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Au pays de « Bernie », la peur qu’il ne puisse pas gagner

« C’est Bernie contre l’+establishment démocrate+, ça va être difficile »: le sénateur Bernie Sanders a beaucoup de supporters dans son fief du Vermont, mais même ici, certains ont peur que ce « socialiste » revendiqué ne parvienne pas à remporter la Maisons Blanche et hésitent à voter pour lui en ce « Super Mardi ».

S’il y a bien une ville américaine dans laquelle le sénateur Bernie Sanders est aimé et respecté, c’est à Burlington, la « grande ville » de ce petit Etat frontalier du Canada, où cet enfant de Brooklyn est parti s’installer à la fin des années 60.

Ici, où il a été maire dans les années 80 avant d’être élu à la Chambre des représentants puis au Sénat, il prêche depuis plus de 40 ans un « socialisme » proche des gens et a montré qu’il pouvait former de larges coalitions. Notamment pour récupérer un grand terrain sur les bords du Lac Champlain dont il a fait un grand parc public, alors qu’il devait initialement accueillir des logements chics.

Et pourtant, si personne ne doute qu’il sortira vainqueur mardi soir de la primaire du Vermont – le moins peuplé des 14 Etats à voter ce mardi – beaucoup s’interrogent sur sa capacité à rassembler largement autour de son nom pour pouvoir défaire Donald Trump en novembre.

– « Inquiète pour le pays »

« Je l’aime bien, je trouve qu’il est vrai, qu’il est honnête, et je pense qu’il se soucie vraiment des gens et du pays », confie à l’AFP Miriam Burns, 77 ans, qui a fait campagne pour Bernie Sanders en 2016 lorsqu’il avait perdu contre Hillary Clinton.

« Mais je ne suis pas sûre que je vais voter pour lui. Je ne suis pas sûre qu’il puisse battre Trump, et ça me fait peur (…) On est tellement divisés. Avec Trump et tout ce qui s’est passé, et les républicains qui sont si forts, c’est juste que je suis vraiment inquiète pour le pays », a-t-elle ajouté.

Cette retraitée envisage donc de voter ce mardi pour l’ex-maire de New York Michael Bloomberg, incarnation des milliardaires et des élites dénoncés par M. Sanders.

Nat Caldwell, 52 ans, qui fait de la collecte de fonds pour une des trois universités locales, a lui clairement décidé de voter pour Michael Bloomberg, qui figurera pour la première fois mardi sur les bulletins de vote, tant il est sûr que Bernie ne peut pas gagner nationalement.

« Je crois qu’il est temps d’opter pour le pragmatisme plutôt que pour l’idéologie », dit-il. « On est dans une bulle ici, une bulle de gauche, ça en fait un endroit charmant à vivre à de nombreux égards, mais je ne crois pas que cela puisse s’appliquer au reste du pays actuellement ».

Les fans de Bernie, qui devraient être plusieurs milliers mardi soir pour un grand meeting avec leur héros à Burlington, s’inquiètent davantage maintenant que trois anciens candidats démocrates, les modérés Pete Buttigieg et Amy Klobuchar ainsi que Beto O’Rourke, se sont ralliés à la candidature de l’ex-vice président Joe Biden.

Jane Stromberg, 24 ans, chercheuse dans le domaine de l’environnement à l’Université du Vermont et elle-même candidate à un poste local ce mardi, considère Bernie Sanders comme « le candidat politique le plus cohérent de l’histoire des Etats-Unis ».

Mais « c’est Bernie contre +l’establishment+ démocrate (…), ça va être difficile », dit-elle.

Si elle est convaincue que Bernie Sanders a bien plus de chances cette année qu’en 2016, car le gouvernement Trump a rendu les gens « beaucoup plus désespérés », elle estime qu' »il faut s’attendre au pire, tout en espérant le meilleur ».

Même Trish Siplon, professeure de sciences politiques d’une université locale, pourtant convaincue que Bernie a de vraies chances de remporter l’investiture cette année, reconnaît que les derniers efforts des candidats modérés pour lui barrer la route lui rendent la tâche « pas facile ».

« C’est vrai que ça m’inquiète », dit-elle.

Elle redoute particulièrement le scénario de plus en plus souvent évoqué, où Bernie « arriverait à la convention démocrate avec le plus de délégués », mais pas la majorité, et que les modérés du parti s’entendent pour « le priver de l’investiture ».

« Ce serait désastreux », dit-elle, « pas juste pour moi parce que c’est mon candidat, mais parce que ce serait terrible pour le parti démocrate. Le parti devrait bien réfléchir avant d’aliéner ces électeurs qui sont l’avenir du parti ».


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