MOSCOU, 29 octobre 2026 — Le président du Conseil togolais, Faure Essozimna Gnassingbé, a exhorté jeudi la Russie et l’Afrique à bâtir un partenariat fondé sur la souveraineté des États, la prévention des conflits et des résultats économiques mesurables. Il s’exprimait lors de la séance plénière du troisième Sommet Russie-Afrique, organisée au Grand Palais du Kremlin aux côtés du président russe Vladimir Poutine et de dirigeants africains.
La rencontre, qui s’est tenue les 28 et 29 octobre 2026, a réuni des délégations de près de 50 pays africains, dont 22 chefs d’État et de gouvernement. Elle a porté sur le commerce, la sécurité, l’énergie, l’alimentation, les technologies et la formation, dans un contexte de concurrence accrue entre grandes puissances pour l’influence sur le continent.
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Une vision en trois piliers
Gnassingbé a structuré son intervention autour de trois priorités : la liberté des États africains de définir leur trajectoire, la stabilité comme condition du développement et l’accélération de la transformation économique. Il a défini un partenariat équilibré comme une relation qui produit des réalisations concrètes, respecte le droit des peuples à choisir leur avenir et protège la paix. « La force d’un partenariat se mesure à ce qu’il permet de construire », a-t-il déclaré devant l’assistance.
Le chef de la délégation togolaise a remercié le président Poutine pour l’accueil réservé à son pays. Il a ensuite appelé Moscou et les capitales africaines à ancrer leur coopération dans le respect mutuel, la confiance et la prise en compte des priorités définies par les États africains.
Souveraineté et poids international
Le président du Conseil a placé la souveraineté au centre de sa vision. Pour lui, elle ne se limite pas à l’indépendance politique : elle exige en effet que les pays africains disposent des moyens financiers, technologiques et institutionnels nécessaires pour exécuter leurs choix.
« La souveraineté prend tout son sens lorsqu’elle permet à un peuple de décider de sa trajectoire et de disposer des moyens de la réaliser », a-t-il affirmé.
Il a demandé une participation plus forte de l’Afrique dans les instances internationales qui décident de questions affectant directement le continent. Cette position rejoint l’un des enjeux centraux du sommet : élargir la place de l’Afrique dans les négociations mondiales, alors que Moscou présente le continent comme un acteur stratégique et non comme un destinataire passif d’aide. Le Kremlin a annoncé des discussions sur les investissements, la science, la technologie et les affaires humanitaires.
La paix, condition du développement
Gnassingbé a ensuite relié la sécurité au développement. Les conflits détruisent les infrastructures, interrompent les activités économiques et ferment des perspectives à la jeunesse, a-t-il rappelé. Il a plaidé pour un renforcement des capacités des États africains à protéger leurs populations. Selon lui, la coopération internationale doit soutenir les initiatives africaines de prévention et de règlement des crises, plutôt que de se substituer aux mécanismes continentaux.
Le président togolais a également élargi la notion de sécurité. Les services publics, l’emploi, le dialogue social, la médiation et la confiance entre citoyens et institutions constituent, a-t-il expliqué, des instruments de prévention des tensions. Cette approche place la cohésion sociale au même niveau que les réponses militaires ou diplomatiques.
Sur le plan économique, M. Gnassingbé a demandé une coopération orientée vers les besoins immédiats des populations : alimentation accessible, énergie fiable, emplois et perspectives pour les jeunes. Il a identifié l’agriculture, l’énergie et les infrastructures comme des secteurs prioritaires. Le renforcement des capacités productives, la transformation locale des ressources et la meilleure connexion des territoires aux marchés figurent parmi les leviers qu’il a proposés.
Le président du Conseil a aussi insisté sur la science, la technologie et la formation. Ces domaines, selon lui, permettent de développer les compétences, de créer de la valeur ajoutée localement et d’installer une croissance durable.
Les organisateurs ont inscrit ces thématiques au programme du sommet, avec plus de 40 sessions consacrées notamment au commerce, à l’investissement, au transfert technologique, à la sécurité alimentaire et énergétique, à la santé, à l’éducation et aux échanges de jeunesse.
Un partenariat à traduire en résultats
Pour Moscou, le sommet constitue une occasion de consolider ses partenariats politiques, économiques et sécuritaires en Afrique, dans un contexte international marqué par les sanctions occidentales. La Russie présente son approche comme une coopération fondée sur le respect de la souveraineté des États et la recherche d’un ordre mondial plus multipolaire.
Pour les dirigeants africains, l’enjeu consiste à convertir les engagements en projets financés, en emplois, en transferts technologiques et en capacités industrielles. La crédibilité du sommet se mesurera à la capacité des deux parties à traduire les déclarations en réalisations concrètes.
