En quatre jours, cinq sélections africaines ont quitté la Coupe du monde 2026, souvent après avoir mené ou fait douter des cadors européens. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la RD Congo et l’Afrique du Sud partagent un même symptôme : l’incapacité à contrôler le dernier quart d’heure. Seul le Maroc a inversé la tendance.
Deux buts d’avance et cinq minutes à tenir : tout semblait acquis. Pourtant, mercredi 1er juillet, à Seattle, le Sénégal s’est effondré face à la Belgique, encaissant trois buts en une demi-heure pour s’incliner 3-2 après prolongation. Ce naufrage n’est pas un accident isolé. Il referme une séquence noire au cours de laquelle quatre sélections africaines — le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la RD Congo et l’Afrique du Sud — ont mené ou tenu le score jusque dans le dernier quart d’heure de leur match à élimination directe, sans qu’aucune ne parvienne à composter son billet pour les huitièmes de finale.
Sous la direction de Pape Thiaw, les Lions de la Téranga dominaient largement leur seizième de finale face à la Belgique, étouffant Kevin De Bruyne et Youri Tielemans pendant plus de quatre-vingts minutes. Menant 2-0, l’équipe semblait promise aux huitièmes de finale. Mais deux buts belges inscrits en trois minutes ont fait basculer la rencontre, avant qu’un troisième, à la 125e minute de la prolongation, ne scelle l’élimination sénégalaise. Krépin Diatta a reconnu, après la rencontre, un manque de caractère collectif dans les derniers instants, tandis que le sélectionneur a dû justifier ses choix de remplacement en conférence de presse.
Côte d’Ivoire : Haaland et une défense qui décroche
La veille, à Dallas, la Côte d’Ivoire avait fait douter la Norvège pendant l’essentiel de la rencontre, avant de céder à la 86e minute sur une réalisation d’Erling Haaland, laissé libre par une arrière-garde ivoirienne momentanément relâchée. Une parade décisive du gardien norvégien Örjan Nyland, dans le temps additionnel, a ensuite privé les Éléphants de l’égalisation. Emerse Faé, artisan du sacre continental de 2024, a lui-même admis certaines limites dans la gestion tactique de la seconde période.
Pour son grand retour en phase à élimination directe — une première depuis 1974 —, la RD Congo avait pourtant idéalement démarré face à l’Angleterre : un but de Brian Cipenga dès la 7e minute et un gardien, Lionel Mpasi, auteur d’une série d’arrêts décisifs devant Harry Kane et Jude Bellingham. L’avantage congolais a tenu jusqu’à la 75e minute, avant que les changements offensifs de Thomas Tuchel, avec l’entrée de Bukayo Saka et Anthony Gordon, ne renversent la physionomie du match. Kane a égalisé de la tête, avant que l’Angleterre n’inscrive un second but pour l’emporter 2-1.
Comprendre : qu’appelle-t-on « savoir tuer un match » ?
Dans le vocabulaire tactique, cette expression désigne la capacité d’une équipe menant au score à ralentir volontairement le rythme du jeu, à conserver le ballon dans les zones les moins risquées et à provoquer des fautes utiles pour épuiser le chronomètre, plutôt que de continuer à prendre des risques offensifs. C’est une compétence distincte du niveau technique brut : elle relève de l’expérience collective et de la lucidité mentale sous pression.
Afrique du Sud : une désillusion consommée dans les arrêts de jeu
Premiers de leur histoire à atteindre les seizièmes de finale, les Bafana Bafana ont buté sur le Canada dans un match pauvre techniquement, avant de céder sur une frappe canadienne à la 90e+2 minute. Un scénario qui, pour plusieurs observateurs, a surtout confirmé les insuffisances collectives déjà perceptibles pendant la phase de groupes, plutôt qu’un simple concours de circonstances.
Un problème de gestion, pas de talent
Le point commun de ces quatre éliminations dépasse la seule malchance. Les effectifs concernés comptent désormais une majorité de joueurs évoluant dans les plus grands championnats européens, et l’écart technique avec les nations les mieux classées s’est nettement réduit ces dernières années. Ce qui continue de faire défaut, selon plusieurs analystes du football continental, se situe ailleurs : dans la capacité à ralentir le rythme du jeu, à conserver le ballon dans les moments chauds et à garder une lucidité tactique lorsque l’adversaire hausse le curseur physique et mental en fin de rencontre.
« Le talent ne suffit plus lorsque ce sont les dix dernières minutes qui décident de tout. » Constat partagé par plusieurs observateurs du football continental.
Seule sélection africaine à avoir inversé la tendance dans ces seizièmes de finale, le Maroc a arraché l’égalisation face aux Pays-Bas dans le temps additionnel. Une preuve que le scénario inverse — revenir au score dans le « money time » plutôt que de le perdre — reste accessible au continent, à condition d’en maîtriser les ressorts mentaux.
Un chantier pour l’avenir
Avec cinq sélections désormais éliminées — la Tunisie, l’Afrique du Sud, la RD Congo, la Côte d’Ivoire et le Sénégal —, la représentation africaine à ce Mondial 2026 se réduit mécaniquement. Au-delà du bilan comptable, la question de la préparation mentale et de la gestion des fins de match s’impose comme un chantier prioritaire pour les fédérations et les staffs techniques du continent, à l’heure où l’écart purement footballistique avec l’élite mondiale continue, lui, de se resserrer.
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