Une dizaine de coopératives agricoles et forestières togolaises ont été primées, le 29 septembre 2026 à Lomé, pour avoir filmé leurs propres chantiers de reboisement et de régénération des sols. Derrière cette cérémonie, orchestrée par la Coordination togolaise des organisations paysannes et de producteurs agricoles (CTOP), se dessine une stratégie moins conventionnelle : faire des paysans les narrateurs de la restauration écologique, et non plus seulement ses exécutants.
L’atelier national de restitution du Mécanisme Forêts et Paysans (Forest and Farm Facility, FFF) a servi de cadre à la remise des chèques. Piloté par la CTOP, avec l’appui technique et financier de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le FFF injecte, depuis 2019, plus de 4,65 millions de dollars dans des initiatives locales de gestion durable des forêts et des terres agricoles.
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Par ailleurs, cette fois, l’accent a été mis sur la communication par l’image. Dix Organisations de Producteurs Forestiers et Agricoles (OPFA) ont reçu entre 100 000 et 250 000 FCFA pour réaliser des capsules vidéo montrant comment elles restaurent concrètement les paysages forestiers. Au total, 1 600 000 FCFA ont ainsi été distribués pour saluer un travail de documentation et de partage d’expériences paysannes.
L’idée sous-jacente est de transformer chaque téléphone en outil de vulgarisation environnementale. En filmant leurs pépinières, leurs techniques d’agroforesterie ou leurs actions de protection des bassins versants, les producteurs ne se contentent plus d’appliquer des prescriptions : ils construisent aussi une mémoire visuelle de la restauration, destinée à inspirer d’autres villages.
Les lauréats couvrent plusieurs zones écologiques et filières, du karité au sel artisanal, en passant par la mangue ainsi que les cultures vivrières. Parmi les dix organisations distinguées figurent :
SCOOP-CA LAS BEGUINAS DUMENYO – 250 000 FCFA
COOP-CA ABOEWUDZA – 225 000 FCFA
CVD MOUMOUANE – 200 000 FCFA
SCOOPS KEKELI – 180 000 FCFA
CVD ANDO AKPUIVE – 160 000 FCFA
PSA-TCHAMBA – 140 000 FCFA
SCOOPS SEL DE LA TERRE DE GAPE CENTRE – 125 000 FCFA
SCOOPS AMENUVEVE DE KOUDASSI – 115 000 FCFA
SCOOPS PRO MANGUE DE VO – 105 000 FCFA
SCOOPS TERRE FLEURIE DE TOMANGUE – 100 000 FCFA
Ces montants, bien que modestes, s’inscrivent dans une logique d’incitation : récompenser la capacité à rendre visible l’action climatique locale, souvent invisible dans les rapports officiels.
Par ailleurs, cette initiative renforce un axe central du FFF : l’implication directe des organisations paysannes dans la gouvernance des ressources naturelles. Entre 2019 et 2026, près de 299 OPFA ont bénéficié d’appuis du programme, sous forme de subventions, de formations ou d’accompagnement technique.
Ainsi, en valorisant leurs vidéos, la CTOP et la FAO cherchent à :
Légitimer les savoirs locaux face aux modèles descendants de reboisement.
Créer une bibliothèque de bonnes pratiques facilement partageables entre coopératives.
Sensibiliser les communautés à la gestion durable par des exemples concrets, tournés par des pairs.
En fait, cette approche s’aligne sur les engagements du Togo dans le cadre d’AFR100, qui vise la restauration de 20 000 hectares de forêts et de terres dégradées d’ici 2027.
La CTOP a félicité les lauréats et encouragé toutes les OPFA à poursuivre la production de capsules vidéo. Parce que l’objectif affiché est de faire connaître leurs activités, de partager leurs savoir-faire et d’inspirer d’autres communautés.
Dans un contexte où la déforestation progresse et fragilise les écosystèmes, ces récits visuels peuvent constituer un levier de sensibilisation : montrer ce qui fonctionne, là où les discours peinent parfois à convaincre. Ainsi, en donnant la caméra aux premiers concernés, le Togo expérimente une forme de narration environnementale par le bas, où chaque coopérative devient à la fois actrice et chroniqueuse de la reconquête forestière.
À l’heure où les engagements climatiques se multiplient dans les enceintes internationales, ces dix capsules vidéo rappellent une évidence souvent négligée : la restauration des paysages forestiers ne se décrète pas seulement depuis les ministères, elle se filme, se raconte et se transmet d’abord dans les cours de ferme ainsi que les pépinières villageoises. Si le Togo veut tenir son objectif de 20 000 hectares restaurés d’ici 2027, il devra miser sur ces récits paysans, plus convaincants que bien des rapports techniques.
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