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L’émir de Kano « détrôné », une guerre au sein du pouvoir traditionnel dans le nord du Nigeria

Les autorités locales ont « détrôné » lundi l’émir de Kano, l’une des plus grandes figures du pouvoir traditionnel au Nigeria, et l’ont conduit sous escorte policière, dans un autre Etat du pays : un geste rare qui marque le dernier épisode d’une guerre ouverte avec le pouvoir politique.

« Le conseil exécutif de l’Etat de Kano (nord) a donné son accord à l’unanimité pour détrôner l’émir Muhammadu Sanusi II et le relever de ses fonctions », selon un communiqué signé du porte-parole du gouvernement de l’Etat, Alhaji Usman Alhaji, lui reprochant d’avoir « manqué de respect aux institutions » et d’avoir refusé de participer à des réunions « sans justification légale ».

Aussitôt décidé au Parlement, son renvoi a été effectif: des membres des forces de sécurité accompagnés d’agent des services de renseignements (DSS) sont allés le chercher dans son palais pour le conduire dans l’Etat voisin de Nasawara « où il restera en exil », a confié une source gouvernementale à l’AFP.

Le gouverneur de l’Etat de Kano, Abdullahi Umar Ganduje, a presque aussitôt annoncé la nomination d’Alhaji Aminu Ado Bayero pour lui succéder.

M. Ganduje, membre du parti au pouvoir, le Congrès des Progressistes (APC), est en guerre contre Sanusi II, qu’il considère soutenir l’opposition politique.

Déjà en mai, profitant d’un déplacement de l’émir à la Mecque, les autorités ont décidé de diviser l’émirat en quatre territoires pour réduire son influence.

L’émir est aussi régulièrement convoqué par l’Agence anti-corruption pour répondre d’accusations de détournements de fonds ou d’appropriation de terres, et des pétitions circulent pour demander son renvoi.

Les chefs traditionnels ont perdu leur pouvoir politique sous la colonisation britannique, mais leur influence est énorme dans la société nigériane, certains considérant les plus grands chefs comme des demi-dieux.

C’est le cas de Muhammadu Sanusi II, 58 ans, qui exerce son pouvoir dans le Nord musulman, où il partage son influence avec le sultan de Sokoto.

– Franc-parler –

Les émirs se succèdent de génération en génération depuis le 10e siècle, et Sanusi Lamido Sanusi, son nom à l’état-civil, fait partie de la nouvelle génération de chefs traditionnels modernes et très éduqués, qui n’hésitent pas à donner leur avis sur la chose publique.

Réputé pour son franc-parler, il fut gouverneur de la Banque centrale, dont il avait été écarté en 2014 après avoir dénoncé des détournements de fonds massifs sous le précédent gouvernement fédéral.

Il fut ensuite choisi pour succéder à son grand-oncle à cette prestigieuse fonction, lui conférant ainsi d’immenses pouvoirs sur une population d’environ 10 millions d’habitants.

En février, l’émir avait déclaré qu' »aucun leader dans le nord du Nigeria ne peut s’estimer heureux ».

« Personne ne peut se réjouir d’avoir 87% de la pauvreté du pays dans le Nord et des millions et des millions d’enfants qui ne vont pas à l’école », avait-il lancé à la suite de la publication d’un rapport édifiant de la Banque mondiale sur les taux de pauvreté dans le nord de ce pays de 200 millions d’habitants.

Il s’était également mis à dos nombre de religieux, dans cette région d’un islam très conservateur, en dénonçant certaines pratiques traditionnelles comme la polygamie et le fait d’avoir des familles très nombreuses si les chefs de famille n’ont pas les moyens de les assumer financièrement.

Le gouvernement de l’Etat de Kano a ainsi accusé l’émir de « détruire l’image » de l’émirat, assurant prendre cette décision très rare et historique pour « défendre le prestige, la religion, la culture et la tradition », valeurs bâties « depuis un millénaire ».

Dans les heures qui ont suivi cette annonce, les rues de la grande ville du Nord sont restées calmes, malgré la forte popularité de Sanusi II.

En 1963, des milliers de personnes avaient protesté contre le renvoi de l’émir de l’époque (le grand-père de Sanusi II) par les autorités, puis en 1981, les manifestations avaient tourné au bain de sang lorsque le gouvernement avait tenté de détrôner Ado Bayero, son prédécesseur.


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