Lomé : Le corps d’un quadragénaire repêché à Tokoin Doumasséssé

Ce mardi 3 mars 2026, la capitale togolaise s’est réveillée avec une cicatrice de plus. La découverte d’un corps dans le bassin de rétention jouxtant l’Université de Lomé ; elle pose la question brûlante de la sécurisation des infrastructures hydrauliques au cœur de nos cités.

 

L’aurore n’avait pas encore totalement chassé l’obscurité sur le quartier Tokoin Doumasséssé quand l’alerte a été donnée. Entre l’enceinte universitaire et l’emblématique bar « 3 K », une zone de fort passage quotidien, le paysage habituel a laissé place à un périmètre de sécurité de la police nationale. Au centre des regards : le bassin de rétention d’eau pluviale, transformé en tombeau à ciel ouvert.

Une enquête sous haute tension

Selon les premières informations recueillies, la victime est un homme dont l’âge environne la quarantaine. Malgré que les équipes de l’Agence nationale de la protection civile (ANPC) aient rapidement extrait le corps des eaux, le mystère reste entier quant aux circonstances du drame.

Par ailleurs, la piste de l’accident est sérieusement envisagée. La zone, dépourvue de barrières de protection adéquates, représente un piège mortel, surtout en période de faible visibilité. D’autre part, les autorités n’excluent aucune hypothèse, de l’acte criminel au malaise fatal, en attendant les résultats de l’autopsie. Pour l’heure, l’identité de cet homme demeure protégée par le sceau de l’enquête judiciaire en cours.

Au-delà du drame : le procès des « points noirs » urbains

Si l’émotion est vive chez les riverains et les étudiants qui arpentent ces sentiers chaque jour, ce drame soulève une problématique structurelle que connaissent bien les métropoles africaines, de Lomé à Cotonou : la cohabitation dangereuse entre populations et bassins de drainage.

Conçus pour réguler les eaux et prévenir les inondations dévastatrices, ces réservoirs deviennent trop souvent des zones de non-droit sécuritaire.

  • Absence de signalétique : aucun panneau ne prévient du danger d’envasement ou de chute.
  • Déficit d’éclairage : la nuit, ces cuvettes deviennent invisibles pour les passants.
  • Manque de clôtures : L’accès reste libre, exposant enfants et adultes à des risques constants.

« On ne peut plus se contenter de creuser des trous pour l’eau sans penser aux humains qui vivent autour », s’indigne un habitant du secteur, témoin de l’évacuation du corps.

 

Un appel à la vigilance et à l’action publique

Ce décès est un sinistre rappel à l’ordre pour les services de l’urbanisme. Alors que les populations attendent les conclusions de la police pour mettre un nom sur ce visage, une question persiste : combien de tragédies similaires faudra-t-il pour que la sécurisation périmétrale de ces sites devienne une priorité budgétaire ?

À Tokoin Doumasséssé, le calme est revenu, mais l’amertume, elle, reste stagnante, à l’image des eaux du bassin.

Togo–Biélorussie : diplomatie d’équilibre ou pari stratégique ?

À l’invitation de Robert Dussey, le ministre des Affaires étrangères du Belarus, Maxim Ryzhenkov, effectue du 1ᵉʳ au 3 mars 2026 une visite officielle à Lomé. Une première dans l’histoire des relations bilatérales entre les deux pays.

Si l’événement peut sembler un exercice diplomatique, il s’inscrit en réalité dans un contexte international sous haute surveillance. Car la Biélorussie, dirigée par Alexandre Loukachenko, est considérée comme le plus proche allié de la Russie de Vladimir Poutine. Dès lors, la question s’impose : que signifie ce rapprochement pour Lomé ?

Ministère des Affaires Etrangères
© Ministère des Affaires Etrangères

Une coopération naissante, mais assumée

Cette visite fait suite à une première prise de contact en septembre dernier, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York. Quelques mois plus tard, les échanges se concrétisent par la signature de deux textes : un mémorandum d’entente encadrant la coopération bilatérale et un accord d’exemption de visas pour les passeports diplomatiques et de service.

Sur le plan formel, ces instruments ouvrent la voie à une intensification des échanges politiques et administratifs. Mais au-delà des symboles, ils traduisent une volonté commune d’explorer de nouveaux partenariats économiques.

Les secteurs évoqués – industrie et agriculture – correspondent à des priorités stratégiques pour le Togo. Modernisation des chaînes de production, mécanisation agricole, transfert de technologies : Minsk dispose d’un savoir-faire industriel hérité de l’ère soviétique, notamment dans la fabrication d’équipements et de machines agricoles. Reste à savoir si ces promesses se traduiront par des investissements tangibles.

