À Lomé, la deuxième session annuelle du Cadre permanent de concertation (CPC) s’est ouverte sous le signe de la division. Alors que des réformes clés sont sur la table, la stratégie de la chaise vide choisie par une partie de l’opposition interroge sur sa capacité à peser dans le nouveau jeu institutionnel.
C’est une scène qui illustre à elle seule les fractures persistantes de la vie politique togolaise. D’un côté, des sièges occupés par des responsables politiques déterminés à négocier ; de l’autre, le vide laissé par les tenants d’une ligne dure. Jusqu’à vendredi, le Palais des Congrès de Lomé accueille les travaux du Cadre permanent de concertation (CPC). Une session cruciale, mais boudée par plusieurs formations de l’opposition qui contestent la légitimité même de ce cadre.
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Pourtant, l’ordre du jour n’a rien d’anodin. Les participants doivent plancher sur la transformation de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) en une structure plus technique, sur le statut des candidats indépendants et sur le bilan d’efficacité du CPC lui-même. Des dossiers majeurs, d’autant plus que le pays entre dans la phase opérationnelle de son nouveau régime parlementaire.
L’art du compromis face au dogme du refus
Pour les partisans de la participation, le calcul est avant tout pragmatique : on ne peut pas transformer les règles du jeu en refusant de s’asseoir à la table des négociations. Si de nombreux observateurs jugent légitimes les critiques de la nouvelle Constitution ou la méfiance à l’égard du pouvoir, ils considèrent l’absence volontaire des débats comme un manque de maturité stratégique. Comment prétendre défendre les intérêts des populations si l’on refuse la seule tribune officielle permettant d’infléchir les décisions ?
Cette ligne réaliste est portée par une partie de l’opposition qui refuse de s’enfermer dans une contestation stérile hors les murs. « C’est précisément dans les contextes de tensions que le CPC doit jouer son rôle d’espace de sérénité et d’écoute mutuelle », a ainsi déclaré Me Mohamed Tchassona Traoré, président du MCD (Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement), pour justifier sa présence face au gouvernement.
Le pouvoir en position de rassembleur
Du côté de l’exécutif, on profite de ces divisions pour afficher une posture d’ouverture et de rassemblement, tout en renvoyant les boycotteurs à leurs propres contradictions. Le ministre de l’Administration territoriale, Hodabalo Awaté, a rappelé que le CPC restait un espace d’inclusion pour ceux qui ne disposent pas d’autres canaux d’expression : « Seul, on ne peut rien faire, et pour aller loin, on doit avancer ensemble. »
En filigrane, le message du pouvoir est limpide : la porte est ouverte, et ceux qui choisissent de rester à l’écart prennent le risque de s’auto-exclure des futures grandes orientations électorales du pays.
Le risque de l’invisibilité politique
L’histoire politique de la sous-région montre que le boycott est une arme à double tranchant qui s’use rapidement. En désertant le CPC, l’opposition radicale prive ses électeurs d’une voix au moment où se dessine l’avenir de la Céni. Surtout, elle laisse le champ libre au parti au pouvoir et à l’opposition modérée pour conclure des compromis sans elle.
À l’ère du régime parlementaire, où chaque texte se négocie et où chaque équilibre compte, la politique du spectateur indigné montre ses limites. Pour peser durablement dans le débat politique, l’opposition togolaise devra, tôt ou tard, faire le choix de l’action et défendre sa vision au sein des institutions, sous peine de devenir spectatrice de sa propre marginalisation.




