Le propriétaire de la plateforme X (anciennement Twitter) ne s’est pas présenté à sa convocation par le parquet de Paris, ce lundi 20 avril. L’enquête pénale, qui porte notamment sur la diffusion de contenus pédopornographiques et de « deepfakes », se heurte au refus de coopération du milliardaire Elon Musk et à des tensions diplomatiques avec Washington.
Le rendez‑vous, fixé depuis février, est resté sans suite : le siège est resté vide. Elon Musk a décliné l’invitation du parquet de Paris, qui souhaitait l’entendre dans le cadre d’un entretien volontaire ce lundi. Cette procédure, de nature non contraignante, n’expose pas la personne convoquée à des poursuites immédiates en cas d’absence. La convocation faisait suite à une perquisition spectaculaire menée en début d’année dans les bureaux parisiens de la société par les enquêteurs de l’unité de lutte contre la cybercriminalité.
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Interrogé par la BBC, le parquet de Paris a indiqué avoir « pris note de l’absence des personnes convoquées », tout en soulignant que cette situation ne saurait entraver la poursuite des investigations. Linda Yaccarino, ex‑directrice générale de la plateforme au moment des faits présumés, a également ignoré la procédure.
Un dossier alourdi par les dérives de l’intelligence artificielle
Initialement ouverte en 2025 à la suite de signalements portant sur les contenus recommandés par la plateforme, l’instruction a pris une dimension nettement plus sombre ces derniers mois. Les premières investigations visaient notamment des soupçons d’utilisation de l’algorithme de recommandation à des fins d’ingérence dans le débat public français. Les procureurs s’intéressent désormais à Grok, le chatbot développé par xAI et intégré à la plateforme.
Il est reproché à X une forme de « complicité » dans plusieurs infractions graves :
- la diffusion et la possession de matériel pédopornographique en bande organisée ;
- la création d’images truquées (« deepfakes ») à caractère sexuel sans consentement, générées via l’IA de la plateforme ;
- l’extraction frauduleuse de données à grande échelle.
Bras de fer diplomatique et « vendetta politique »
Pour Elon Musk, cette offensive judiciaire n’est rien d’autre qu’une « attaque politique ». Un point de vue qui trouverait un écho au sein du ministère de la Justice américain. Selon des informations du Wall Street Journal, Washington aurait opposé une fin de non‑recevoir aux autorités françaises, refusant toute assistance juridique et accusant Paris d’instrumentaliser le système judiciaire américain contre des fleurons de la tech.
Le milliardaire, coutumier du fait — il avait déjà boudé une audience de la Securities and Exchange Commission à Los Angeles en 2024 —, a réagi sur son réseau social en validant la position de son gouvernement d’un laconique : « En effet, cela doit cesser. »
De son côté, la plateforme X rejette l’ensemble des accusations, les qualifiant de « sans fondement » et dénonçant une procédure qu’elle estime attentatoire à la liberté d’expression.
Une pression réglementaire mondiale
Malgré cette résistance, X se retrouve de plus en plus isolée. Outre la France, l’Union européenne et le Royaume‑Uni ont multiplié les avertissements et engagé des procédures contre la plateforme, l’accusant de faillir à ses obligations de modération et de mettre en péril la sécurité des mineurs.
Le refus d’Elon Musk de répondre aux questions des magistrats français pourrait conduire le parquet de Paris à envisager des mesures plus contraignantes, bien que leur mise en œuvre à l’échelle internationale s’annonce d’ores et déjà comme un défi juridique majeur, compte tenu de la protection dont semble bénéficier l’entrepreneur outre‑Atlantique.




