Le Togo ambitionne de s’imposer comme un centre régional de référence en réadaptation physique. Avec le lancement du Projet d’Éducation en Réadaptation pour l’Afrique francophone (PERAF), le pays inaugure un master en sciences des prothèses et orthèses afin de renforcer les compétences dans un secteur confronté à une pénurie de spécialistes, alors que les besoins en soins de réadaptation restent importants dans la région.
Après l’accident, reconstruire une vie
La réadaptation physique aide une personne amputée, paralysée, accidentée ou en situation de handicap à retrouver sa mobilité, son autonomie et sa place dans la société. Une prothèse bien adaptée, un fauteuil roulant correctement ajusté ou un accompagnement fonctionnel peuvent déterminer si une personne reprend une activité, poursuit ses études ou reste isolée chez elle.
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Cette dimension humaine explique l’ampleur du besoin. L’Organisation mondiale de la Santé estime que 2,4 milliards de personnes dans le monde vivent avec un problème de santé pour lequel la réadaptation peut être bénéfique. En Afrique, plus de 210 millions de personnes auraient besoin de ces services, mais au moins 63 % n’y ont pas accès.
Or, le déficit ne concerne pas seulement les équipements. Il porte surtout sur les compétences : concevoir, ajuster et suivre un appareillage exigent des professionnels formés, capables d’accompagner les patients dans la durée. C’est précisément cette lacune que le PERAF entend réduire.
Lancé à Lomé le 3 novembre 2026, le PERAF s’étend sur cinq ans, de 2026 à 2030. Porté par le Comité international de la Croix-Rouge, il associe l’École nationale des auxiliaires médicaux de Lomé, l’Université de Lomé, Human Study et le ministère togolais de la Santé.
Le projet prévoit la formation de 16 étudiants francophones dans un master en sciences des prothèses et orthèses. Il vise également à renforcer les capacités pédagogiques et institutionnelles au Togo et au Mali afin de développer une expertise clinique durable et de former les futurs formateurs de la sous-région.
L’ambition dépasse ainsi la création d’une simple promotion. Le Togo cherche à faire de Lomé un centre de référence pour l’Afrique francophone, capable de former des orthoprothésistes qualifiés, de soutenir les services hospitaliers et de diffuser des standards professionnels dans plusieurs pays.
Lors de la cérémonie d’ouverture, les autorités ont placé la réadaptation au cœur d’une vision plus large de la santé publique. Le ministre de la Santé, Jean-Marie Koffi Ewonoule Tessi, a insisté sur la nécessité de dépasser les soins curatifs : un système de santé efficace doit aussi permettre aux personnes de retrouver leurs capacités, de préserver leur autonomie et de vivre dans la dignité.
Cette approche rejoint les orientations de l’OMS. En effet, la stratégie régionale africaine 2025-2035 vise à intégrer la réadaptation dans les systèmes de santé et à améliorer l’accès à des services abordables, y compris aux aides techniques. L’organisation considère désormais la réadaptation comme un service essentiel, au même titre que la prévention ou le traitement des maladies.
Pour les personnes en situation de handicap, l’enjeu est concret. Une orthèse ou une prothèse mal conçue peut provoquer des douleurs, des blessures ou l’abandon du dispositif. À l’inverse, un professionnel compétent peut adapter l’appareil aux conditions de vie, au climat, aux activités quotidiennes et aux ressources disponibles du patient.
Former les formateurs
Le PERAF ne se contente pas de former des étudiants. Il entend également consolider les capacités des établissements qui les accueilleront. Cette approche vise à éviter qu’une expertise repose sur quelques individus ou sur une assistance extérieure ponctuelle.
Le programme prévoit ainsi le renforcement des compétences des enseignants, le développement de l’expertise clinique et la structuration des formations. À terme, les diplômés pourront non seulement exercer, mais aussi encadrer de nouvelles générations de professionnels.
Cette logique de transmission revêt une importance particulière dans un contexte où les besoins augmentent. Les accidents de la route, les conflits, les maladies chroniques, le vieillissement et les limitations fonctionnelles liées au handicap accroissent la demande de services de réadaptation. L’OMS rappelle d’ailleurs que la demande mondiale d’aides techniques devrait concerner 3,5 milliards de personnes d’ici à 2050.
Au-delà de la santé, le PERAF porte un message social. En formant des spécialistes et en renforçant les institutions, le Togo affirme que l’inclusion ne se décrète pas : elle se construit à travers des services accessibles, des professionnels disponibles et des politiques publiques cohérentes.
Le défi reste considérable. Certes, former seize étudiants ne suffira pas à répondre aux besoins de tout un continent. Toutefois, cette initiative peut créer un effet d’entraînement grâce à l’émergence de compétences locales, de standards partagés et d’une expertise régionale capable de réduire la dépendance aux formations dispensées à l’étranger.
Pour les patients, la mesure du succès sera simple : pouvoir marcher, travailler, étudier et participer pleinement à la vie de leur communauté. Pour le Togo, elle dépendra de sa capacité à transformer cette ambition régionale en une filière de formation durable, financée et reconnue.
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