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Afghanistan: deux investitures présidentielles et un avenir en suspens

Deux cérémonies d’investiture présidentielle sont prévues lundi en Afghanistan, l’une pour Ashraf Ghani, réélu en septembre, l’autre pour Abdullah Abdullah, arrivé second, alors que le gouvernement de Kaboul, affaibli par ces querelles, doit bientôt négocier l’avenir du pays avec les talibans.

Le scénario rappelle les pires moments du scrutin de 2014, que les deux mêmes protagonistes affirmaient également avoir remporté.

M. Abdullah, qui avait alors dénoncé des fraudes « industrielles », n’avait toutefois pas organisé son sacre. Après trois mois de crise constitutionnelle et une médiation de Washington, il avait accepté un poste de chef de l’exécutif dans un gouvernement d’union nationale.

Un tel dénouement n’étant pour l’instant pas à l’ordre du jour, l’Afghanistan s’oriente vers une crise institutionnelle profonde, alors que les deux cérémonies d’investiture doivent démarrer presque au même moment, lundi matin (vers 3H30 GMT) à Kaboul.

Le moment ne pourrait être plus mal choisi car un dialogue inter-afghan doit réunir mardi les talibans, les autorités, l’opposition et la société civile, qui doivent tenter de s’entendre sur l’avenir du pays. La division au sein de l’exécutif ne peut qu’affaiblir Kaboul et, à l’inverse, renforcer les positions des insurgés.

Ces négociations, actées dans l’accord signé le 29 février à Doha entre Etats-Unis et rebelles, sont toutefois parties pour être retardées. Ashraf Ghani refuse d’honorer l’un des principaux points de cet accord, non ratifié par son gouvernement: la libération de jusqu’à 5.000 prisonniers talibans en échange de celle de jusqu’à 1.000 membres des forces afghanes aux mains des insurgés.

« Les talibans vont dire à l’équipe du gouvernement de régler leurs problèmes internes puis venir et parler », pronostique l’analyste Atta Noori, interrogé par l’AFP. « L’unité est leur seule option s’ils veulent gagner à la table des négociations. »

Les insurgés, toujours opposés aux élections en Afghanistan, n’ont jamais reconnu le gouvernement de Kaboul, qu’ils qualifient de fantoche des Etats-Unis.

– « Intérêts personnels » –

Avec très peu de nouvelles idées, les deux hommes politiques ont aussi perdu la confiance d’une grande partie de la population.

« Il est impossible d’avoir deux présidents dans un seul pays », soupire Ahmad Jawed, un chômeur de 22 ans, demandant aux candidats « de mettre leurs intérêts personnels de côté et de penser à leur pays plutôt que de se battre pour le pouvoir ».

« Ils font des promesses pendant leurs campagnes mais ne les tiennent pas », déplore Noman Formuli, un habitant de Kaboul. « Ils ont promis d’amener la sécurité, ils ont échoué. Ils ont promis des emplois pour le pays, ils ont échoué », observe le jeune homme de 24 ans.

Les résultats définitifs de la présidentielle, organisée en septembre, n’avaient été annoncés qu’en février, en raison notamment du dépôt par les candidats de 16.500 plaintes pour irrégularités.

Ashraf Ghani a obtenu 50,64% des 1,8 million de votes pris en compte. Abdullah Abdullah, qui n’a réuni que 39,52% des suffrages, a qualifié ces résultats de « trahison nationale »

Pendant ce temps, les combats ont repris de plus belle dans les campagnes depuis que les insurgés ont mis fin le 2 mars à une trêve partielle de neuf jours et repris leur offensive contre les forces de sécurité afghanes, tuant des dizaines de personnes en une semaine.

La capitale n’a pas non plus été épargnée par l’augmentation des violences, avec une attaque revendiquée par le groupe Etat Islamique qui a fait 32 morts et des dizaines de blessés vendredi.

La trêve partielle, pendant laquelle le nombre des attaques s’était effondré, avait été imposée par Washington aux insurgés en tant que préalable à l’accord signé à Doha le 29 février.

Selon ce texte, les Etats-Unis s’engagent à un retrait complet des troupes étrangères dans les 14 mois, en échange de garanties des talibans.


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