Togo : la HARC tend la main aux influenceurs et créateurs de contenus numériques
Lomé vit depuis quelques mois une transformation profonde de son écosystème médiatique. Les influenceurs, YouTubeurs et TikTokeurs togolais, autrefois ignorés…
Lomé vit depuis quelques mois une transformation profonde de son écosystème médiatique. Les influenceurs, YouTubeurs et TikTokeurs togolais, autrefois ignorés ou considérés comme de simples amuseurs publics, occupent désormais une place centrale dans la circulation de l’information. Face à cette réalité, la Haute Autorité de régulation de la communication écrite, audiovisuelle et numérique (HARC) a choisi une stratégie inédite : tendre la main avant de brandir le glaive.
Mardi 22 septembre 2026, dans une salle de conférence du centre-ville de Lomé, le régulateur a organisé sa première rencontre officielle avec ces « amateurs journalistes » du numérique. Autour de la table : des créateurs de contenus aux audiences parfois supérieures à celles des médias traditionnels, accompagnés de représentants du ministère de la Communication, de l’Agence nationale de la cybersécurité (ANCy) et de l’Instance de protection des données à caractère personnel (IPDCP).
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Un mandat constitutionnel, une réalité de terrain
Cette initiative ne relève pas du hasard. Elle découle directement de l’article 78 de la Constitution togolaise adoptée le 6 mai 2024, qui élargit explicitement le champ d’action de la HARC à la communication numérique. Concrètement, cela signifie que les publications sur Facebook, TikTok, YouTube ou encore les blogs entrent désormais dans le périmètre de vigilance de l’institution.
« Nous ne cherchons pas à transformer les influenceurs en journalistes, mais à reconnaître leur impact », a déclaré Willibronde Pitalounani Télou, président de la HARC, lors de l’ouverture de la séance. Pour lui, la frontière entre information et divertissement s’est estompée : une vidéo de deux minutes peut aujourd’hui atteindre davantage de Togolais qu’un journal télévisé.
Les échanges ont fait émerger trois priorités partagées entre le régulateur et les créateurs :
La véracité des contenus : plusieurs intervenants ont reconnu la pression du « buzz », qui pousse parfois à publier sans vérification préalable.
Le respect de la dignité humaine : des cas de harcèlement en ligne et de diffamation ont été cités comme des freins à un débat sain.
La transparence commerciale : la question des partenariats sponsorisés a dominé les discussions, avec un appel clair à un visa préalable pour toute publicité numérique.
La HARC a annoncé qu’elle travaillerait avec l’ANCy et l’IPDCP afin d’élaborer des outils pratiques : guides de vérification, modèles de mentions légales et mécanismes de signalement.
L’autorégulation comme pari stratégique
Contrairement à d’autres régulateurs qui imposent des règles d’en haut, la HARC mise sur l’autorégulation. L’objectif est de faire émerger un code de bonne conduite corédigé par les acteurs eux-mêmes, sous l’égide de l’institution. « Si vous vous disciplinez, nous n’aurons pas à vous sanctionner », a résumé N’do Pabozi, directrice des affaires juridiques de la HARC.
Cette approche séduit certains créateurs, lassés des menaces de blocage ou de poursuites. « Nous voulons être partenaires, pas ennemis », a ainsi lancé un YouTubeur présent dans la salle.
Un précédent régional ?
Dans un contexte où plusieurs pays africains durcissent leur contrôle sur les réseaux sociaux, comme la Guinée, qui a récemment interdit France 24, le Togo opte pour une voie différente. En associant les créateurs dès la conception des règles, la HARC espère ainsi éviter les bras de fer stériles et construire une culture numérique responsable.
Reste à voir si ce dialogue se traduira par des actes concrets : adoption du code, formation des créateurs et, surtout, application équitable des règles. Pour l’heure, le régulateur a tendu la main. La balle est désormais dans le camp des influenceurs.
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