Grâce à un accord de don signé avec la BOAD, adossé au Fonds vert pour le climat, le gouvernement togolais déploie le programme « SAPO 48 ». L’objectif est de substituer une logique de prévention à la gestion de crise.
Face à l’intensification des aléas climatiques qui bousculent régulièrement l’Afrique de l’Ouest, le Togo choisit de revoir sa doctrine. Mardi 5 mai à Lomé, le gouvernement togolais et la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) ont paraphé un accord de financement d’un montant de 15,39 milliards de francs CFA (environ 27,7 millions de dollars). Cet apport, octroyé sous forme de don, est destiné à la mise en œuvre du projet « SAPO 48 », une initiative visant à renforcer la résilience des communautés vulnérables face aux inondations, sécheresses et feux de végétation.
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Sur le plan symbolique et financier, l’opération est stratégique pour Lomé. Ce programme constitue le tout premier projet individuel d’investissement direct du Fonds vert pour le climat (FVC) au bénéfice du Togo. Pour l’exécutif, ce guichet direct valide une stratégie dite « de portefeuille », pensée pour capter les grands financements environnementaux mondiaux et alimenter, à terme, le futur Togo Green Fund.
Rompre avec la gestion de l’urgence
Le projet se déploiera sur une période de cinq ans avec une ambition structurelle : protéger l’ensemble de la population, soit près de 9 millions de personnes, et cibler de manière prioritaire 1,3 million de bénéficiaires directs installés dans les zones géographiques les plus exposées.
Sur le terrain, l’enveloppe financera trois axes majeurs. D’abord, la modernisation des services d’information météorologique. Ensuite, le déploiement de systèmes d’alerte précoce multirisques capables de toucher rapidement les communautés rurales. Enfin, la mise en place de mécanismes financiers d’urgence indexés sur les prévisions, permettant de débloquer des fonds avant même que la catastrophe ne survienne.
Pour les autorités togolaises, ce dispositif marque un pivot politique majeur. Il s’agit de s’extraire de l’urgence pour entrer dans l’ère de la planification. « Anticiper, c’est sauver des vies, préserver les moyens de subsistance et protéger les investissements publics », a fait valoir le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le colonel Calixte Madjoulba, insistant sur le fait que la sécurité nationale intègre désormais la variable climatique.
Une approche économiquement rationnelle
Cette approche préventive répond également à des impératifs macroéconomiques. Les reconstructions post-catastrophes pèsent lourdement sur les budgets des États de la sous-région, souvent contraints de réallouer des ressources initialement dédiées au développement ou aux infrastructures de base. En investissant en amont, les ministères des Finances cherchent à atténuer les coûts globaux des crises à venir.
Si la signature du projet « SAPO 48 » marque une avancée concrète, les chantiers restent denses. Le pays prépare déjà, toujours aux côtés de la BOAD, un second volet baptisé « PRECO-Togo », un programme complémentaire axé sur la reconstruction et le soutien communautaire post-catastrophes. Une manière de solder le passé tout en essayant de prévoir l’avenir.