Non-alignement ou redéfinition des alliances ?

Depuis plusieurs années, Lomé revendique une diplomatie dite de « diversification », évitant les logiques de blocs. Dans un monde fragmenté par les rivalités entre puissances occidentales et axes eurasiens, le Togo semble opter pour une posture pragmatique.

Cependant, ce positionnement soulève des interrogations. Entretenir des relations avec Minsk, dans un contexte de sanctions internationales visant le régime biélorusse, expose-t-il le pays à des pressions indirectes ? Ou s’agit-il au contraire d’un signal fort affirmant l’indépendance diplomatique togolaise ?

La démarche n’est pas isolée. Plusieurs États africains multiplient aujourd’hui les partenariats hors des circuits traditionnels, cherchant à élargir leur marge de manœuvre stratégique.

Ministère des Affaires Etrangères
© Ministère des Affaires Etrangères

Togo–Biélorussie : une coopération encore embryonnaire

Il convient toutefois de relativiser la portée immédiate de cette visite. Les échanges économiques entre Lomé et Minsk restent modestes. Aucun volume d’investissement majeur n’a, pour l’instant, été annoncé.

En ce sens, la séquence actuelle relève davantage d’une phase exploratoire que d’un basculement géopolitique. Les prochaines étapes – missions économiques, projets pilotes, contrats sectoriels – seront déterminantes pour mesurer la profondeur réelle du partenariat.

Entre opportunité économique et vigilance politique

En définitive, la visite de Maxim Ryzhenkov à Lomé dépasse la simple signature d’accords techniques. Elle illustre la volonté du Togo d’élargir son horizon diplomatique dans un environnement international en recomposition.

Mais une interrogation demeure : jusqu’où peut aller la diversification sans brouiller les équilibres traditionnels ?

Pour Lomé, l’enjeu sera de transformer ce rapprochement en levier de développement concret, tout en préservant sa crédibilité sur la scène internationale. Car en diplomatie, chaque poignée de main raconte une histoire — et parfois, elle en annonce d’autres.

Togo : Patrice Neveu sélectionneur des Éperviers

Le feuilleton aura tenu Lomé en haleine jusqu’au bout. Après le rendez-vous manqué du vendredi dernier, le technicien français Patrice Neveu a officiellement paraphé son contrat ce lundi 2 mars 2026. En s’engageant pour trois ans, l’ancien sélectionneur du Gabon accepte une mission : sortir le football togolais de sa léthargie et restaurer l’aura de l’équipe nationale.

L’épisode du « siège vide » au stade de Kégué n’est plus qu’un mauvais souvenir. En effet, ce lundi, l’ambiance était tout autre au siège de la Fédération togolaise de football (FTF). Sous le regard du colonel Guy Kossi Akpovy et du ministre délégué en charge des Sports Abdul Fahd Fofana, Patrice Neveu a officiellement scellé son destin à celui du Togo. À 70 ans, le « vieux routier » des bancs de touche africains entame ce qu’il considère comme l’un de ses plus beaux défis.

La feuille de route ambitieuse du gouvernement

Au-delà de la simple signature, cette cérémonie a permis aux autorités de fixer le cap. Le ministre Abdul Fahd Fofana n’a pas utilisé de détour pour exposer les attentes du sommet de l’État : le Togo veut retrouver le gotha ​​du football africain.

En effet, le ministre a prévu une feuille de route sans équivoque au nouveau patron des Éperviers. « Notre ambition est claire : redonner au Togo sa place sur la scène continentale et internationale », a-t-il martelé. Pour le gouvernement, le recrutement de Neveu doit sonner la fin de l’à-peu-près. Le ministre compte également sur l’expertise du Français pour « fédérer les talents et insuffler une nouvelle dynamique » à un public qu’il dit « profondément attaché à son équipe nationale »

Rigueur et fin de l’improvisation

De fait, cette volonté politique exige un changement de paradigme sur le terrain. Patrice Neveu semble avoir reçu le message cinq sur cinq. Dès ses premières déclarations, le nouveau patron des Éperviers a affiché une détermination sans faille. Loin des promesses illusoires, Patrice Neveu mise sur une recette qu’il a déjà appliquée en Guinée, en Mauritanie ou encore en RD Congo : la discipline.

« Il n’y aura pas de place pour l’improvisation », a martelé le technicien français.

Pour lui, le potentiel du réservoir togolais est une réalité, mais il nécessite un cadre de travail strict. Le message est envoyé aux joueurs : seul le respect scrupuleux des consignes collectives et l’amour du maillot garantiront une place dans son effectif.