En clôture de son intervention, M. Gnassingbé a exprimé le souhait que la rencontre marque une étape décisive pour les populations africaines et russes. Il a également appelé les deux parties à insuffler une nouvelle dynamique au partenariat, autour de la souveraineté, de la paix et de la transformation économique.
Lomé mise sur des projets concrets
Pour le Togo, la participation au sommet s’inscrit dans une dynamique engagée avant Moscou. Du 29 septembre au 1ᵉʳ octobre 2026, Lomé a accueilli la première session de la Commission mixte intergouvernementale Togo-Russie, qui a identifié des axes de coopération dans le commerce, l’industrie, l’énergie, l’agriculture et les transports.
Les deux pays ont signé deux mémorandums d’entente à l’issue de ces discussions et préparent d’autres accords. Ils examinent notamment un corridor énergétique Lomé-Sahel fondé sur le gaz naturel liquéfié, des partenariats miniers, la production d’engrais et le développement d’infrastructures.
En marge du sommet, le Togo et la Russie ont signé deux accords de coopération et un mémorandum supplémentaire. Les documents couvrent l’agriculture, l’énergie, le commerce, la technologie, l’éducation, la recherche scientifique, la culture et le développement social.
L’énergie nucléaire entre en jeu
Rosatom, le groupe russe de l’énergie nucléaire, et le ministère togolais de l’Énergie ont signé un mémorandum sur l’utilisation pacifique de l’énergie atomique. Le texte prévoit la création de groupes de travail chargés d’évaluer des projets dans l’énergie, la médecine et l’agriculture.
Les deux parties envisagent également la formation de spécialistes togolais et des actions d’information destinées à expliquer les usages civils du nucléaire. Rosatom évoque notamment les centrales nucléaires flottantes comme une piste pour renforcer l’approvisionnement électrique du pays. Ce mémorandum constitue toutefois une étape initiale. Les projets nucléaires exigent des études de faisabilité, un cadre réglementaire robuste, des financements conséquents et plusieurs années de préparation.
Dans le domaine agricole, Lomé et Moscou envisagent la création de centres agricoles et de structures de formation pratique. Ces projets visent à renforcer les compétences locales, à améliorer l’accès aux intrants et à consolider la sécurité alimentaire.
Les autorités togolaises identifient également la mécanisation, l’irrigation, l’élevage, la recherche agronomique et la création de pôles agro-industriels comme des priorités. Ces chantiers répondent directement à l’appel lancé par M. Gnassingbé en faveur d’une transformation locale des ressources et d’une plus grande valeur ajoutée sur le continent.
Le port de Lomé occupe aussi une place stratégique dans cette coopération. Le gouvernement le présente comme une plateforme logistique capable de desservir les marchés de la sous-région, notamment grâce à ses liaisons avec les pays de l’hinterland.
Un plan d’action pour 2027-2029
Le sommet s’est achevé par l’adoption d’un plan d’action triennal couvrant la période 2027-2029. Ce document définit le cadre opérationnel de la coopération russo-africaine et traduit les engagements politiques en chantiers de mise en œuvre.
La déclaration finale appelle à un ordre international plus multipolaire, à une représentation africaine accrue dans la gouvernance mondiale et à une intensification des échanges commerciaux.Elle insiste également sur la souveraineté des États, la non-ingérence et le respect de la Charte des Nations unies.
Sur le plan économique, le texte encourage la diversification des échanges, la réduction des barrières commerciales, l’investissement et l’industrialisation en Afrique. Il met également en avant l’énergie, y compris le nucléaire civil et le gaz naturel, l’agriculture, les engrais, la transformation des minéraux critiques et les infrastructures de transport.
L’épreuve de la mise en œuvre
La valeur du sommet se mesurera désormais à la capacité des gouvernements à transformer les déclarations en contrats, en financements et en réalisations visibles. Pour le Togo, cela suppose de mobiliser les institutions compétentes, de sécuriser les financements et d’établir des calendriers précis pour chaque projet.
Par ailleurs, la Commission mixte intergouvernementale Togo-Russie est le mécanisme chargé de suivre cette mise en œuvre. Son rôle consistera à convertir les priorités identifiées à Lomé en projets opérationnels dans l’énergie, l’agriculture, l’industrie ainsi que la formation scientifique et technique.
En somme, le président Gnassingbé a quitté Moscou avec un message clair : l’Afrique ne recherche pas une dépendance nouvelle, mais des partenariats qui respectent ses choix, renforcent ses capacités et améliorent les conditions de vie de ses populations. La prochaine étape consistera à démontrer, sur le terrain, que les engagements pris au Kremlin produisent des résultats.
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