Un raid d’envergure mené par la NDLEA dans l’État d’Oyo a permis de démanteler un laboratoire clandestin hautement fortifié. Parmi les personnes arrêtées figure un ingénieur chimiste mexicain de 56 ans, dépêché par les cartels pour transformer le sud-ouest du Nigeria en hub de drogues synthétiques.
C’est une forteresse invisible, enfouie sous la canopée tropicale du village de Tapa, dans la zone de gouvernement local d’Ibarapa Nord, dans l’État d’Oyo. À l’intérieur, pas de machines agricoles, mais un complexe industriel ultramoderne destiné à la fabrication à grande échelle de méthamphétamine. Le mercredi 17 juin 2026, les unités tactiques de l’Agence nationale nigériane de lutte contre la drogue (NDLEA) ont pris d’assaut ce laboratoire clandestin, mettant ainsi au jour une alliance criminelle transatlantique particulièrement préoccupante.
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L’opération s’est soldée par la saisie de matériels et de produits chimiques d’une valeur de plusieurs milliards de nairas, ainsi que par l’interpellation de cinq membres clés du réseau. Parmi eux figure une prise majeure : Jose Villa Ochoa, un ressortissant mexicain âgé de 56 ans. Selon les enquêteurs, cet homme est un « cuisinier » expérimenté, un expert technique recruté en Amérique latine pour superviser la synthèse de cristaux de drogue d’une pureté industrielle.
« Breaking Bad » dans la forêt d’Oyo
Au lendemain du raid, soit le 18 juin, les experts scientifiques de la Direction de la surveillance médico-légale et chimique de la NDLEA ont investi le site afin de cartographier l’installation. Ce qu’ils ont découvert dépasse largement le stade artisanal. L’infrastructure abritait une véritable chaîne de production chimique de niveau industriel.
Le cœur de cette usine reposait sur un réacteur chimique d’énorme capacité, connecté à deux unités de distillation, trois mélangeurs-condenseurs sur mesure et deux déshydrateurs industriels conçus pour le séchage rapide des cristaux. L’inventaire des précurseurs chimiques saisis par l’agence témoigne de l’importante capacité de production du site :
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De la phényl-2-propanone (P2P), précurseur de base indispensable et étroitement surveillé ;
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1 800 litres d’acide phénylacétique, utilisé pour la synthèse du P2P ;
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360 litres de substance cristalline blanchâtre en cours de traitement, répartis dans deux fûts ;
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720 litres de liquide sombre en phase avancée de synthèse ;
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Plus de 2,5 tonnes de soude caustique, soit 101 sacs de 25 kg ;
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De l’acide sulfurique, de l’acide tartrique, de l’acide thioglycolique ainsi que plusieurs rouleaux de papier aluminium industriel.
Par ailleurs, des tests rigoureux réalisés sur le terrain par les chimistes légistes ont immédiatement confirmé que les échantillons prélevés réagissaient positivement à la méthamphétamine pure.
L’ombre des cartels d’Amérique latine sur le golfe de Guinée
Quatre Nigérians, soupçonnés d’assurer la logistique locale et la protection du site, ont été arrêtés aux côtés de l’expert mexicain : Maxwell Uche Nevoh (30 ans), Olatunji Yusuf (37 ans), Bankole Akeem Owolabi (45 ans) et Ganiu Monsiu (43 ans).
Depuis le quartier général de la NDLEA à Abuja, le président de l’agence, le général de brigade à la retraite Buba Marwa, représenté par le directeur des médias Femi Babafemi, a salué le professionnalisme des forces d’intervention. Pour l’agence, la présence d’un ingénieur mexicain sur le sol nigérian démontre que la menace a changé d’échelle et revêt désormais une dimension profondément transnationale.
« Les réseaux criminels tentent désespérément d’établir un hub de production de drogues synthétiques dans le sud-ouest du Nigeria », s’est alarmée la direction de la NDLEA.
Enfin, ce démantèlement intervient à peine quatre semaines après la destruction d’un autre laboratoire clandestin de grande ampleur dissimulé dans les forêts de l’État voisin d’Ogun. Pour les autorités nigérianes, la bataille ne fait que commencer : les forêts de la région ne deviendront pas la nouvelle base arrière des cartels internationaux. L’ensemble des pièces à conviction a d’ores et déjà été transféré et placé sous scellés en vue d’un procès qui s’annonce majeur devant la justice fédérale.




