Finance




Togo : Accusé de détournements, l’ancien patron du fisc Philippe Tchodie rompt le silence

Visé par des allégations de malversations financières portées par le journaliste d’investigation Ferdinand Ayité, le Dr Philippe Kokou B. Tchodie,…

Visé par des allégations de malversations financières portées par le journaliste d’investigation Ferdinand Ayité, le Dr Philippe Kokou B. Tchodie, ex-patron de l’Office togolais des recettes (OTR), a brisé un long mutisme le 4 mai. Une contre-attaque plus méprisante que factuelle.

C’est un tweet ciselé comme une sentence, publié au cœur du printemps numérique loméen. le lundi 4 mai 2026, le Dr Philippe Kokou B. Tchodie a choisi son compte officiel pour mettre un terme à des mois de spéculations et de mutisme lourd de conséquences. Mais, que ceux qui attendaient des bilans chiffrés ou des démentis juridiques point par point se détrompent : l’ancien tout-puissant commissaire général de l’Office togolais des recettes (OTR) a préféré la hauteur du mépris aux arènes de la justification.

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« Je n’ai pas répondu, je ne répondrai point aux provocations de la cour de récréation », a tranché l’économiste, qualifiant les accusations de détournement de fonds qui le visent, lui et son premier cercle, de bruits de couloir insignifiants. « Pas par faiblesse, mais par force. La lucidité de savoir que mon temps vaut mieux, mes combats méritent mieux, ma vie attend mieux », ajoute-t-il. Une esquive qui en dit long sur la nervosité qui gagne les cercles de la haute finance togolaise.

 

Flash-back : l’automne d’une disgrâce et le pavé dans la mare de Ferdinand Ayité

Pour comprendre l’onde de choc de cette sortie, il faut rembobiner le fil d’une affaire qui secoue Lomé depuis plusieurs mois. En octobre 2025, un séisme institutionnel secouait le monde économique togolais : après six années d’un règne sans partage à la tête de la régie financière de l’État, Philippe Kokou Tchodie était brutalement remplacé par Yawa Djigbodi Tsègan, l’ancienne présidente de l’Assemblée nationale. Officiellement « appelé à d’autres fonctions », le haut fonctionnaire laissait derrière lui un bilan macroéconomique flatteur, marqué par une hausse spectaculaire des recettes fiscales du pays.

Pourtant, les coulisses de ce départ allaient rapidement s’assombrir. Le journaliste d’investigation Ferdinand Ayité, directeur du journal L’Alternative (en exil), jetait un pavé dans la mare en publiant une série de révélations explosives. Documents à l’appui, le journaliste mettait au jour un système présumé de détournements de fonds publics, de rétrocommissions et d’enrichissement illicite gravitant autour de la direction de l’OTR et de plusieurs de ses proches.

Dès lors, le départ de M. Tchodie ne ressemblait plus à une fin de cycle administrative, mais bien à une exfiltration politique destinée à protéger le cœur du système fiscal togolais. Face à la tempête médiatique, l’ancien haut fonctionnaire s’était muré dans un mutisme absolu. Jusqu’à ce lundi.

 

La stratégie de l’esquive face à la suspicion

En choisissant de qualifier le travail d’investigation journalistique de « provocations de cour de récréation », l’ancien commissaire général adopte une posture classique des élites africaines mises en cause : la disqualification ou la dévalorisation de la critique.

Toutefois, cette superbe affichée sur les réseaux sociaux peine à masquer l’embarras. À Lomé, l’opinion publique, étouffée par la vie chère, se montre de plus en plus sensible aux affaires de gouvernance financière. L’OTR, véritable poumon économique de l’État chargé de collecter l’impôt et les droits de douane, se doit d’incarner une exemplarité absolue.

Pour le pouvoir togolais, cette guerre ouverte par réseaux sociaux interposés est un caillou dans la chaussure. Si la justice togolaise n’a, pour l’heure, ouvert aucune enquête officielle à l’encontre de l’ancien directeur, le silence du parquet face aux révélations de Ferdinand Ayité ne fait qu’alimenter le soupçon d’une impunité sélective. Philippe Kokou Tchodie affirme que sa vie « attend mieux » ; la transparence des finances publiques togolaises, elle, attendra encore.

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