Ce qui ne semblait être qu’une énième révélation médiatique tourne au séisme judiciaire à Lomé. La Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (CENTIF) sort de sa réserve et porte l’affaire devant le procureur de la République. Au cœur de ce dossier brûlant : des flux financiers aux origines nébuleuses, logés au sein de la compagnie NSIA Assurances pour le compte d’agents de l’Office Togolais des Recettes (OTR).
Des chiffres qui donnent le tournis
L’affaire explose sous l’impulsion du journaliste d’investigation Ferdinand Ayité. Ses enquêtes mettent en lumière des mouvements de fonds qui interrogent sur l’intégrité de certains serviteurs de l’État. En effet, la justice ne tarde pas à réagir : le doyen des juges d’instruction ordonne immédiatement le gel de plusieurs comptes stratégiques.
Ainsi, les montants saisis illustrent l’ampleur du dossier :
- 100 millions FCFA sur le compte de Donko Bileyo.
- 90 millions FCFA appartenant à Klouvi Foligan Dédégan.
- 530 millions FCFA sur un troisième compte, attribué à un ancien cadre de l’OTR, aujourd’hui retraité et conseiller du président du Conseil.
Au total, ce sont près de 700 millions de nos francs que NSIA Assurances doit désormais bloquer sous l’injonction des autorités.
De la diffamation à l’instruction judiciaire
Face à ces accusations, la riposte ne s’est pas fait attendre. Donko Bileyo a choisi la voie juridique en déposant une plainte contre le journaliste pour diffamation. Toutefois, cette stratégie de défense ne freine pas la machine judiciaire. Par ailleurs, l’enquête officielle, désormais entre les mains du doyen des juges, cherche à remonter à la trace de chaque centime.
L’objectif des magistrats est simple mais complexe : déterminer si ces sommes sont des revenus légitimes ou si elles cachent un système de rétro-commissions et de blanchiment. De plus, la présence d’un haut conseiller parmi les personnes visées donne à cette procédure une dimension politique et institutionnelle majeure.
Une épreuve de vérité pour la lutte contre la corruption
En définitive, cette procédure marque un tournant dans la gestion des deniers publics au Togo. Elle prouve que les mécanismes de contrôle, à l’instar de la CENTIF, peuvent s’autosaisir lorsque des indices sérieux de malversations apparaissent dans l’espace public. Les jours à venir s’annoncent donc décisifs pour les mis en cause, alors que l’étau judiciaire pourrait s’élargir à d’autres intermédiaires financiers.
Si la justice togolaise va jusqu’au bout de cette instruction, elle enverra un signal fort à l’ensemble de la fonction publique. Mais au-delà des sanctions individuelles, cette affaire interroge sur la nécessité d’une réforme structurelle du contrôle des avoirs des agents en charge de la collecte des impôts.



























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