À l’OIT, Gilbert Houngbo brigue un second mandat face à deux concurrents

Le Conseil d’administration de l’Organisation internationale du travail élira, le 16 novembre, son prochain directeur général pour la période 2027-2032. Gilbert Houngbo, Togolais et premier Africain à diriger l’institution, sollicite un second mandat. Il affronte la ministre espagnole du Travail, Yolanda Díaz Pérez, et l’ancien chef de la diplomatie péruvienne, Xavier González-Olaechea.

Les trois candidats passeront devant les membres du Conseil le 9 novembre, lors d’auditions destinées à présenter leurs visions et leurs priorités. Le vote, organisé à bulletin secret, interviendra une semaine plus tard. Le vainqueur prendra ses fonctions le 1er octobre 2027 pour un mandat de cinq ans.

Le Conseil d’administration entre dans la bataille

La désignation obéit à une architecture singulière. Le Conseil d’administration réunit 56 membres titulaires : 28 représentent les gouvernements, 14 les employeurs et 14 les travailleurs. Cette répartition tripartite structure l’ensemble de l’OIT et donne aux partenaires sociaux un poids direct dans le choix de son dirigeant.

Pour Gilbert Houngbo, la reconduction représenterait son dernier mandat. En effet, les textes de l’organisation limitent à deux le nombre de mandats qu’un directeur général peut exercer. Son élection en mars 2022, puis son entrée en fonction en octobre de la même année, avaient marqué une étape historique : jamais un Africain n’avait auparavant dirigé l’institution créée en 1919.

Gilbert Houngbo, un parcours forgé dans les institutions internationales

Né au Togo en 1961, Gilbert Fossoun Houngbo a bâti une carrière internationale avant de revenir à la tête de l’OIT. Il a travaillé au Programme des Nations unies pour le développement de 1996 à 2008, où il a occupé plusieurs responsabilités de haut niveau.

Il a ensuite dirigé le gouvernement togolais de 2008 à 2012, avant de rejoindre l’OIT comme directeur général adjoint entre 2013 et 2017. Puis, à la tête du Fonds international de développement agricole de 2017 à 2022, il a renforcé son expérience des institutions multilatérales et des questions de développement.

Une succession ouverte malgré l’avantage du sortant

Le candidat sortant met en avant les réformes engagées depuis son arrivée. Il cite notamment la modernisation du système de contrôle de l’application des normes du travail et la gestion d’une organisation confrontée à une baisse des financements internationaux. S’il est reconduit, il promet de renforcer la capacité de réaction de l’OIT et de mieux tenir compte des réalités régionales.

Sa candidature bénéficie du soutien officiel de Lomé et de plusieurs organisations syndicales africaines. Toutefois, la compétition reste ouverte. Yolanda Díaz Pérez, ministre du Travail de l’Espagne, apporte une expérience gouvernementale européenne et une proximité avec les débats sur l’emploi. Xavier González-Olaechea, ancien ministre péruvien des Affaires étrangères, a rejoint la course tardivement, mais représente une alternative diplomatique et régionale.

L’enjeu dépasse la personne du futur dirigeant. À une époque marquée par les mutations du travail, les tensions sociales et le recul de certains financements multilatéraux, les 56 membres du Conseil devront choisir la trajectoire qu’ils souhaitent donner à une organisation au cœur des débats sur l’emploi, les droits sociaux et la justice du travail.