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Un projet sur le long terme pour retrouver l’éclat de 2006

D’ailleurs, le choix d’un contrat de trente-six mois témoigne d’une volonté de stabiliser une sélection trop souvent abonnée aux solutions d’urgence. Patrice Neveu appelle à la patience et à une union sacrée derrière son projet.

Par conséquent, l’objectif à peine voilé des autorités sportives est de renouer les Éperviers avec leur passé glorieux : l’épopée de 2006. Pour y parvenir, le Français annonce que les performances primeront sur les statuts, ouvrant ainsi largement les portes de la sélection aux talents du championnat local.

Une diplomatie avec les médias et les supporters

Conscient de l’attente fébrile du public sportif, Patrice Neveu a également tendu la main aux médias. En prônant une relation basée sur la « transparence et la vérité », il cherche à instaurer un climat de sérénité autour de son groupe.

En définitive, le temps des signatures est désormais clos. Patrice Neveu doit maintenant s’attaquer au chantier du terrain. Les supporters, qui n’attendent qu’une étincelle pour s’enflammer de nouveau, scruteront à la loupe sa première liste de convoqués.

Togo : 2e en Afrique pour l’égalité économique hommes-femmes

Lomé confirme son ascension sur la scène continentale. Le dernier rapport Women, Business and the Law 2026 du Groupe de la Banque mondiale place le Togo au deuxième rang africain en matière d’égalité des droits économiques entre hommes et femmes. Avec un score de 79,33 points sur 100, le pays devance plusieurs grandes économies du continent et se positionne en tête au sein de la CEDEAO et de l’UEMOA.

 

Une performance qui dépasse le symbole

Publié par la Banque mondiale, le rapport Women, Business and the Law 2026 évalue les cadres juridiques nationaux qui encadrent la participation des femmes à la vie économique : accès à l’emploi, mobilité, rémunération, entrepreneuriat, protection sociale ou encore retraite.

Ainsi, en se hissant à la deuxième place africaine, le Togo ne signe pas seulement une performance statistique. Il confirme surtout la cohérence d’un agenda réformateur engagé depuis plusieurs années.

En effet, derrière ce score se cache une dynamique législative soutenue : modernisation du code des personnes et de la famille, amélioration des dispositifs de protection sociale et renforcement des mécanismes d’inclusion financière. Autrement dit, le pays transforme progressivement ses textes en leviers de transformation sociale.

 

Un leadership régional assumé

Plus significatif encore, Lomé arrive en tête des pays de la CEDEAO et de l’UEMOA sur cet indicateur stratégique. Dans une sous-région où les défis liés à l’autonomisation économique des femmes restent nombreux, cette position confère au Togo un rôle de référence.

D’une part, cette reconnaissance internationale renforce la crédibilité du pays auprès des partenaires techniques et financiers. D’autre part, elle consolide l’attractivité du climat des affaires, dans un contexte où les investisseurs sont de plus en plus attentifs aux critères de gouvernance et d’inclusion.

Il convient également de rappeler que l’égalité économique ne constitue pas uniquement une question de justice sociale. Selon les experts de la Banque mondiale, la réduction des inégalités de genre pourrait significativement accroître la croissance économique des pays africains. En ce sens, la performance togolaise s’inscrit dans une logique de compétitivité à long terme.

Présidence du Conseil du Togo
© Présidence du Conseil du Togo

Une stratégie politique assumée

Cette progression n’est pas le résultat de la chance. Depuis plusieurs années, les autorités togolaises ont multiplié les initiatives visant à favoriser l’autonomisation des femmes, notamment à travers l’accès au financement, l’appui à l’entrepreneuriat féminin et l’inclusion dans les chaînes de valeur agricoles et commerciales.

Par conséquent, le classement 2026 vient consacrer une orientation stratégique claire portée par le Président du Conseil, son excellence Faure Essozimna Gnassingbé : faire de l’égalité des chances un moteur de développement.

Cependant, si les avancées sont notables, des défis subsistent. L’application effective des textes, la réduction des disparités en milieu rural et l’amélioration de l’accès des femmes aux postes de décision demeurent des chantiers prioritaires.

 

Un signal fort pour l’Afrique de l’Ouest

À l’échelle continentale, cette distinction conforte l’idée qu’un pays à taille économique modeste peut rivaliser avec les plus grandes puissances africaines lorsqu’il mise sur des réformes structurelles cohérentes.

Ainsi, le cas togolais illustre une réalité de plus en plus admise : l’égalité économique entre hommes et femmes n’est pas une variable secondaire du développement, mais un pilier stratégique.

En définitive, au-delà du classement, c’est une trajectoire qui se dessine. Reste désormais à transformer cette avance juridique en gains économiques tangibles pour l’ensemble des Togolaises.