Sénégal : Ahmadou Al Aminou Lô nommé Premier ministre

Le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a officialisé le lundi 25 mai 2026 la nomination d’Ahmadou…

Le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a officialisé le lundi 25 mai 2026 la nomination d’Ahmadou Al Aminou Lô au poste de Premier ministre. Ce décret marque une rupture institutionnelle majeure et intervient trois jours seulement après le limogeage d’Ousmane Sonko, dont le départ avait entraîné la démission collective de l’équipe gouvernementale.

Cette nomination consacre une recomposition profonde au sommet de l’État. Elle met fin à des mois de frictions politiques et de divergences stratégiques persistantes entre le président Faye et son Premier ministre et allié de première heure, Ousmane Sonko, notamment autour du traitement de l’imposante dette publique (qui culmine à 132 % du PIB) et des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI).

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Le profil du nouveau chef du gouvernement : un pivot monétaire et financier

En portant son choix sur Ahmadou Al Aminou Lô, le chef de l’État mise résolument sur un profil de haut niveau pour rassurer les marchés et stabiliser l’appareil d’État. Ancien directeur national de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pour le Sénégal entre 2018 et 2023, cet économiste chevronné bénéficie d’une solide réputation de technocrate au sein du système bancaire et financier régional.

Le décret de nomination insiste d’ailleurs sur sa maîtrise fine des « rouages de l’économie et des finances ». Loin d’être un inconnu dans les cercles du pouvoir actuel, M. Lô incarnait jusqu’ici l’épine dorsale administrative du régime. Il a successivement occupé les fonctions de secrétaire général du gouvernement sous la primature d’Ousmane Sonko, avant de devenir ministre d’État auprès du président, chargé du suivi, du pilotage et de l’évaluation de l’ambitieux Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ».

 

Vers « un changement de méthode » et une réorientation économique

Dès sa première déclaration publique, le nouveau locataire de la Primature a tenu à fixer le cap et à dissiper les craintes d’un reniement des promesses de rupture du régime. Qualifiant sa mission de « sacerdoce », Ahmadou Al Aminou Lô a précisé que cette nouvelle phase ne constituait « point un changement de cap », mais plutôt « un changement de méthode dans la cohérence institutionnelle et l’action gouvernementale ». Il s’est également voulu rassurant en martelant que « le Sénégal est un pays sûr et viable ».

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Le curseur monétaire : un pragmatisme rassurant face à l’orthodoxie régionale

Connu pour ses positions pragmatiques sur l’échiquier monétaire ouest-africain, le nouveau Premier ministre s’est souvent prononcé en faveur de la stabilité et de l’équilibre externe du franc CFA, tranchant subtilement avec la rhétorique souverainiste plus radicale portée par son prédécesseur.

Lors des grands débats de 2018 et 2020 entourant la transition avortée du franc CFA vers l’Eco, Ahmadou Al Aminou Lô, alors Directeur national de la BCEAO pour le Sénégal, avait publiquement défendu la monnaie commune. Il rappelait notamment qu’en maintenant le dispositif de parité fixe, la région s’assurait une précieuse stabilité monétaire et se prémunissait contre l’inflation galopante, affirmant fermement que « des changements brusques, ça ne se fait pas ».

Cette posture d’économiste de banque centrale, axée sur la viabilité macroéconomique, la gestion des Eurobonds et les négociations techniques avec le FMI, suscite déjà des vagues au sein de la majorité. Dès l’annonce de sa nomination, des figures de l’aile gauche du parti PASTEF, à l’instar du député Guy Marius Sagna, ont exprimé leurs vives réserves, s’interrogeant publiquement sur la présence d’un « défenseur historique du franc CFA » à la tête d’un exécutif censé prôner la décolonisation monétaire.

En confiant les clés de la Primature à ce grand commis de la haute finance, le président Bassirou Diomaye Faye envoie un signal de normalisation et d’apaisement en direction des partenaires internationaux et des marchés financiers.

 

Vers un « gouvernement de mission » : trois chantiers urgents

La nomination d’Ahmadou Al Aminou Lô ouvre la voie à la formation d’un gouvernement de mission composé de technocrates chargé de relever trois chantiers urgents : rétablir la cohésion de l’État en mettant fin à la paralysie administrative héritée des dualités politiques et en remettant l’appareil public au travail, rassurer en priorité les bailleurs de fonds en relançant le dialogue avec le FMI et la Banque mondiale pour stabiliser la dette publique et restaurer la crédibilité financière du Sénégal, et piloter l’économie face à une tempête régionale en concrétisant le plan « Sénégal 2050 », en sécurisant les revenus attendus du pétrole et du gaz et en protégeant les recettes nationales dans un contexte ouest‑africain instable.

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