions hospitalières et le renforcement des capacités des structures de santé, pourrait contribuer à faire reculer durablement la mortalité maternelle et néonatale dans les Savanes, l’une des régions où l’accès aux soins demeure le plus difficile du pays.