Face à un déficit d’investissements continentaux colossal, le Togo opte pour un changement de doctrine radical. Réunis le 3 septembre 2026 à Lomé, ministres, investisseurs internationaux et bailleurs de fonds ont scellé une alliance stratégique visant à propulser le modèle des Partenariats Public-Privé (PPP). L’objectif de cette conférence à guichets fermés à l’Hôtel 2 Février était clair : abandonner la simple sensibilisation au profit d’une exécution industrielle afin de faire du pays un hub logistique majeur à l’horizon 2026-2031.
Alors que l’Afrique affronte un déficit d’infrastructures estimé entre 68 et 108 milliards de dollars par an, le Togo refuse de ralentir son élan. Fort d’une croissance moyenne de 6,0 % sur les cinq dernières années et d’une projection à 6,3 % pour 2026, le gouvernement repositionne le secteur privé au cœur de son moteur économique.
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L’approche classique du « projet par projet » cède désormais la place à une stratégie de massification. Comme l’a souligné Marc Teyssier d’Orfeuil, président de ComPublic — devant un parterre d’experts dont l’ancien ministre français Michel Sapin —, l’urgence impose de déployer des dizaines d’infrastructures simultanément via des sociétés de projet dédiées. Cette philosophie trouve une application immédiate dans l’annonce phare du ministre des Travaux publics, Sani Yaya : le dédoublement de l’axe stratégique Davié–Atakpamé et de ses ouvrages d’art, un chantier névralgique destiné à désengorger le corridor national.
Loin de considérer les PPP comme un banal subterfuge budgétaire pour contourner la dette publique, l’exécutif togolais défend un modèle fondé sur la responsabilité partagée et la performance. Le ministre de l’Économie et de la Veille Stratégique, Badanam Patoki, insiste sur une trajectoire rigoureuse adossée à la loi sur les PPP de 2021 et sur des succès probants comme la Plateforme Industrielle d’Adétikopé (PIA), le Port de Lomé ou la centrale Kekeli.
Du côté des bailleurs, le capital répond présent, à condition d’offrir une prévisibilité irréprochable. La Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) l’a confirmé : la liquidité existe pour les dossiers transparents et bancables. Pour sécuriser ces flux financiers, le directeur général de l’ARCOP, Aftar Morou Touré, qualifie le contrôle réglementaire a priori non pas de frein bureaucratique, mais de filet de sécurité indispensable pour instiller la confiance chez les investisseurs institutionnels.
Pour traduire ces ambitions dans les faits, l’État structure désormais son appareil décisionnel. La création officielle du Club PPP du Togo instaure un cadre de concertation permanent entre le pouvoir public et les acteurs privés. Parallèlement, le gouvernement déploie une Task Force opérationnelle conçue comme un guichet unique. Sa feuille de route : lever les goulots d’étranglement administratifs, accélérer l’instruction des dossiers et garantir des retombées palpables dès les prochains mois.
Toutefois, cette accélération industrielle ne sacrifie pas le développement humain. L’exécutif exige que ces partenariats irriguent l’économie sociale à travers la construction d’écoles et de centres de santé de proximité. En imposant un transfert de compétences obligatoire aux cadres et ouvriers togolais, Lomé entend veiller à ce que la modernisation des infrastructures devienne le catalyseur durable d’un savoir-faire national.
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