African Banker Awards 2026 : La finance africaine célèbre ses architectes

Ce n’était pas qu’une simple remise de prix. Mercredi soir, sous les ors de l’hôtel Kempinski de Brazzaville, les 20es African Banker Awards ont pris des allures de conseil de guerre pour l’avenir économique du continent. Organisés par le magazine African Banker et IC Events, sous le patronage de la Banque africaine de développement (BAD), ces prix se sont tenus en marge des Assemblées annuelles de l’institution panafricaine. Le message martelé par l’élite financière était clair : l’Afrique ne se contente plus de gérer les crises, elle finance sa propre transformation.

Ainsi, des décideurs politiques aux investisseurs de premier plan, en passant par le Premier ministre congolais — représentant le président Denis Sassou Nguesso — et le Dr Sidi Ould Tah (président de la BAD), le gotha de la finance africaine s’est réuni pour récompenser ceux qui font bouger les lignes. Fini le temps de la banque traditionnelle de dépôt ; l’heure est au financement des infrastructures lourdes, à la transition énergétique et à l’intégration régionale.

DR
© DR

Le nerf de la guerre : Oser les grands chantiers

Pour comprendre l’enjeu de cette soirée, il faut juste écouter Omar Ben Yedder, président du comité des récompenses. Ses mots résument le défi de la décennie : « Rien de significatif ne se transformerait sur ce continent sans des banques et des institutions financières solides au centre. » Il a également ajouté que les décennies à venir dépendront du courage des dirigeants et de la volonté des banques d’accompagner de nouveaux secteurs et modèles de collaboration.

Ainsi, ce que le monde doit retenir, c’est que les banques africaines assument désormais des risques plus importants pour structurer des méga-projets concrets. Les prix décernés dans la catégorie « Infrastructures et marchés de capitaux » le prouvent :

  • L’énergie verte en tête : Le prix de la Transaction de l’Année (Infrastructures) est allé à Red Rocket Holdco en Afrique du Sud, un signal fort montrant que les capitaux privés africains financent désormais activement la transition énergétique.
  • Sauver le réseau électrique : au Nigeria, une émission obligataire massive de NBET Finance Company PLC (structurée par Cardinal Stone Partners) a raflé le prix de la Transaction Dette. L’objectif est d’injecter de la liquidité vitale dans un secteur énergétique nigérian chroniquement asphyxié.
  • Industrialiser sur place : Le jury a primé la levée de fonds d’Arise IIP, pilotée par l’African Finance Corporation, pour son soutien direct à la création de zones industrielles à travers le continent.

DR
© DR

Les figures de proue : Ecobank et Serge Ekué

La distinction suprême de la Banque de l’année a été décernée au groupe panafricain Ecobank. Ce prix vient couronner un redressement spectaculaire : après plusieurs années de restructurations douloureuses, le groupe a renoué avec une rentabilité solide tout en redéfinissant la valeur créée pour ses actionnaires.

Cependant, c’est Serge Ekué, président de la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD), qui a reçu la distinction de Banquier africain de l’année. Une reconnaissance qui assoit son statut de figure incontournable du financement du développement en Afrique de l’Ouest.

 

La surprise congolaise et le pari de l’inclusion

La République Démocratique du Congo a particulièrement brillé lors de cette édition. Les membres du jury ont élu André Wameso Gouverneur de Banque Centrale de l’année, saluant sa capacité à stabiliser le secteur et à paver la voie à la récente émission d’euro-obligations du pays. Sur le marché local, ils ont sacré la Trust Merchant Bank (TMB) meilleure banque d’Afrique centrale.

Par ailleurs, l’autre fait marquant est la mise en lumière de l’entrepreneuriat féminin. Rawbank (RDC) a remporté le très convoité Prix AFAWA de la Banque de l’année. Cette initiative, soutenue par la BAD, récompense les banques qui brisent le plafond de verre financier en accordant des lignes de crédit spécifiques aux entreprises dirigées par des femmes — un levier de croissance massif mais historiquement sous-financé en Afrique.

DR
© DR

La politique au service de l’économie

Les banquiers ne peuvent rien sans un cadre macroéconomique stable. C’est pourquoi le Zambien Situmbeko Musokotwane a le prix du Ministre des Finances de l’année. Les jurés saluent aujourd’hui son travail titanesque de restructuration de la dette asphyxiante de la Zambie, un cas d’école qui inspire désormais d’autres nations endettées dans la relance de leur économie.

La soirée s’est achevée sur les notes de la légende congolaise Koffi Olomide, une touche de célébration locale pour un secteur bancaire qui n’a jamais semblé aussi confiant dans sa capacité à construire l’Afrique de demain.

 

Palmarès Complet – African Banker Awards 2026

Catégorie Lauréat
Banquier de l’année Serge Ekué (Président, BOAD)
Banque de l’année Ecobank
Banque durable de l’année Bank of Industry
Ministre des Finances de l’année Situmbeko Musokotwane (Zambie)
Gouverneur de Banque Centrale André Wameso (RDC)
Fintech de l’année Ziidi Trader (Bourse de Nairobi)
Institution de Financement (DFI) Afreximbank
Banque PME de l’année Banque coopérative du Kenya
Prix AFAWA (Entrepreneuriat féminin) Rawbank
Transaction de l’année – Infrastructures Red Rocket Holdco
Transaction de l’année – Dette NBET Finance Company PLC
Transaction de l’année – Actions Arise IIP (via African Finance Corporation)
Prix pour l’ensemble d’une carrière Henri-Claude Oyima (Président, BGFIBank Group)
Banque régionale – Afrique du Nord Banque d’Afrique Maroc
Banque régionale – Afrique de l’Ouest GCB Bank PLC
Banque régionale – Afrique de l’Est CRDB
Banque régionale – Afrique centrale Trust Merchant Bank
Banque régionale – Afrique australe Zanaco

Au total, 18 prix ont été remis, reflétant la sophistication croissante et la résilience des institutions financières africaines. Soutenus par des partenaires tels qu’Afreximbank, EBID ou ATIDI, ces African Banker Awards 2026 traduisent une conviction partagée : l’Afrique mobilise désormais ses propres capitaux pour financer sa transformation. Entre infrastructures, inclusion et transition énergétique, le secteur bancaire s’affirme comme le moteur d’un développement endogène et durable.