En Afrique de l’Ouest, la traque des capitaux illicites prend une tournure résolument opérationnelle. En mission à Lomé le lundi 29 juin 2026, une délégation de haut niveau du Réseau interagences de recouvrement des avoirs d’Afrique de l’Ouest (ARINWA), conduite par son président Mor Ndiaye, a formellement engagé les autorités togolaises à franchir un cap décisif : la création d’une structure nationale dédiée au recouvrement des avoirs criminels.
Reçue par le ministre togolais de la Justice et de la Législation, Me Pacôme Yawo Amenyo Adjourouvi, ainsi que par les grands commis de l’appareil judiciaire, la délégation a jeté les bases techniques d’un dispositif qui vise un objectif clair : asphyxier financièrement les réseaux criminels en saisissant méthodiquement le produit de leurs infractions.
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Frapper les réseaux criminels au portefeuille
Jusqu’à présent, le dispositif anticriminalité du Togo s’appuyait principalement sur des cellules de renseignement financier et de contrôle, à l’instar de la CENTIF (Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières). Toutefois, l’expérience régionale démontre qu’obtenir des condamnations ne suffit plus s’il n’existe pas de bras séculier capable de gérer, valoriser et liquider le patrimoine frauduleux.
La future agence togolaise disposera d’un mandat élargi structuré autour de cinq piliers opérationnels :
Identifier et localiser les patrimoines suspectés d’origine illicite (comptes bancaires, parcs immobiliers, véhicules de luxe).
Saisir et geler à titre conservatoire ces actifs dès la phase d’enquête pour éviter leur évaporation.
Administrer les biens complexes (gestion de portefeuilles d’actions, d’entreprises en activité ou maintenance d’actifs physiques).
Confisquer définitivement les avoirs à la suite des condamnations judiciaires.
Restituer les fonds à l’État ou indemniser les victimes directes des fraudes.
« La mise en place d’une telle structure constitue une nécessité pour garantir l’efficacité de l’action publique face aux infractions liées à la criminalité économique et financière. C’est également un acte de souveraineté : celui d’un État qui refuse que son territoire serve de refuge aux capitaux illicites », a martelé Me Pacôme Adjourouvi lors des échanges.
L’alignement obligatoire sur les exigences de l’UMOA
Par ailleurs, cette initiative répond à une urgence d’intégration juridique. En mars 2026, l’Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA) a adopté sa nouvelle loi uniforme relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. Ce texte communautaire contraint les États membres à désigner une autorité centrale de gestion des avoirs saisis, sous peine de sanctions de conformité financière.
Pour le Togo, l’enjeu économique est de taille. L’absence d’une telle agence pénalise le climat des affaires en maintenant une zone de flou sur la réintégration des flux financiers captés par la corruption, le trafic de stupéfiants ou la fraude fiscale de grande envergure. En se dotant d’une agence moderne, Lomé s’assure également une passerelle d’entraide avec ses voisins régionaux déjà équipés, à l’instar de l’AGRAC en Côte d’Ivoire.
Coopération transfrontalière : le chaînon manquant
L’appui de l’ARINWA sera avant tout technique et international. Le président du réseau, Mor Ndiaye, a rappelé qu’une part importante des avoirs criminels issus d’Afrique de l’Ouest est rapidement transférée vers des juridictions étrangères ou convertie en actifs hors du pays d’origine.
En intégrant formellement le réseau ARINWA, la future agence togolaise bénéficiera d’une interconnexion directe avec les points de contact judiciaires de 15 États de la CEDEAO ainsi que des réseaux internationaux homologues (CARIN en Europe, ARIN-AP en Asie-Pacifique). Cette infrastructure d’échange permettra à Lomé de lancer des procédures de gel à l’étranger et de faciliter le rapatriement de capitaux togolais détournés.
Alors que le pays s’emploie à moderniser son administration économique et à assainir son cadre juridique, l’opérationnalisation de cette agence de recouvrement s’annonce comme le véritable test de l’intégrité financière du marché togolais.
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