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Togo : la loi contre le blanchiment votée, mais quid de la lutte contre la corruption ?

        Le Parlement togolais vient de franchir une nouvelle étape dans l’arsenal juridique contre les flux financiers…

 

 

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Le Parlement togolais vient de franchir une nouvelle étape dans l’arsenal juridique contre les flux financiers illicites. Après son adoption par le Sénat du Togo, l’Assemblée nationale du Togo a voté définitivement, le 27 février 2026 dernier, la loi relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.

Mais au-delà du satisfecit institutionnel, une question demeure : peut-on éradiquer les circuits financiers opaques sans s’attaquer frontalement à la corruption qui mine les plus hautes sphères de l’État ?

Assemblée nationale du Togo
© Assemblée nationale du Togo

Une adoption à large majorité

Réunis en séance plénière au Palais de l’Assemblée nationale, sous la présidence du Professeur Komi Selom Klassou, les députés ont entériné le texte à la majorité absolue.

Ce vote intervient après une première lecture en décembre dernier, puis l’approbation du texte par le Sénat le 26 février 2026, conformément à la procédure de navette parlementaire.

Plusieurs membres du gouvernement étaient présents lors de la séance, dont Gilbert Bawara, Hodabalo Awaté et Badanam Patoki, signe de l’importance accordée à cette réforme.

Un texte présenté comme stratégique

Pour l’exécutif, l’enjeu dépasse le simple cadre technique. Le ministre Badanam Patoki a insisté sur la gravité des menaces que représentent le blanchiment et le financement du terrorisme. Selon lui, ces pratiques fragilisent l’économie, détournent les ressources publiques et compromettent la stabilité nationale.

Concrètement, la loi modernise les mécanismes de contrôle, renforce les obligations de vigilance des institutions financières, améliore les procédures de déclaration des opérations suspectes et durcit les sanctions. Elle prévoit également un dispositif plus rigoureux de gel des avoirs liés aux réseaux terroristes.

À travers cette réforme, le Togo affiche sa volonté d’alignement sur les standards internationaux en matière de gouvernance financière.

Comparaison : blanchiment vs corruption, deux combats liés

Cependant, si la lutte contre le blanchiment vise à neutraliser les circuits de recyclage de l’argent sale, elle n’aborde pas directement la source première de ces fonds : la corruption.

Dans de nombreux pays, les dispositifs anti-blanchiment sont efficaces lorsqu’ils s’accompagnent d’une politique anticorruption robuste, indépendante et transparente. Or, au Togo, la perception d’une corruption persistante au sommet de l’appareil d’État continue d’alimenter les débats.

Dès lors, une interrogation s’impose : est-il cohérent de renforcer les mécanismes de surveillance financière sans ouvrir, en parallèle, un chantier profond sur la transparence des marchés publics, la déclaration de patrimoine des hauts responsables ou l’indépendance des organes de contrôle ?

Assemblée nationale du Togo
© Assemblée nationale du Togo

Le Parlement interpellé

Le discours du président de l’Assemblée nationale a salué une étape majeure pour la crédibilité du pays. Il a affirmé que le Togo ne serait « jamais un refuge pour les finances illicites ».

Pourtant, certains observateurs estiment que le Parlement aurait pu aller plus loin. Pourquoi ne pas avoir intégré dans le débat un volet explicite sur la responsabilité des décideurs publics ? Pourquoi ne pas conditionner cette réforme à des mesures concrètes de reddition des comptes ?

En adoptant massivement le texte, les députés ont démontré une unité politique sur la question du blanchiment. Toutefois, cette unanimité contraste avec la relative prudence affichée lorsqu’il s’agit d’aborder les dossiers sensibles liés à la gouvernance interne.

Une dynamique impulsée par l’exécutif

L’adoption de cette loi s’inscrit dans la dynamique politique impulsée par Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil, autour de la vision « Protéger, Rassembler, Transformer ».

Reste à savoir si cette transformation s’étendra aux mécanismes de lutte contre la corruption administrative et politique, ou si elle se limitera à la régulation des flux financiers externes.

Entre espoir et scepticisme

En définitive, la nouvelle loi constitue indéniablement un pas en avant sur le plan juridique. Elle renforce l’arsenal national et consolide la coopération internationale.

Néanmoins, la crédibilité de cette réforme dépendra de son application effective et, surtout, de la volonté politique d’agir sans distinction de rang ou de fonction. Car la véritable question n’est peut-être pas seulement de traquer l’argent sale. Elle est aussi de savoir d’où il vient.

 

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