À Lomé, le gouvernement a lancé, lundi 20 avril, les travaux de cadrage pour la période 2027‑2029. Entre une croissance robuste et une dette qui dévore les recettes, l’exécutif tente de sanctuariser ses marges de manœuvre.
Dans les couloirs feutrés du Centre administratif des services économiques et financiers (CASEF) de Lomé, l’ambiance était, ce 20 avril, à la discipline quasi chirurgicale. Le Togo vient de donner le coup d’envoi de son Cadre budgétaire à moyen terme (CBMT) pour la période 2027‑2029. Cet instrument de planification pluriannuelle projette sur trois ans l’évolution des recettes, des dépenses, du déficit et de la dette publique, offrant une cohérence entre politiques publiques et moyens financiers.
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En effet, derrière cet acronyme technique se cache la boussole financière du pays pour les trois prochaines années : un exercice de haute voltige qui doit concilier les ambitions de la « feuille de route 2026‑2031 » et une réalité comptable de plus en plus étroite.
Sur le papier, les indicateurs togolais affichent une santé insolente dans une sous‑région malmenée par l’instabilité. La croissance a atteint 6,2 % en 2025, l’inflation est restée contenue à 0,4 %, et le déficit budgétaire a reculé de 5,5 % à 3,2 % du PIB. Ainsi, le pays fait figure de bon élève de l’UEMOA.
Pourtant, le tableau brossé par Akou Mawussé Adetou Afidenyigba, directrice de cabinet du ministère des Finances, est loin de tout triomphalisme. La dette publique demeure élevée, à 62,6 % du PIB, et le service de la dette absorbe plus de 85 % des recettes fiscales. En clair, pour chaque franc collecté par l’État, il ne reste que 15 centimes pour financer les écoles, les routes ou les hôpitaux une fois les créanciers payés.
Le gouvernement se retrouve face à un goulot d’étranglement structurel. La pression fiscale plafonne à 13,1 % du PIB, bien en deçà de la norme communautaire de 20 %. Cette faible mobilisation des ressources domestiques, couplée à une masse salariale représentant 6,9 % des recettes fiscales (au‑delà du seuil de soutenabilité) et à des investissements publics stabilisés autour de 6,6 % du PIB (458 milliards de FCFA), limite drastiquement les capacités d’investissement.
Pour desserrer l’étau, Lomé mise sur deux leviers :
La transition numérique : une digitalisation accrue de l’administration fiscale pour élargir l’assiette sans étouffer les contribuables actuels.
Le recours au privé : face à la raréfaction de l’aide internationale et aux tensions géopolitiques, le Togo veut séduire les investisseurs via des partenariats public‑privé (PPP) pour porter ses projets structurants.
Au‑delà des chiffres, c’est le contexte sécuritaire régional qui hante les prévisions. En outre, la menace persistante au nord du pays, les tensions géopolitiques et les chocs climatiques récurrents imposent des dépenses incompressibles et exigent une planification budgétaire anticipative.
Toutefois, l’originalité de cette session de cadrage réside toutefois dans son ouverture. Pour la première fois, la société civile a été invitée à exprimer ses attentes dès la phase de conception. Une manière pour le pouvoir de renforcer la « crédibilité macroéconomique » du pays auprès des partenaires internationaux (FMI, Banque mondiale), tout en cherchant un consensus social sur des arbitrages budgétaires qui s’annoncent, par définition, douloureux.
Finalement le message envoyé par Lomé est clair : le temps de la dépense débridée est révolu. Place à une « discipline innovante », seul rempart, selon le ministère, pour préserver la souveraineté économique du pays dans un environnement global de plus en plus imprévisible.
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