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Covid-19: plaidoyer pour une réponse juste et durable en Afrique (Tribune)

« Les principes de justice sociale, de durabilité et d’autonomisation des communautés doivent être au coeur des réponses » à l’épidémie de coronavirus en Afrique, plaident deux activistes du continent.Au lendemain de l’apparition en Afrique des premiers cas de coronavirus, les États, craignant les périlleux risques liés à une rapide transmission communautaire de la maladie, ont institué différentes stratégies : confinement total ou partiel de certaines métropoles, couvre-feu, restriction des déplacements et rassemblements publics, etc.

Même si désormais un bon nombre d’Etats commencent progressivement à passer au déconfinement ou l’envisagent, tous demeurent vigilants et s’activent dans la recherche des fonds et la mise en oeuvre des plans de riposte à l’épidémie et de relance des économies fortement touchées par l’apparition de la maladie et des mesures prises pour y répondre.

Face à ce qui apparaît comme la plus grande crise sanitaire de l’histoire contemporaine, de nombreux analystes redoutent ses effets socio-économiques sur la vie des populations. Les organisations tant régionales qu’internationales ne cessent de sonner l’alarme sur les risques d’insécurité alimentaire et de malnutrition qui pèsent sur des millions d’Africains. En Afrique occidentale, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) estime qu’entre 17 et 50 millions de personnes risquent d’être confrontés à l’insécurité alimentaire suite aux impacts de la pandémie. Une situation aggravée par les conflits armés intra et transfrontaliers, particulièrement dans la région du Sahel et combiné à la saison de soudure qui s’annonce. Même son de cloche en Afrique de l’Est dont une partie est confrontée au phénomène d’invasion de criquets depuis le début de l’année. Selon les projections du Programme alimentaire pondial (Pam), le nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire devrait passer à plus de 40 millions dans neuf pays de la sous-région à savoir : Burundi, Djibouti, Ethiopie, Erythrée, Kenya, Rwanda, Somalie, Soudan du Sud et Ouganda.

Face à la pandémie, la société civile se mobilise

La vitesse vertigineuse de la propagation de l’épidémie vient rappeler les ravages de la crise climatique qui ne cesse d’endeuiller le continent. Les chocs liés au changement climatique, touchent déjà nos sociétés et risquent d’être plus violents si rien n’est fait. Notre capacité, et plus précisément notre système socio-économique et sanitaire n’est pas suffisamment équipé pour faire face à la virulence, à la propagation et aux divers impacts de la pandémie sur nos populations, mettant ainsi le continent au bord d’un nouveau désastre humanitaire. Cette crise sanitaire met en exergue la vulnérabilité de nos sociétés et leur manque de résilience face aux chocs.

Aujourd’hui, le virus sévit dans les villes et villages, frappant sans distinction de race, de religion, de genre ou de compétence. Toutefois, les populations aux faibles revenus et celles en bas de l’échelle sociale paient le plus lourd tribut. De Dakar à Cotonou, du Caire au Cap en passant par Kinshasa, Nairobi et Harare, la réponse communautaire s’organise. Les efforts pour venir en aide aux plus vulnérables sont en cours, à commencer par la sensibilisation communautaire pour couper court aux multiples rumeurs véhiculées sur la pandémie. La société civile, le secteur privé et les organisations communautaires sont déjà sur terrain pour barrer la route au Covid-19. Production accélérée de masques, distribution de kits hygiéniques et de nourriture, plaidoyer et levée de fonds en faveur des plus démunis, diffusion de messages sur les mesures barrières dans les médias traditionnels et en ligne, rien n’est laissé au hasard pour limiter les effets de la pandémie.

Opportunité de solidarité, de fédération de luttes…

L’extraordinaire élan de solidarité et de réponse rapide observé est louable. Mais il ne devrait pas s’arrêter avec le Covid-19. Les organisations militantes – paysannes, féminines, écologiques, de jeunes – doivent également utiliser leur forces, nombres, compétences et expertise pour lutter contre les autres fléaux d’injustice sociale auxquelles l’Afrique est confrontée.

En ce moment, nous sommes tous inquiets pour notre survie et notre avenir proche. Nous vivons dans l’incertitude et la peine causée par les souffrances de nos proches. Le coronavirus va passer, mais les autres grands fléaux et maux restent bel et bien là.

Cependant, au lieu de nous laisser emporter par le désespoir, c’est le moment de faire appel à nos valeurs et principes qui nous ont toujours guidés dans les pires tragédies que notre continent a traversées dans le passé lointain et proche. Aujourd’hui, plus que jamais, nous réalisons que nous sommes dans un même bateau et que nous devons soit lutter, soit périr ensemble. Nous devons nous battre en même temps en tant qu’humanité, non seulement contre la pandémie, mais également contre tous les systèmes d’oppression, d’exploitation, de corruption, de pillage et de néocolonialisme qui maintiennent une bonne partie de nos populations dans la précarité et l’extrême vulnérabilité. Nous devons également nous battre, pour que la justice sociale et climatique et les solutions portées par les communautés, puissent être au centre de toute action gouvernementale pour faire face au deux crises.

Et de vigilance

Au moment où les gouvernements mettent en application des mesures certes drastiques mais nécessaires contre le virus, nous devons aussi redoubler de vigilance pour s’assurer que les efforts de relance et de stimulus économique proposent des réponses durables aux crises sociale et environnementale en cours. Les principes de justice sociale, de durabilité et d’autonomisation des communautés doivent être au coeur des plans de réponse pour prioriser les plus vulnérables et non les entreprises encore moins les investisseurs. La société civile, les organisations religieuses, les syndicats et les autres collectivités locales doivent redoubler de vigilance et veiller à ce que les décisions en train d’être prises placent l’humain et l’environnement au centre et que les milliards de dollars en train d’être injectés dans les économies contribuent effectivement à sauver l’humanité.

Aissatou Diouf est chargée de plaidoyer climatique à Enda Energie Sénégal

Landry Ninteretse est directeur Afrique à 350.org


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